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Bendahan Samuel · Nationalrat · 2019-12-04

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-12-04

Wortprotokoll

Nous avons une dette insoutenable. Nous sommes effectivement endettés. Evidemment, vous allez me dire que vous ne comprenez pas, qu'on n'arrête pas de nous dire que la dette diminue et que finalement elle est supportable. Alors de quelle dette parlé-je? Eh bien, je parle de la dette d'infrastructures, de la dette de moyens dont nous disposons aujourd'hui pour être demain le pays que nous méritons d'être. Les trains sont remplis et ne sont pas assez fréquents. Il n'y a pas suffisamment de personnes formées pour répondre à la demande du marché. Les émissions de CO2 ne baissent pas autant qu'elles le devraient. Les gens sont de plus en plus malades, avec des coûts de la santé qui explosent, alors qu'il y a des solutions qui permettraient d'éviter beaucoup de problèmes de santé publique. Enfin, les problématiques de sécurité sont de plus en plus diversifiées et importantes, notamment dans le domaine de la cyberdéfense. Là encore, nous sommes endettés, parce que depuis des années nous n'avons pas investi assez dans ces domaines et dans bien d'autres domaines tels que la formation.

Comment pouvons-nous tolérer cela? Il y a un principe simple: je n'en veux jamais à quelqu'un qui me dit qu'il a des dettes, parce que je peux comprendre qu'on contracte des dettes dans sa vie, si on n'a pas les moyens. On s'endette parce qu'on n'a pas les moyens. Mais la dette dont je parle, la dette sociale et d'infrastructures de notre pays, on a les moyens de la combler, on a les moyens de la rattraper. Le fait que nous ne le faisons pas est insoutenable et inacceptable. De ce point de vue, ce budget est injuste, car notre pays a une marge de manoeuvre énorme. Nous avons demandé une étude à un professeur d'université qui a démontré qu'aujourd'hui nous avons une marge de manoeuvre de plus de 5 milliards de francs par année pour des investissements ou pour d'autres stratégies profitables au bien public. Malgré ce genre d'études, nous nous évertuons à refuser de mettre des moyens là où ils sont nécessaires.

Quels sont les endroits dans lesquels nous devons investir? Eh bien, ils sont nombreux! Nous avons tenté, au sein du groupe socialiste de faire des propositions concrètes qui amélioreront demain la vie des gens, évidemment d'abord sur des thèmes importants et emblématiques, comme l'égalité. Pendant ces derniers mois, des centaines de milliers de personnes ont demandé plus d'égalité entre femmes et hommes. Lorsque vous regardez la croissance du budget du Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes, vous constatez qu'elle est misérable par rapport aux besoins, aujourd'hui, en matière de justice dans ce domaine. Nous demandons donc une augmentation des moyens pour permettre de répondre à la demande et de mettre en oeuvre ce qui est inscrit dans la loi sur l'égalité révisée. Il s'agit par là de pouvoir rendre service aux entreprises actives dans le domaine.

Nous devons aussi nous engager pour limiter les coûts de la santé. Ce qui est fou, c'est que si l'on mettait quelques millions de francs dans le domaine de la prévention sur le plan sanitaire, il serait possible de gagner des centaines de millions de francs, puisque de nombreuses personnes seraient moins malades, ce qui réduirait les coûts de la santé. Nous ne le faisons pas pour des raisons idéologiques. Il est important de changer de paradigme et d'investir des moyens dans les politiques publiques, par exemple celles en faveur de la prévention. Cela permettrait d'améliorer et le niveau de vie et les finances après-demain.

Nous pouvons aussi parler de l'environnement, qui a été un thème majeur de la campagne électorale, mais dont on parle depuis des années. Nous proposerons des augmentations de crédits pour améliorer nos conditions-cadres en matière d'énergie ou de biodiversité. [PAGE 2068]

Nous pouvons aussi parler de sécurité. Vous le savez, de nouvelles menaces, différentes, moins connues, pointent. Alors que nous discutons aujourd'hui du fait de savoir si nous voudrions des avions de combat pour faire face à je ne sais quelle menace, il y a de véritables problèmes en matière de cyberdéfense, de cybersécurité, de risque d'attentat contre notre démocratie. Nous devons aussi investir dans ces domaines, ce que nous ne faisons pas assez.

Au niveau de l'international, alors que nous savons que le domaine de l'international est une préoccupation majeure de notre pays, ainsi qu'une des causes du succès de notre pays, nous décidons de ne pas renforcer nos investissements dans l'aide au développement, dans la coopération internationale. Alors qu'en fait c'est grâce à la coopération internationale que notre économie peut être forte et que demain nos rentrées fiscales seront valables.

J'aimerais aussi insister sur le domaine de la formation. Alors, évidemment, je peux déclarer mes liens d'intérêts: moi-même, je travaille dans ce domaine, à l'EPFL et à l'Université de Lausanne.

Comment voulons-nous que notre pays reste où il est, qu'il conserve son niveau de compétitivité, si nous ne mettons pas à disposition des moyens sérieux pour rester compétitifs demain? Bien sûr, les moyens consacrés à la formation ont plutôt connu une progression, et notre Parlement a été plutôt sympathique lorsqu'il s'est exprimé sur les coupes budgétaires qui ont été proposées régulièrement par le Conseil fédéral. Mais ce n'est pas assez! Nous proposons des amendements qui, dans ce domaine, visent à augmenter les moyens consacrés à la formation à tous les niveaux. Il ne s'agit pas d'opposer la formation tertiaire aux formations de base, mais il s'agit de dire que le système suisse est fort parce qu'il propose plein de formations valables à tous les niveaux. Nous devons absolument investir, parce que là aussi, comme pour la prévention dans le domaine de la santé, chaque franc que nous mettons à disposition sera décuplé dans le futur. Si nous ne faisons pas ces investissements aujourd'hui, demain, c'est notre dette, à la fois financière et sociale, qui en pâtira.

Enfin, nous proposons des mesures touchant à des domaines importants comme le personnel, mais aussi le sport ou la jeunesse, parce que nous pensons que, venant d'un parlement qui s'est renouvelé tel que le nôtre, il est important d'envoyer un signal selon lequel nous avons une vision d'avenir pour la jeunesse et pour notre pays.

Pour toutes ces raisons-là, je vous invite à soutenir les propositions émanant du groupe socialiste, lequel vous appelle, évidemment, à soutenir ce budget, car mieux vaut avoir ce budget qu'aucun, tout en rappelant qu'il est triste que, dans un pays qui a aujourd'hui des moyens, nous ne dépensions pas ces moyens pour que, demain, nous soyons tous ensemble encore plus forts.