Brélaz Daniel · Nationalrat · 2019-12-09
Brélaz Daniel · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2019-12-09
Wortprotokoll
Je vais me concentrer sur trois points pour compléter les propos de mon collègue Balthasar Glättli.
Le premier point concerne l'utilité militaire de l'achat des avions de combat. Pour toutes sortes de manifestations internationales, il est bien sûr nécessaire de disposer d'une forme de police de l'air. Mais ce ne sont pas entièrement les mêmes avions qui sont concernés. Le Parti socialiste ayant basé l'essentiel de son concept sur ce point, je ne vais pas y revenir. Il faut néanmoins se demander à quelles occasions ces avions seraient amenés à intervenir de manière décisive. Il peut y avoir la violation de l'espace aérien. Sachant que l'on met huit minutes pour traverser la Suisse, il faut vraiment partir très vite pour attraper un autre avion avant qu'il ait fini sa traversée. C'est vrai que cela fait partie du concept, mais ce n'est pas d'un réalisme total. A mon avis, cela ne justifie pas l'achat.
En outre, il peut se passer quelque chose de beaucoup plus grave: c'est qu'une aviation ennemie parvienne jusqu'en Suisse avec de mauvaises intentions. Lesquelles? En principe, ce n'est pas l'Otan qui va nous attaquer: nous n'avons pas encore été suffisamment désagréables avec nos voisins pour courir ce risque - bien que ce soit peut-être le cas, à entendre l'UDC certains jours. Quoi qu'il en soit, nous pouvons considérer ce risque comme nul ou non existant. Alors quel pays reste-t-il? La Russie, ennemie éternelle? Et peut-être, dans 20 ou 30 ans, la Chine, si la Russie s'affaiblit? Admettons que l'aviation russe ou l'aviation chinoise parvienne jusqu'à nous. Qu'est-ce que cela signifierait? Cela signifierait que l'Otan n'aurait pas réussi à les empêcher de passer.
Cela signifierait donc que l'Otan, en principe la plus grande puissance militaire du monde, malgré les décisions du président Donald Trump, aurait perdu face aux Russes ou aux Chinois. Par conséquent, avec nos quinze avions de combat, on sauverait l'entier du continent européen. Cela ne me paraît pas réaliste non plus. Donc, pour toutes ces raisons, même si je comprends la tradition qui se cache derrière l'aviation militaire suisse dont nous sommes si fiers, surtout les jours de parade, l'utilité de ces avions est pour le moins insuffisante pour justifier cet achat.
Alors, c'est évidemment une autre question qui se pose pour les missiles antiaériens. Il y a quelques fous qui sont capables de lancer des fusées à longue portée, il y en a un que son principal adversaire appelle Rocket Man, mais il se pourrait qu'il y en ait d'autres. Il est clair que des avions de combat ne pourraient pas empêcher des missiles à longue portée d'arriver jusque chez nous. Néanmoins, si nous n'avions aucun dispositif de défense sol-air, il se pourrait qu'il y ait un problème. Je peux donc concevoir qu'une défense antiaérienne, elle - les 2 autres milliards de francs -, soit nécessaire. Mais en ce qui concerne les avions de combat, à part la tradition et le prestige, je suis désolé, je n'en vois pas l'utilité.
Deux autres points méritent encore d'être soulignés. Le financement, tout d'abord, est très particulier. On pourrait emprunter 6 milliards de francs à taux négatif, ce qui chaque année nous diminuerait la facture de 30 millions de francs, puisqu'en principe le taux est de moins 0,5 pour cent. Peut-être pourrait-on obtenir un taux de moins 1 pour cent, ce qui représenterait 60 millions de francs d'économisés par année. Cependant, l'administration n'a pas envie de faire ainsi, sa méthode est plus originale. On augmenterait chaque année de 1,4 pour cent le budget militaire. Comme il est de plus [PAGE 2160] de 5 milliards de francs, cette augmentation représenterait en gros 70 millions de francs par an. La dernière année où l'on acquitterait la facture de l'achat des nouveaux avions de combat, en 2032, la dernière annuité, si j'ose dire, serait de 900 millions de francs. Que se passerait-il en 2033? Ces 900 millions seraient toujours inscrits au budget, il n'y aurait pas besoin de l'augmenter, et l'armée ferait un bénéfice net annuel, dès 2033, de 900 millions de francs par an. Pour moi, ce serait une manière d'"entuber" financièrement la population, sous prétexte de tout faire passer par le budget ordinaire du DDPS.
Je pense que cela doit être dénoncé, parce que c'est un mécanisme sournois qui fait qu'à la fin de l'opération il y aurait quasiment 1 milliard de francs de plus au budget militaire, sans qu'on n'ait rien besoin de faire d'autre. Cela me paraît assez clair.
Et puis, enfin, je pense qu'il est très important d'insister sur la cybersécurité. On a, hélas, dans ce domaine, plusieurs guerres de retard, au point que si par hasard on achetait[NB]des[NB]avions américains - ce n'est pas interdit pour le moment -, je ne suis même pas sûr qu'on serait capable de déceler la présence d'un subtil dispositif électronique dans l'appareil qui pourrait éventuellement permettre de détourner l'avion en cas d'intérêt supérieur de l'Etat de provenance de l'appareil - Etat qui en a fait d'autres dans le cadre de ses relations avec le reste du monde. Donc, oui, en matière de cybersécurité, nous accusons de très graves retards, et le budget devrait être augmenté massivement. Mais, même si on l'augmentait massivement, il faudrait au moins cinq à dix ans avant qu'on ait rattrapé le retard, parce que les choses évoluent malheureusement vite.
Pour le groupe des Verts, il est donc clair que ce ne serait pas vraiment un investissement inutile, puisqu'on pourrait faire voler ces avions de combat, mais que, comme l'objectif principal est d'avoir une défense globale, il ne servirait malheureusement à rien.
Voilà pourquoi nous refuserons d'entrer en matière sur le projet et que nous nous y opposerons par la suite.