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Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2019-12-09

Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-12-09

Wortprotokoll

Le groupe d'experts qui avait été nommé en 2014 pour évaluer l'avenir de la défense aérienne avait décrit dans son rapport qu'il était très peu probable que la Suisse subisse une attaque armée directe ou soit impliquée dans un tel conflit. Les principaux risques relevés dans ce rapport étaient la cyberguerre et le dérèglement climatique, ainsi que le terrorisme. Ce groupe proposait quatre options allant du scénario catastrophe, avec plus de 50 avions de chasse, à un scénario plus en phase avec leurs conclusions, avec une vingtaine d'avions légers, le maintien des F/A-18 et le renouvellement de la défense sol-air.

L'optique des dirigeants de l'armée est cependant toujours figée en priorité sur la survenue d'une guerre conventionnelle qui nécessiterait, comme lors de la Seconde Guerre mondiale entre 1939-1945, une patrouille aérienne avec des avions de combat. C'est donc sur le scénario catastrophe et hautement improbable, selon les experts, que se base la décision d'achat d'avions de combat dont nous parlons. M. Brélaz a fait une démonstration tout à fait claire de l'inutilité d'avions de combat même en cas de guerre, car cela signifierait que l'Otan n'aurait pas réussi à stopper l'attaque d'un éventuel ennemi et que ce serait à notre aviation de faire face seule à cette attaque. C'est tout à fait irréaliste, vous en conviendrez.

Si l'on se préoccupe un minimum du dérèglement climatique, il est tout à fait irresponsable d'envisager l'acquisition d'avions qui, comme le F/A-18 actuel, consomment 4800 litres de kérosène par heure de vol, voire pire, pour une simple mission de police de l'air, et ceci en temps de paix!

Le groupe socialiste soutient que les Forces aériennes devraient être équipées de deux types d'avions: des avions de combat plus légers - on l'a déjà dit -, moins coûteux, moins polluants, moins bruyants pour effectuer les tâches de police aérienne au quotidien, et des F/A-18 qui restent quant à eux prêts pour effectuer des missions nécessitant leur engagement, au maximum quatre ou cinq par année. Cela prolongerait naturellement la durée de vie de ces derniers. Il faut y ajouter un système de défense sol-air à courte, moyenne et longue portée ainsi qu'un meilleur système de radar et un centre de commandement et de contrôle efficace. L'ensemble de ce dispositif pourrait être réalisé pour 4 milliards de francs, permettant une défense bien plus complète que ce que nous propose le Conseil fédéral.

Contrairement à ce qu'a affirmé M. Hurter lors de son introduction au nom de la commission, les avions de combat plus légers que des avions de chasse sont tout à fait aptes à effectuer des tâches de police de l'air. Ils peuvent, selon les besoins, être lourdement armés, ils peuvent voler suffisamment vite pour intercepter un avion de ligne ou un avion de tourisme, puisqu'ils peuvent voler à 1075 kilomètres à l'heure. Ils sont par ailleurs prêts, comme l'a dit M. Fridez, à décoller en 1 à 2 minutes, alors que les F/A-18 ont besoin de 15 minutes de préparation.

Nous insistons aussi sur la collaboration avec les pays voisins, qui doit être accrue pour la détection précoce et l'alerte rapide, ainsi que sur la coopération avec les forces aériennes voisines, qui est bien plus utile qu'un avion de chasse à haute performance. Etant donné la petite taille de notre pays, l'alerte rapide est cruciale.

Le refrain qui revient continuellement est que si nous voulons rester souverains, nous devons effectuer nous-mêmes nos tâches de police de l'air. Je rappelle toutefois qu'en 2014, lors du détournement du Boeing d'Ethiopian Airlines, les avions suisses, avec une alerte tôt dans la nuit, n'ont pas pu intervenir, et que ce sont les armées française et italienne qui ont escorté l'appareil dans le ciel suisse, puisque les appareils suisses ne volaient qu'aux heures de bureau.

Depuis lors, les horaires d'interventions se sont élargis de 6 heures à 22 heures. Mais ce n'est qu'à fin 2020 que des avions armés seront complètement disponibles sept jours sur sept, 24 heures sur 24. A l'heure actuelle, nous dépendons encore de nos voisins si nous sommes attaqués durant la nuit. Nous n'avons donc pas les capacités d'une défense permanente de l'espace aérien, et cet exemple démontre à mon avis parfaitement la nécessité de collaboration avec nos voisins que nous avons déjà expérimentée et qui pourrait être renforcée.

Lorsqu'on parle de collaboration internationale, l'argument qui revient continuellement est celui de la neutralité, mais cette dernière permet toutefois l'échange de données sur la situation aérienne en temps de paix ou la coopération pour sécuriser l'espace aérien en cas de menaces par des aéronefs civils. A cette fin, des accords ont déjà été signés avec nos pays voisins, et approuvés par le Parlement.

L'intégration dans un système européen de détection précoce et d'alerte rapide est fondamentale pour la sécurité de l'espace aérien suisse. Une utilisation même modeste des ressources dans ce domaine augmente considérablement la sécurité de l'espace aérien. La protection de l'espace aérien suisse dépend beaucoup plus de la capacité de détecter et d'alerter les populations à un stade précoce que de nouveaux avions de combat. Nous estimons que la Suisse doit intensifier son intégration dans un système européen de détection précoce et d'alerte rapide et développer sa coopération avec les forces aériennes des pays voisins. Pour cela, nous vous proposons d'ajouter une nouvelle lettre d à l'article 2 de l'arrêté fédéral.