Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2002-09-26
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-09-26
Wortprotokoll
J'interviens ici comme porte-parole de la minorité, comme socialiste, mais avant tout comme ancien journaliste qui a travaillé durant près de vingt ans dans le domaine des médias en Suisse romande et qui continue d'exercer cette activité à titre subsidiaire dans la presse syndicale.
Si j'ai bien compris le point de vue exprimé en commission par M. Couchepin, conseiller fédéral - je constate que je suis plus matinal que lui -, il faut se demander s'il n'est pas préférable d'avoir un grand groupe de presse, romand ou suisse, un peu fort, même s'il est dominant dans certaines régions, plutôt que de garder une situation de grande diversité économiquement très faible. Dans une certaine mesure, cette philosophie est aussi la mienne, car j'ai souvent prétendu, et même contre l'avis d'une bonne partie de la profession, que l'indépendance et la vraie diversité de la presse étaient mieux assurées au moyen d'un certain nombre de titres forts plutôt que par une multitude de petits journaux qui vivotent. On l'avait d'ailleurs vu à la fin des années septante ou au début des années quatre-vingt, lorsqu'un conflit important avait opposé le "Tages-Anzeiger" aux importateurs d'automobiles. Mais je pense aussi que cette philosophie a des limites. J'aimerais rappeler que de 1940 à 1980, le nombre de titres indépendants a diminué de plus d'un tiers dans notre pays; et que de 1990 à 1999, le nombre des titres paraissant au moins une fois par semaine a reculé de 22 pour cent.
Comme moi, vous savez aussi qu'en Suisse romande, un grand groupe, Edipresse, occupe une position de force sur le marché alors que se prépare peut-être en Suisse alémanique une fusion importante avec un groupe allemand, une fusion entre Ringier et Springer. J'ajoute que si la loi sur les cartels (LCart) "n'est guère adaptée à la poursuite de considérations de politique des médias", comme le dit le message du Conseil fédéral, la presse fait selon moi partie de ce que d'aucuns appellent l'"exception culturelle". Un journal n'est pas exactement un produit comme un autre. Un journal a une âme. Ce n'est ni une savonnette ni une boîte de chocolat, même s'il sert parfois à emballer des salades. J'aimerais encore préciser à titre personnel - et même si je suis socialiste - que pour moi, la disparition du "Journal de Genève et Gazette de Lausanne" par exemple a été un véritable drame. Je le dis par conviction, mais aussi bien sûr pour que le groupe libéral soutienne ma proposition de minorité.
Pour toutes ces raisons, je vous demande de maintenir, à l'article 9 de la loi sur les cartels, l'alinéa 2 du droit en vigueur. Sans attendre des miracles du maintien de cet alinéa, qui fixe une valeur seuil spécifique plus basse que celles qui figurent dans la règle générale et au-delà desquelles les concentrations d'entreprises de médias doivent être notifiées, nous pensons que ce maintien favorisera l'existence d'une situation véritablement concurrentielle qui contribuera à garantir une vraie diversité de la presse et, donc, le bon fonctionnement de la démocratie.
Pour toutes ces raisons, je vous demande de suivre la minorité de la commission.