Porchet Léonore · Nationalrat · 2019-12-16
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2019-12-16
Wortprotokoll
Le débat se place aujourd'hui au niveau d'une demande très simple de la branche infirmière: obtenir les moyens de faire son travail. Chacun le sait d'expérience, la qualité des soins croît en proportion de la quantité de travail investie dans leur production. Il est important dès lors de rappeler que chaque baisse de 10 pour cent du nombre d'infirmières dans les hôpitaux provoque une hausse de 11 pour cent du risque de mortalité auquel les patients sont exposés, une hausse effective de 7 pour cent de la [PAGE 2286] mortalité des patients et une augmentation des coûts due aux séjours hospitaliers de longue durée.
A la lumière de ces chiffres, la revendication de disposer des moyens d'accomplir sa tâche dans de bonnes conditions se révèle inattaquable. Le problème pour une partie de la classe politique, c'est que satisfaire sérieusement cette demande, c'est remettre en cause l'austérité, l'idée qu'on peut faire toujours plus avec toujours moins, c'est remettre en cause les gains de productivité arrachés au prix de la santé des salariées et des salariés et c'est aussi remettre en cause les boniments culpabilisants qui reportent toujours sur les personnes la responsabilité de "prendre sur eux" pour atténuer les effets des restrictions budgétaires.
Le secteur majoritairement féminin des soins souffre des mêmes injustices que d'autres secteurs traditionnellement laissés aux femmes, comme l'éducation des petits enfants ou le nettoyage: le discours économique rabâché par une partie des élues et élus renvoie les soins et la santé à la notion de "dépense", tandis qu'on associe généralement ces métiers "relationnels" uniquement aux qualités supposément féminines de prévenance, de sollicitude et d'empathie. Faut-il que ces femmes aient le titre d'ingénieure ou de directrice générale en soins pour que la valeur et l'importance sociale de leur travail soit reconnue justement?
Assimiler les services vitaux à des coûts, évoquer ces bienfaits comme dispensés par des femmes dévouées plutôt que des richesses créées par des travailleuses est une pirouette déplorable. Elle permet d'éluder une vraie question: notre système de santé défaillant n'arrive pas à traiter correctement la ressource précieuse représentée par le travail des infirmières, garantes de la qualité des soins et du lien humain avec les patientes et les patients, avec vos proches, avec nous. Ces travailleuses participent pourtant à la production d'une même ressource collective dont nous ne saurions nous passer. A force d'infliger à ces travailleuses réputées endurantes des réductions de moyens alors que la demande croît, cela ne marche plus: la Suisse est déjà actuellement confrontée à une grave pénurie, et des risques très marqués sont constatés dans le domaine de la qualité des soins.
Or, la nature même des soins rend les emplois dans la santé non seulement indispensables, mais aussi impossibles à délocaliser et peu automatisables, car ils exigent un contact humain prolongé ou une attention particulière portée à chaque cas. Revaloriser cette profession mal payée et mal considérée est donc une chance non seulement pour notre système de santé, mais aussi pour l'économie de notre pays.
Face à ces faits, les Verts considèrent comme crucial la demande des infirmières et ont depuis le début du processus lié à l'initiative "pour des soins infirmiers forts" soutenu les revendications de ces professionnelles de la santé. Ils soutiennent également le contre-projet indirect, car il est indispensable de mettre en oeuvre rapidement des mesures afin de lutter efficacement contre la pénurie de personnel soignant qualifié.
Dans ce sens, les Verts considèrent que la commission a agi, sur le principe, avec raison: le contre-projet permettra de former plus de praticiennes et de reconnaître une partie des compétences. Mais ce contre-projet doit être amélioré sur quatre points.
D'abord, il est indispensable de fixer un nombre maximum de patients soignés par infirmière. Ainsi, le personnel pourra mieux répondre aux besoins des patients et des patientes. Au lieu de chercher à augmenter sans cesse le nombre de patients par infirmière, les établissements devraient embaucher de nouveaux soignants ou de nouvelles soignantes·de manière à garantir la même qualité de soins à toutes et à tous.
Ensuite, des mesures devront aussi être prises pour garantir un environnement de travail qui permette aux infirmières de travailler dans de bonnes conditions, grâce non seulement à une meilleure compatibilité du travail avec la vie familiale, mais aussi à une planification fiable des horaires et des services.
De plus, il faudra aussi valoriser les compétences par un catalogue de prestations indépendant et la reconnaissance automatique de leur travail par les assurances-maladie. Ce n'est qu'une question de bon sens, non seulement sanitaire, mais aussi économique.
Enfin, protéger ces travailleuses par une convention collective de travail ne serait que les intégrer à un modèle de partenariat social habituellement vanté par tous les milieux, patronaux comme syndicaux, afin de garantir une sécurité du travail leur donnant envie de poursuivre leur carrière.
Au coeur du conflit entre les besoins collectifs et l'exigence de profit, les infirmières devraient voir leurs revendications beaucoup mieux écoutées.
Pour de bonnes conditions de travail dans la branche comme pour toutes celles et ceux qui auront besoin à un moment ou à un autre de soins, le groupe des Verts appelle le Parlement à améliorer son contre-projet, mais surtout à soutenir l'initiative "pour des soins infirmiers forts".