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Porchet Léonore · Nationalrat · 2020-03-04

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-03-04

Wortprotokoll

Retrouver un emploi après 50 ans est pour beaucoup de Suisses et de Suissesses une chose quasi impossible sur le marché du travail qui est le nôtre. Ainsi, pour une partie de nos seniors, la fin de l'activité salariée signifie l'appauvrissement et la perte de statut social. L'Etat, en charge de soutenir ses membres les plus faibles, ne peut pas accepter cet état de fait. Instrumentaliser cette situation indigne, pour parler de la votation du 17 mai prochain, qui n'a que très peu de rapport avec le projet, est non seulement ridicule, mais aussi honteux.

Le Conseil fédéral a construit son projet sur un modèle similaire, qui a fonctionné et dont je peux être fière en tant que Vaudoise, à savoir le modèle du canton de Vaud, qui a montré qu'il existait des solutions efficaces pour cette situation. Car, au-delà des chiffres qui ont été cités et répétés, ce sont bien des parcours de vie concrets, des gens qui existent vraiment, nos électeurs et électrices, des personnes qui comptent pour nous ou qui comptent sur nous, dont on parle aujourd'hui.

Mesures de restructuration: "Tu coûtes trop cher, la vieille!" Voici le message qu'une partie du patronat envoie à nos travailleurs et travailleuses. Nous devons y opposer un autre message, de solidarité et de reconnaissance pour le travail effectué, loin des encoubles qu'une partie de la commission a imaginées pour cette loi, loin des discours sur l'augmentation de l'âge de la retraite. Il est en réalité urgent, pour bien des personnes, de voir cette lacune de notre système de sécurité sociale comblée. Cette prestation transitoire est essentielle car, comme le démontrent les chiffres, la difficulté de trouver un emploi débute dès 50 ans déjà, en particulier pour les personnes moins formées et avec le moins d'expérience professionnelle. C'est pourquoi le fait de demander une mise en place de cette transition à partir de 62 ans est un affront, et la fixation de cet âge de 60 ans est déjà bien tardive. C'est un affront fait à ces personnes qui se sont battues toute leur vie pour travailler et qui se retrouvent mises au placard, forcées de dilapider leur épargne, forcées de recourir à l'assistance sociale; des personnes qui ont le sentiment de perdre leur dignité devant le risque de précarité; des personnes qui voient leur santé mise en danger par l'inquiétude et l'impuissance face à une situation injuste.

Débuter cette phase de transition à 57 ans, comme nous le proposons avec la minorité III (Prelicz-Huber) à l'article 2 est donc non seulement raisonnable, mais correspond aussi à la réalité et doit permettre d'éviter à de nombreuses personnes, en particulier des femmes, de vivre dans la précarité. Car ce sont elles, encore une fois, qui sont le plus touchées par ces difficultés sociales. Moins formées, leur travail familial étant non reconnu, les femmes paient trop souvent les pots cassés, à cause de notre système de prévoyance vieillesse, qui ne reconnaît pas à sa juste valeur leur implication dans le travail domestique, dans l'éducation, dans les soins et dans [PAGE 68] l'assistance, sans compter les discriminations dont elles sont victimes en matière salariale ou par rapport à leurs conditions de travail.

Il est aussi grand temps d'arrêter d'infantiliser nos seniors. Il est peut-être important de rappeler que ce sont des adultes responsables, qui ont un vécu important. Or nous voudrions aujourd'hui les contrôler comme des enfants à l'école? Demander qu'ils et elles prouvent chaque année leur volonté d'intégration au monde du travail, comme le prévoit l'article 3 alinéa 5 de la version du Conseil des Etats ou, dans une moindre mesure, la version du Conseil national, c'est prétendre qu'ils et elles sont des profiteurs de l'aide sociale. Pourquoi un tel acharnement, alors que les études du SECO montrent clairement qu'ils et elles ne trouvent pas de travail malgré le fait qu'ils en cherchent? Rappelons en effet que pour être bénéficiaire des prestations, un senior aura dû, pendant deux ans, chercher du travail auprès de l'ORP, sans succès, envoyer des centaines de postulations. Il est, dès lors, très improbable qu'il trouve du travail à 60 ans s'il n'en a pas trouvé pendant les deux années précédentes. La preuve de la recherche est donc déjà faite.

Ensuite, rappelons aussi que cette manière de considérer les bénéficiaires de l'aide sociale comme des profiteurs est fausse: toutes les études sur le sujet le démontrent: les personnes ayant droit à des prestations sociales ne les demandent bien souvent pas. Ces mesures de contrôle des bénéficiaires des mesures sociales sont d'une extrême violence et entraînent bien souvent la dégradation de leur estime de soi et, in fine, de leur santé mentale. Considérer ces personnes comme des parasites vivant au dépens de la société sans y participer les déshumanise. Arrêtons de faire croire qu'être bénéficiaire des prestations sociales est lié à de la fainéantise ou à un manque de volonté. Personne ne souhaite volontairement se retrouver coupé du monde du travail, de la stabilité et des moyens économiques qu'il apporte.

Parce qu'il faut au contraire reconnaître l'apport des seniors dans notre société dans et en dehors d'un travail rémunéré; parce que tout le monde peut se retrouver un jour face au risque de pauvreté; parce que la Suisse a les moyens de sortir cette partie de la population d'une situation injuste et indigne: pour toutes ces raisons, en tant que plus jeune Romande de notre Parlement, j'en appelle vivement à la solidarité avec nos aînés et vous encourage à entrer en matière sur ce projet de loi, à choisir la version de la commission du Conseil national et à soutenir les minorités qui viendront l'améliorer.