Porchet Léonore · Nationalrat · 2020-03-11
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-03-11
Wortprotokoll
Dans les différentes prises de position au sujet de l'initiative, on entendra beaucoup et régulièrement parler des difficultés de financement présumées des caisses de pension si elle était acceptée. Or, je souhaite vous rappeler que l'initiative est très claire dans ce qu'elle propose de ne pas financer comme matériel de guerre et qu'elle n'est ni handicapante ni restrictive d'une manière délétère pour la place financière suisse.
L'initiative n'exclut pas le financement des armes de sport ou de chasse. Elle ne prend pas non plus en compte le matériel à usage humanitaire. Le but de cette initiative, c'est que notre retraite ne soit jamais - en aucun cas - financée par la mort d'autres civils. Elle vise en fait l'évidence: je cotise pour ma retraite, mais je souhaite savoir, et m'assurer, que ma caisse de pension n'investisse pas dans les armes.
Ce matériel de guerre dont on parle, ce sont par exemple des armes dites ABC, c'est-à-dire des armes atomiques, biologiques ou chimiques. On ne parle pas du fusil à faisan de grand-papa. On parle d'armes atomiques. On parle d'armes qui sont par ailleurs interdites et décriées parce que trop horribles. Certaines des entreprises qui exportent ces engins de mort sont financées par notre argent: celui de la Banque nationale et celui de nos retraites.
Or, nous avons un pouvoir d'action sur cet argent. J'entends en effet régulièrement dire dans notre conseil que nous ne pouvons pas agir, que c'est hors des compétences du conseil, hors des compétences de la Suisse. Eh bien, cette fois, oui, nous avons le pouvoir d'agir et notre pouvoir d'action a des conséquences directes pour la promotion de la paix. C'est aussi fondamental pour préserver notre engagement de neutralité. Car si on se targue d'avoir des retraites saines et des relations extérieures au beau fixe, eh bien elles sont actuellement entachées par notre participation à ce business des bombes à partir de l'importante et puissante place financière de la Suisse.
Des milliards d'investissement sont effectués dans les armes de guerre depuis notre place financière, alors que des milliers des personnes se déplacent pour fuir des conflits armés sans que la Suisse réponde à l'urgence humanitaire à la hauteur de ce qu'elle peut faire. Cherchez l'erreur!
L'erreur est ici, parmi les collègues de ce conseil, qui ne souhaitent pas d'initiative, voire même pas du tout de contre-projet. L'erreur se trouve ici, car il faut rappeler que les indices boursiers sont nombreux, et beaucoup d'entre eux ne sont pas du tout liés au commerce de la guerre. Il existe donc d'autres secteurs de placement, qui par ailleurs sont tout aussi stables et profitables que celui du commerce de guerre, peut-être même plus. Investir avec l'argent de nos retraites ou avec celui de la BNS dans des armes atomiques et biologiques est non seulement une honte d'un point de vue éthique, mais ce n'est aussi pas du tout indispensable.
Je fais un petit rappel au passage: l'industrie des armes ABC est une industrie polluante qui ne répond à aucun critère environnemental. A l'heure où toujours plus de citoyens et de citoyennes demandent une Suisse plus responsable face à l'urgence climatique, il est cohérent d'ajuster également nos placements et de nous diriger vers une finance durable. Ainsi, si ce conseil prend ses responsabilités sur le plan climatique, par exemple la semaine prochaine à l'occasion du débat sur la loi sur le CO2, nous pourrions également créer de nouveaux espaces d'investissement qui soutiennent une transition responsable et solidaire des modes de production, tout en garantissant des rendements à faire sourire les avocats d'affaires genevois et zurichois qui sont dans notre salle.
C'est étrange de devoir le rappeler en 2020, mais je résume ainsi la position très simple des initiants: investir dans des armes atomiques, chimiques et biologiques est une honte; investir dans les armes de manière générale favorise la guerre; la guerre est une abomination. La Suisse peut faire quelque chose, alors faisons-le! D'autant plus que cela a été évoqué à plusieurs reprises: participer au financement des armes, c'est aussi mettre à mal les efforts diplomatiques et de neutralité de la Suisse. On se targue d'être écolo, on soutient une industrie polluante; on se targue d'être neutre, on finance des entreprises qui mettent sur le marché des armes de guerre; on se targue d'offrir des retraites, alors qu'on le fait sur le dos de la vie de civils. Ce n'est pas la Suisse que je souhaite et défends, c'est une Suisse qui fait honte.
Je vous invite donc à recommander l'acceptation de l'initiative et à répondre à l'appel à la dignité des jeunes Verts suisses et du Groupe pour une Suisse sans armée.