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Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2020-03-12

Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-03-12

Wortprotokoll

Le rapport qui nous est soumis donne un excellent aperçu des engagements et activités de notre pays en matière de politique extérieure. Le chapitre introductif sur la situation mondiale fait état de la situation humanitaire désastreuse dans certains pays, du retour au nationalisme et de l'augmentation des rivalités entre grandes puissances, des facteurs qui ont bien sûr une influence sur notre politique et montrent à quel point la Suisse est dépendante en tant que petit pays. Un chapitre est consacré aux bons offices de la Suisse, qui sont très appréciés et doivent être sauvegardés, car leurs retombées sont positives et renforcent la sécurité et la bonne réputation de notre pays.

Dans le domaine de la politique européenne, nous avons deux sujets de préoccupation. Le premier concerne l'accord institutionnel, pour lequel, malgré des négociations en cours depuis 2013, il n'a toujours pas été trouvé de solution. La signature de cet accord devrait nous permettre de consolider la voie bilatérale tout en conservant une autonomie maximale. Dans la Stratégie de politique extérieure 2020-2023, dont nous discuterons juste après, la conclusion de l'accord institutionnel reste une priorité. Mais il est toutefois fait mention que la Suisse prévoit des mesures concrètes en cas d'échec pour atténuer les répercussions négatives indésirables. A nos yeux, la conclusion de l'accord-cadre est une décision politique cruciale, et s'il devait ne pas être réalisé, cela aurait des répercussions majeures dans les domaines actuellement régis par les accords bilatéraux, à savoir l'accès aux marchés, la formation et la recherche, la politique d'asile, la migration et la politique environnementale. N'oublions pas non plus que les relations de la Suisse avec l'UE sont étroites en matière de politique de sécurité et que, sans accord, nous sortirions du système d'information Schengen, ce qui entraînerait une diminution évidente de la sécurité pour notre pays.

Le deuxième sujet de préoccupation est celui de la migration, qui a atteint son plus haut niveau depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, avec près de 70 millions de déplacés internes et de réfugiés. La Suisse et l'Union européenne coopèrent avec l'objectif principal de protéger la frontière extérieure de l'Europe et de prévenir la migration dite irrégulière. Par contre, l'organisation de la migration régulière n'est pas abordée et il n'est fait qu'une minime mention du Pacte mondial pour les migrations, pacte auquel on sait que la Suisse a contribué de manière significative. Pour régler la migration, la Suisse propose de lutter contre les causes de la fuite, à [PAGE 327] savoir les conflits armés et les violations des droits de l'homme, ce qui ne va pas se faire du jour au lendemain. D'ici là, les nombreuses tentatives désespérées de migrants de rejoindre l'Europe se poursuivront. La situation a encore empiré depuis que nous avons discuté de ce rapport en commission avec l'ouverture des frontières turques par le président Erdogan, faisant faussement miroiter la possibilité d'asile à de nombreux réfugiés vivant dans des camps en Turquie depuis de nombreux mois ou des années.

Au niveau mondial, la Suisse entretient des relations bilatérales avec plusieurs puissances et favorise des relations avec huit Etats décrits comme prioritaires en termes de politique extérieure.

Il y a de notre point de vue une ambivalence, voire une contradiction, entre le souhait de développer le multilatéralisme, mentionné à plusieurs reprises dans le rapport, et le fait que la Suisse développe de multiples relations bilatérales, parfois dans le cadre de l'AELE, parfois seule. L'explication se trouve peut-être dans le rapport qui, à la page 18, décrit que la Suisse entretient des relations partout dans le monde, ce qui lui permet de préserver ses intérêts en toute indépendance. Cette vision du DFAE met donc la priorité sur l'article 2 de la Constitution, qui favorise en premier lieu la prospérité de la Suisse.

Or, pour s'inscrire dans l'Agenda 2030, nous devrions défendre un monde plus solidaire en nous basant sur l'article 54 alinéa 2 de la Constitution, qui définit clairement le rôle des affaires étrangères, dans le sens qu'elles doivent contribuer à soulager les populations dans le besoin, à lutter contre la pauvreté et à promouvoir le respect des droits de l'homme, la démocratie, la coexistence pacifique des peuples et la préservation des ressources naturelles. Enfin, nous aimerions encore souligner que le rapport manque d'ambition en termes de développement durable.

Il n'est peu ou pas fait mention de l'attitude de la Suisse face aux problèmes de blanchiment d'argent, de lutte contre la corruption, de violation des droits humains, et il n'y a pas d'engagement clair pour encourager la responsabilité des multinationales.

Le problème du réchauffement climatique est peu développé, alors que les risques environnementaux comme le changement climatique occasionnent plus de pertes en vies humaines que le terrorisme et la violence et qu'il cause d'importants mouvements de population.

Nous aimerions par conséquent qu'un intérêt particulier soit porté à ces différents problèmes lors des prochaines années et nous souhaitons que la politique étrangère soit redirigée dans le sens d'adhérer aux objectifs décrits à l'article 54 de la Constitution et de ne pas avoir comme but essentiel la préservation de l'économie et des intérêts de la Suisse.

Nous vous recommandons toutefois de prendre acte du rapport.

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