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Walder Nicolas · Nationalrat · 2020-06-02

Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2020-06-02

Wortprotokoll

Le groupe des Verts partage les préoccupations tant de M. Nidegger que du groupe socialiste. Devant l'ambivalence des enjeux suscités par cet objet, la majorité de notre groupe s'abstiendra lors du vote sur l'adhésion aux Nouveaux accords d'emprunt du Fonds monétaire international.

Cette abstention est lourde de sens. Elle cristallise tant notre soutien au multilatéralisme comme forme de gouvernance que notre refus d'appuyer une institution telle que le FMI dans son fonctionnement actuel.

En effet, bien que les réalités économiques d'un monde globalisé nous poussent à reconnaitre l'importance des organismes multilatéraux qui, à l'instar du FMI, veillent à la stabilité monétaire internationale, il nous est impossible de plébisciter une institution encore aveuglée par une idéologie trop souvent préjudiciable à l'écologie et aux populations, et ce malgré les propos encourageants de sa directrice générale, Kristalina Georgieva, qui invite les pays à concentrer leurs investissements de relance post-Covid dans les secteurs économiques verts.

Nous sommes pourtant conscients, au vu des sombres perspectives conjoncturelles, du bienfondé de vouloir doubler les NAE. Et pour la Suisse, cet effort reste léger sachant que cela n'impactera pas les ressources de la Confédération et [PAGE 582] que le risque, aussi minime soit-il, ne sera assumé que par la Banque nationale suisse. Cependant, nous restons sceptiques vis-à-vis d'une institution qui véhicule une vision de l'économie principalement axée sur l'ouverture internationale des marchés et qui, par son action, prône une croissance mondialisée où la durabilité tant sociale qu'écologique est étouffée par un dogmatisme ultralibéral.

Nous doutons fortement de l'efficacité et du bien-fondé des conditions accompagnant l'allocation des prêts, incluant privatisations, libéralisations et soumission, trop souvent, aux puissances occidentales. Ces plans d'ajustement structurels ont propulsé de trop nombreux pays dans un cercle vicieux, ne leur permettant plus d'assurer les prestations indispensables à leur population sans recourir à de nouveaux emprunts.

Nous restons également dubitatifs quant au simili de démocratie consacrant le vote censitaire au travers du système des quotes-parts, qui contribue à renforcer les asymétries existantes, et ce malgré la timide réforme de 2008.

Pour résoudre cette tension entre la reconnaissance de l'utilité conjoncturelle du FMI et notre défiance légitime face au fonctionnement de cette institution et au modèle qu'elle véhicule, les Verts ne s'opposeront pas à l'adhésion aux Nouveaux accords d'emprunts. Cependant, le choix de ne pas contrarier le présent accord s'accompagnera d'une interpellation qui sera adressée au Conseil fédéral.

Car dans cette institution où le pouvoir est directement corrélé à la participation financière des pays, la Suisse, en tant que neuvième contributeur, devrait user de toute son influence au sein du conseil d'administration et du comité ministériel du FMI, afin que:

- les prêts octroyés par le FMI aux pays les plus pauvres soient en totalité ou partiellement abandonnés;

- l'octroi de prêts ne soit plus systématiquement conditionné à des plans d'ajustements structurels, incluant majoritairement privatisations et libéralisation des marchés, alors même qu'il est avéré qu'un développement économique robuste et équitable a autant besoin d'ouverture économique que de mesures de protection du marché intérieur et de services publics forts;

- les prêts soient conditionnés à des engagements, de la part des pays bénéficiaires, en faveur tant de la préservation de la biodiversité que d'une limitation de l'empreinte carbone, ainsi que du respect des droits humains;

- le système de pondération des voix des pays membres soit révisé. A cette fin, nous demandons au Conseil fédéral d'insister afin que soit mieux pris en compte le poids démographique des pays les plus pauvres.

Les Verts sont et resteront de fervents défenseurs d'un multilatéralisme inclusif et démocratique au service des populations et de notre environnement. Ils refusent par contre d'appuyer aveuglément une institution qui contribue à maintenir sous perfusion un système économique d'ores et déjà aux soins intensifs.