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Berset Alain · Bundesrat · Freiburg · 2020-06-03

Wortprotokoll

Vous savez, Monsieur le conseiller aux Etats Rechsteiner, si nous n'avons pas beaucoup le sens des commémorations, cela ne veut pas dire que nous ne cultivons pas la mémoire. Le Conseil fédéral partage l'avis que vous avez exprimé quant à la signification du 8 mai 1945. C'est très clair, c'est un moment très important de l'histoire européenne et mondiale, avec la capitulation du régime nazi qui marque la fin d'un conflit mondial dont les atrocités commises ont constitué une violation, je crois qu'on peut la qualifier ainsi, sans précédent de la dignité humaine. Les pertes humaines dues à la Deuxième Guerre mondiale sont estimées à plus de 60 millions de personnes au total. Plus de 6 millions d'entre elles sont des victimes de la Shoah, dont une majorité a péri dans les camps d'extermination nazis.

Face à cette histoire, d'une brutalité, je le disais, sans précédent, nous avons évidemment toutes et tous un devoir de mémoire. Cela dit, le Conseil fédéral est toujours réservé sur les commémorations en général, c'est une ligne qu'il tient depuis longtemps. Pour sortir de la guerre - vous avez mentionné des éléments de nature historique, avec des citations -, je crois qu'il y a un travail important à réaliser suite à des événements de cette nature, au coeur du continent européen, où nous nous trouvons géographiquement. C'est un travail qui n'est pas facile à réaliser, qui prend du temps. Je crois que c'est un travail qui doit également se poursuivre. Ce qui nous paraît extrêmement important aujourd'hui avec les nouvelles générations, c'est précisément de ne pas perdre la mémoire de ce qui s'est passé, et c'est là que nous avons, je crois, ainsi que nos institutions de formation, un rôle très important à jouer.

Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse s'est engagée en créant le Don suisse en faveur de victimes de la guerre, vous l'avez mentionné dans votre interpellation. Dès la fondation de l'ONU en 1945, la Suisse a participé de diverses manières à ces efforts en faveur du droit humanitaire et du maintien de la paix. On peut ici penser à beaucoup de choses, mais j'ai notamment en tête la création du Conseil des droits de l'homme, que nous abritons à Genève, la deuxième ville de l'ONU après New York.

Et donc, s'il ne fait aucun doute que le 8 mai 1945 est une date historique d'une très grande importance, le Conseil fédéral n'a pas souhaité organiser d'actes officiels le 8 mai 2020, mais a plutôt souhaité soutenir l'effort de mémoire de différentes manières. J'aimerais rappeler ici un moment important du début de cette année 2020, la visite de la présidente de la Confédération en janvier 2020 sur le site d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne, pour la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste et aux 75 ans de la libération du camp.

Cela a été l'occasion pour la présidente de la Confédération de participer à la cérémonie commémorative qui a réuni des survivants de la Shoah et des chefs d'Etat. Dans le message de la présidente de la Confédération, donc de la Suisse, le devoir de mémoire a été rappelé en soulignant que nous ne pouvions pas réparer les erreurs du passé, mais que nous pouvions en tirer les leçons, en faisant preuve de vigilance, d'esprit critique et, précisément, en maintenant la mémoire.

Pour ce qui concerne l'accueil de groupes de réfugiés vulnérables en signe de solidarité internationale, la Suisse s'est toujours engagée sur ce plan, ce n'est pas une question de date, cela n'a pas à voir avec le 8 mai 2020 en particulier. Durant les dernières années, nous avons accueilli plus de 4300 personnes par le biais du programme de réinstallation de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), et d'ici à la fin de 2021, quelque 1600 réfugiés supplémentaires pourront encore être accueillis. De même, pour parler encore du HCR, le Conseil fédéral a décidé le 7 juin 2019 de le soutenir, en lui allouant 125 millions de francs pour la période 2019-2022 pour le travail effectué dans les zones de crise. C'est de cette manière que nous envisageons notre engagement et le travail de mémoire. Mais notre engagement consiste non seulement à regarder vers le passé - il est très important de connaître le passé et de cultiver la mémoire -, mais à y puiser des sources de réflexion et de l'énergie, afin de nous diriger vers l'avenir en remplissant l'exigence de rester fidèle à notre tradition humanitaire, à faire preuve de la constance dans les actions qui nous caractérise, à manifester de la solidarité sur le plan international, à accorder des soutiens financiers pour garantir le respect de la dignité humaine.

En faisant cela, nous remplissons l'exigence de maintenir la mémoire. C'est peut-être là une certaine manière de commémorer la fin de l'un des conflits les plus meurtriers de l'histoire de l'Europe.

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