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Porchet Léonore · Nationalrat · 2020-06-08

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2020-06-08

Wortprotokoll

Notre système de santé coûte cher - trop cher. Selon l'OCDE, la Suisse occuperait, après les Etats-Unis, la deuxième place dans la course des pays qui dépensent le plus en matière de santé par habitant. Un quart de la population fait l'impasse sur une visite médicale pour des raisons financières. A nouveau, seuls les Etats-Unis comptent, en comparaison mondiale, plus de personnes qui ne peuvent pas se permettre de voir un médecin. Les Suissesses et les Suisses vont donc peu chez le médecin - environ quatre fois par année -, alors que la moyenne au sein des pays de l'OCDE est de l'ordre de six visites par an. Les Suissesses et les Suisses assument 52 des 80 milliards de francs des coûts annuels de la santé, tout en renonçant à des consultations. Nous sommes donc loin de l'image d'un peuple d'irresponsables qui profiteraient sans compter d'un système de santé trop accessible que certains partis dépeignent.

La solution à l'explosion des coûts de la santé n'est donc pas à chercher du côté de la responsabilité individuelle, mais de la structure. Nous répondrions en effet beaucoup mieux à ce problème si la réponse était systémique, si nous envisagions les personnes dans leur globalité, si nous nous attaquions de front aux maladies de civilisation causées par notre organisation sociale malsaine, si nous nous occupions de santé publique, plutôt que de maladies uniquement. C'est le contraire qui est actuellement en place, avec des listes détaillées de services médicaux facturables par lieux et types d'interventions et par spécialités médicales, par exemple les tarifications Tarmed et les forfaits Swiss DRG. Si elles ont été pensées pour ne favoriser que les pratiques efficaces et économiques, ces structures tarifaires posent en retour des problèmes non négligeables, comme la mauvaise incitation à la surprescription, l'encouragement des carrières médicales de spécialistes, plus rémunératrices que celles de généralistes -ce qui entraîne une pénurie de médecins de famille -, l'absence de financement des prestations de prévention et de promotion de la santé, la mauvaise coordination, la difficulté de mettre en place des parcours de soins intégrés.

Face à ce constat, les Verts sont très sceptiques quant à ces structures tarifaires. Ils ont d'ailleurs essayé, sans succès, en commission, d'ouvrir la porte à d'autres modes de financement. A défaut de mieux, ils soutiendront donc l'organisation tarifaire nationale dans le domaine ambulatoire, avec ses forfaits. Quitte à ce que cette structure tarifaire existe, il est à notre sens indispensable qu'elle soit maintenue à jour et que les données utiles à la fixation des tarifs soient transmises, comme le propose le Conseil fédéral. Les Verts soutiendront donc également ce point, mais en demandant que les cantons soient impliqués dans l'institution de ces organisations tarifaires. [PAGE 771]

Mais les Verts rappellent que dans des pays voisins, le système de santé publique fonctionne selon d'autres modèles que le paiement à la prestation par acte ou forfait. Certains ont par exemple fait le choix de la capitation, c'est-à-dire que les fournisseurs de prestations reçoivent un montant en fonction du bassin de population potentiellement couvert et financent avec cela les traitements, mais aussi un concept global de la santé, dont la prévention et la coordination des soins.

D'autres encore ont investi massivement, et avec succès, dans l'intégration des soins, s'éloignant ainsi de la compréhension suisse coûteuse et pauvre - il faut le faire - de la médecine, sous l'unique perspective de la réparation des corps et, sous certaines conditions, des esprits.

Pour les Verts, il est indispensable d'élaborer un concept de financement plus global qui permette de mener une vraie politique de santé publique au bénéfice de toutes et tous.