Fivaz Fabien · Nationalrat · 2020-06-18
Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-06-18
Wortprotokoll
La crise du coronavirus a montré de multiples manières les problèmes de discrimination entre les genres. Prenons l'exemple des communications du Conseil fédéral: à peine 13 pour cent des experts étaient des expertes. Les décisions sont donc prises par des hommes, alors que les femmes ont été d'importance systémique durant la crise, dans les soins, dans la vente, dans la garde des enfants et plus largement dans le domaine de l'aide à des tiers, sans parler de toutes les charges ménagères et éducatives, réalisées souvent à côté du télétravail. Malgré cette importance, les conditions de travail sont toujours très pénibles dans ces métiers, et les salaires sont loin d'être à la hauteur. Dans les soins par exemple, notre conseil a voté en décembre dernier un contre-projet à l'initiative pour des soins infirmiers forts. Le projet a été largement vidé de sa substance par le Conseil des Etats. C'est donc devant la population qu'il faudra défendre cette évidence: les applaudissements ne nourrissent pas.
Je suis un homme, je suis blanc, je suis suisse. Je cumule les privilèges dans notre société qui discrimine les femmes, les étrangères, les hommes et les femmes de couleur. J'ai deux enfants. En termes d'égalité des chances, ma fille ne part pas avec les mêmes avantages que mon fils. En moyenne, ma fille a un risque plus élevé de tomber dans la pauvreté. Ma fille a un risque élevé d'être agressée, en particulier [PAGE 1069] sexuellement. Ma fille aura en moyenne un salaire plus bas et une retraite un tiers inférieure à celle de mon fils. Ce sont aujourd'hui les chiffres sur l'égalité en Suisse, et ceci même si notre Constitution consacre l'égalité en droit et en fait depuis[NB]1981.
Il a fallu dix ans et la première grève des femmes en 1991 pour que la Suisse se dote d'une loi sur l'égalité. Sans grands effets. Presque trente ans plus tard, il a fallu une nouvelle grève des femmes pour accélérer la révision de la loi, pour qu'on institue enfin des contrôles, mais des contrôles très limités, la loi prévoyant en effet de surveiller les salaires de moins de la moitié des employés et de moins de[NB]1[NB]pour[NB]cent[NB]des[NB]entreprises. Sans contrainte et sans sanction, va-t-on arriver à changer les choses? L'expérience montre que non.
Et les conséquences budgétaires de la crise pourraient bien fragiliser ces maigres avancées pour l'égalité. Il n'est pas acceptable que les programmes d'austérité, ici ou dans les cantons, démantèlent les structures d'accueil extrafamilial, démantèlent encore plus les structures de santé, comme nous l'avons fait depuis des décennies, démantèlent les secteurs de l'éducation et de la formation. C'est précisément dans ce sens que nous souhaitons une analyse sexospécifique du budget de la Confédération. Pas seulement pour allouer les fonds de manière égalitaire, mais aussi parce que cela[NB]doit[NB]permettre de mettre en évidence les biais et de les corriger.
Je me réjouis que tous les hommes qui se sont succédé hier à la tribune pour parler des droits des femmes prennent enfin toutes les mesures nécessaires pour améliorer l'égalité. Nous verrons bien ce matin qui est prêt à aider les cantons pour le développement de programmes dans la politique de la petite enfance. Nous verrons bien en septembre qui soutiendra le renforcement de la loi sur l'égalité, lorsqu'il s'agira d'introduire des sanctions et de renforcer les contrôles. Et nous verrons bien qui acceptera d'intégrer la notion de consentement dans le droit pénal en matière sexuelle.