Hurni Baptiste · Nationalrat · 2020-09-14
Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-14
Wortprotokoll
L'examen du programme de législature est un exercice un peu particulier. Il s'agit du programme que le Conseil fédéral élabore pour lui-même, mais auquel le législatif doit donner sa caution. Il nous appartient donc de comprendre, d'approuver ou de nuancer les volontés de l'exécutif, tout en essayant d'infléchir et d'apporter des impulsions là où le Conseil fédéral ne va pas dans la bonne direction.
Pour ce programme, cet examen est encore plus étrange, car il n'y a pas besoin d'être un génie de l'analyse politique pour comprendre que le coeur du programme de cette législature, que ce soit celui de l'exécutif, ou aussi du législatif, sera lié aux conséquences de la crise sanitaire et économique que nous vivons depuis plusieurs mois. Or, le programme de législature a été rédigé avant que le Covid-19 ne vienne frapper à notre porte et avant l'examen par les commissions; le texte qui nous est soumis ne mentionnait pas cette pandémie et ses conséquences.
Même en faisant abstraction de la crise précitée, ce programme souffre de nombreuses faiblesses, à commencer par le fait qu'il est très sobre, pour ne pas dire qu'il manque de fulgurances et d'enthousiasme. Si l'on compare ses trois lignes directrices avec celles du précédent programme, on se rend compte que ce sont les mêmes, à quelques changements près. La protection du climat fait son apparition, de même que les opportunités numériques. On salue ces évolutions, mais quelle timidité! A croire que le Conseil fédéral n'a pas vu les 500[NB]000 femmes et hommes solidaires qui ont défilé le 14 juin 2019 pour demander plus d'égalité, comme il saute aux yeux que les milliers de jeunes, et moins jeunes, qui ont défilé et défilent encore pour le climat en attendaient plus, sans compter le besoin de cette énorme masse silencieuse de la classe moyenne, qui exige que l'Etat améliore la redistribution des richesses.
Malgré cela, le groupe socialiste estime qu'il convient de rejeter la proposition de renvoi.
Oui, on aurait espéré des engagements plus forts en matière de répartition de la prospérité, de développement durable et de protection de l'environnement, d'égalité, mais malgré cela, ce programme est un reflet de notre système politique. Il est fait d'équilibres, de tout petits pas, de recherche de consensus et d'une grande stabilité. Or, à l'heure de la crise sans précédent que nous traversons, il nous apparaît que cette stabilité, qui nous agace à bien des égards, car elle n'est pas le gage des changements de société auxquels nous aspirons, est néanmoins rassurante et bienveillante pour la population.
On a coutume de dire dans mon métier qu'il vaut mieux un mauvais accord qu'un bon procès. Le groupe socialiste fera sienne cette doctrine en estimant qu'il vaut mieux un programme manquant d'ambition politique qu'une opposition stérile qui n'aboutirait à aucun progrès pour les habitants de ce pays.