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Vara Céline · Ständerat · 2020-09-17

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2020-09-17

Wortprotokoll

Dans le prolongement de la discussion sur la motion Fässler Daniel, je vais également vous emmener en balade en forêt. Près d'un tiers de la surface de notre pays est occupé par la forêt. On parle de plus de 13[NB]000 kilomètres carrés, soit davantage que toute la Suisse romande et le Tessin réunis. En Suisse, la forêt est le premier milieu naturel que l'on a tenu à protéger. En effet, la première loi sur la forêt date de 1876. Cette loi vise à protéger la forêt et à en assurer la pérennité. Et c'est bien de cette pérennité dont je vais vous parler.

Le réchauffement climatique a déjà un impact visible sur les forêts. L'épicéa couvre 44 pour cent de nos forêts et il supporte mal le chaud. Or cet arbre montagnard a été planté à large échelle à basse altitude. Le réchauffement climatique l'affaiblit et le rend chaque année plus vulnérable aux attaques des parasites. Plus de 40 pour cent des animaux recensés en Suisse dépendent de la forêt. Nos forêts stockent près de 150 millions de tonnes de carbone, soit environ 550 millions de tonnes de CO2, ce qui équivaut à la consommation de la Suisse pendant dix ans.

Dans cette perspective, force est de constater que les forêts anciennes ont leur rôle à jouer et qu'elles ne doivent pas être sacrifiées au nom de l'idée dominante que la captation de carbone est le seul fait des jeunes arbres. Les vieux arbres jouent un rôle très important pour les stocks de carbone. En effet, leur masse de bois est sans commune mesure avec celle des jeunes arbres. De plus, ils comptent un nombre de feuilles infiniment plus élevé que leurs jeunes congénères et, si l'efficacité de la photosynthèse est moindre chez les vieux arbres, elle est nettement compensée par un nombre de feuilles plus élevé. [PAGE 918]

L'économie forestière génère 6200 emplois, et la transformation du bois brute génère quant à elle 7500 emplois. La forêt protège plus de 130[NB]000 édifices et des milliers de kilomètres de voies de communication contre les éboulements et les avalanches.

Environ 40 pour cent de l'eau potable provient de la forêt, et l'effet filtrant de la forêt équivaut à une économie de coûts de traitement de l'ordre de 80 millions de francs par an.

Enfin, les forêts sont des lieux privilégiés pour le loisir, la balade et l'éducation. Pendant la crise que nous venons de vivre, une partie de la population a redécouvert la forêt et le bien-être qu'elle apporte.

La forêt est donc essentielle pour la Suisse, tant écologiquement qu'économiquement et socialement. C'est pourquoi il est essentiel d'accompagner son évolution et d'assurer au mieux sa capacité à faire face à ces changements dans le respect de sa faune et de sa flore. La biodiversité de la forêt est un élément déterminant pour lui permettre de faire face aux changements en cours.

Il s'agit donc de garder des arbres résistants comme porte-graines pour l'avenir, ce qui implique de renoncer aux coupes préventives. En réalisant des coupes anticipées, on abat sans le savoir des arbres potentiellement résistants aux aléas climatiques, les plus aptes à constituer les forêts du futur. En effet, la biodiversité des forêts matures est très importante.

Le dernier inventaire forestier national, publié le 10 juin dernier, présente les résultats acquis sur la période 2009-2017. Ces résultats ne reflètent pas l'accélération de la pression climatique - sécheresse, tempêtes, parasites - que subit actuellement cet écosystème.

En ce qui concerne les parasites, je rappelle que le bois mort lui-même représente un habitat très important pour la biodiversité forestière: 1700 espèces de coléoptères et 2700 espèces de champignons dépendent du bois mort. En l'état, nous ne disposons pas d'un suivi suffisamment fin sur l'état actuel des forêts et leur évolution. De par leur nature, les forêts ont une évolution lente, liée au rythme de croissance des arbres. Or, le changement climatique est très rapide.

Les résultats de cette étude qui concernent la biodiversité, par exemple l'augmentation du volume de bois mort, sont effectivement encourageants. Toutefois, les efforts consentis ces dernières décennies pour la protection de la faune et de la flore forestière doivent impérativement se poursuivre.

La lutte contre le bostryche et l'adaptation au réchauffement climatique ne doivent pas se faire au détriment de la biodiversité. Dans sa réponse à mon postulat, le Conseil fédéral considère que l'adoption de la motion Hêche 19.4177 suffit à garantir la multifonctionnalité des forêts suisses, et donc la conservation de leur biodiversité. Je ne peux malheureusement pas souscrire à cette affirmation. En effet, selon l'Office fédéral de l'environnement, un tiers des espèces forestières figurent sur la liste rouge des espèces menacées. On observe des déficits écologiques en forêt responsables du déclin de plusieurs espèces. Dans de nombreuses forêts du plateau, chez moi, la quantité de bois mort n'est toujours pas suffisante pour garantir la survie des espèces liées au bois mort. Dans le document intitulé "Biodiversité en forêt: objectifs et mesures" réalisé par l'OFEV en 2015, le Conseil fédéral signale d'ailleurs le manque de vieux arbres et de bois mort comme l'un des plus grands déficits écologiques de la forêt suisse. Les plantations d'épicéas à basse altitude ont provoqué un assombrissement des forêts dont pâtissent certains papillons et reptiles. Pour des animaux craintifs, comme le grand tétras ou le chamois, l'augmentation des activités de loisir s'étendant jusqu'au plus profond des forêts provoque des dérangements qui mettent en danger ces espèces sensibles. Il est donc temps d'accorder à la biodiversité la place qu'elle mérite.

Je me permets d'attirer votre attention sur le rapport de l'ONU qui paraît aujourd'hui dans la presse. L'ONU communique sur un projet qui a maintenant dix ans. En 2010, les 196 Etats membres de la Convention sur la diversité biologique s'étaient entendus sur vingt objectifs à atteindre pour sauver la planète. Dix ans après, aucun - aucun! - de ces vingt objectifs n'a été atteint. L'ONU conclut aujourd'hui dans la presse à un taux de perte de biodiversité sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

C'est la raison du dépôt de mon postulat demandant un complément d'informations sur la période 2017 à 2020 concernant la mise en oeuvre des objectifs de la politique forestière 2020 en matière de biodiversité, et tout particulièrement en ce qui concerne la part du bois mort et des vieux arbres, ainsi qu'en matière de peuplements d'essences indigènes aptes à supporter le réchauffement climatique. Si vous êtes tous et toutes convaincus de l'importance de la forêt pour notre pays, et pour notre planète, j'espère avoir réussi à vous convaincre de l'urgence de renforcer sa biodiversité. Je vous invite à appuyer ma demande de complément.