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Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · 2020-09-24

Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-09-24

Wortprotokoll

Un journal populaire vient de montrer l'exemple d'une grande société suisse qui distribue à ses trois principales actionnaires chaque année plus d'argent que la masse salariale de ses milliers de salariés. Cela est aggravé par le fait que les dividendes de ces actionnaires sont au bénéfice d'un abattement fiscal que ne connaissent pas ces mêmes salariés. Il y a donc une moindre pression fiscale sur ces revenus, qui sont partagés entre peu de personnes, que sur ceux des travailleurs qui permettent l'accumulation de ces revenus.

La question qui se pose face à ce type d'exemple, c'est à partir de quand un système est devenu tellement injuste qu'il doit craindre pour sa survie et pour son acceptation auprès des gens qui vivent dans ce système? Jusqu'où l'injustice et l'inégalité sont-elles supportables pour celles et ceux qui les subissent? Ce sont ces questions que nous pose la Jeunesse socialiste, qui a récolté les signatures, et il faut peut-être un petit rappel historique pour se souvenir que ces questions, il est fort probable que certains se les posaient déjà dans quelque salon de l'aristocratie de l'Ancien Régime.

La fiscalité directe et progressive a été inventée par les radicaux quand ils étaient de gauche et quand ils ont créé notre Etat moderne et démocratique. Ils avaient compris que les libertés gagnées par les libéraux ne resteraient que virtuelles si les inégalités économiques continuaient de se creuser. Ces principes ont permis à notre pays de se développer. L'action syndicale, la négociation sociale, la dialectique politique permise par le développement de la démocratie, ont perfectionné l'oeuvre des fondateurs du XIXe siècle. Et contrairement à ce que croyaient les opposants à la fiscalité directe et progressive, notre pays, en l'adoptant, ne s'est pas appauvri. Il s'est modernisé progressivement, il s'est apaisé, il a favorisé le travail et l'initiative personnelle.

Le problème est que cet édifice s'est progressivement défait et que les inégalités ont recommencé à se creuser, dans des proportions inacceptables.

La crise dans laquelle nous entrons et que nous commençons à vivre depuis quelques mois est probablement l'une des plus violentes que nous aurons connues ces dernières décennies. Les déficits publics vont se creuser. La dette va à nouveau s'accumuler. Les faillites d'entreprises, les pertes d'emplois, le chômage, la perte de pouvoir d'achat risquent à nouveau d'accabler nos concitoyennes et nos concitoyens.

La question qui va se poser rapidement, c'est: qui paiera cette crise? Qui financera les services publics s'ils se [PAGE 1866] trouvent dans un déficit important? Alors, dans quelques mois, quand nous voterons sur cette initiative populaire et que les dividendes des sociétés auront à nouveau été publiés et qu'ils atteindront probablement à nouveau des records, la question à laquelle je vous ai invités à réfléchir au début de mon intervention se reposera: jusqu'à quand un système injuste peut-il continuer à être soutenu? Jusqu'à quel point les inégalités sont-elles supportables? Je crois que, ce débat, il est sain dans notre démocratie directe de l'avoir, et je remercie les Jeunes socialistes de nous permettre de l'avoir. Il arrive à point nommé.

Je vous invite à répondre à cette question par la simple réponse suivante: nous sommes allés trop loin dans l'injustice et les inégalités. Il faut corriger, il faut revenir au principe de la fiscalité directe et progressive. Mais pour cela, nous avons un travail législatif à faire, ce que nous permet cette initiative.