preparatory:AB 271765
Moret Isabelle · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2020-11-30
Wortprotokoll
Nous devons malheureusement commencer cette session d'hiver par un éloge funèbre. Nous rendons hommage aujourd'hui à l'ancien conseiller fédéral René Felber, qui nous a quittés à l'aube du dimanche 18 octobre 2020. Il a été également membre de notre conseil durant quatre législatures, et je veux, en votre nom à tous, exprimer ma plus vive sympathie à son épouse, ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.
René Felber est né le 14 mars 1933 à Bienne et a grandi à Neuchâtel. Son brevet d'instituteur en poche, il a enseigné dans le Val-de-Ruz avant de s'installer au Locle. René Felber est un cas d'école pour l'instruction civique, car il a rempli toutes les fonctions politiques du cursus honorum aux échelons communal, cantonal et fédéral.
Il a débuté au Conseil général du Locle, en 1960, a accédé à l'exécutif de la commune et l'a présidé jusqu'en 1980. En parallèle, il a siégé au Grand Conseil neuchâtelois de 1965 à 1976 et au Conseil national dès 1967, où il a présidé le groupe socialiste en 1980 et 1981, avant d'entrer au Conseil d'Etat neuchâtelois. L'Assemblée fédérale l'a élu en 1987 au Conseil fédéral, où il a remplacé un autre Neuchâtelois, Pierre Aubert, à la tête du Département fédéral des affaires étrangères. Près de six ans plus tard, lors de sa démission, il écrira au président de l'Assemblée fédérale Paul Schmidhalter: "Je suis conscient que le mandat de conseiller fédéral exige une disponibilité totale, que je ne peux malheureusement plus garantir."
Les historiens retiendront qu'il a été le premier conseiller fédéral à avoir plaidé ouvertement pour l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne. René Felber ne voulait pas seulement garantir aux entreprises suisses l'accès au marché européen, il souhaitait également que son pays s'inscrive "dans le mouvement européen qui avait garanti à la Suisse cinquante ans de paix". Et pour jouer cartes sur table avant la votation populaire sur le traité sur l'Espace économique européen (EEE), il avait demandé, avec l'appui de son collègue vaudois Jean-Pascal Delamuraz, l'ouverture de négociations en vue d'une adhésion à l'Union européenne. En 2012, vingt ans après le non à l'EEE, il constatera non sans humour que les accords bilatéraux signés au fil des ans entre la Suisse et l'Union[NB]européenne ont remplacé ceux prévus par le traité de l'EEE.
Mais René Felber n'a pas seulement cherché à rapprocher la Suisse de l'Europe, il a aussi dynamisé la neutralité active de la Suisse, chère à ses prédécesseurs neuchâtelois, Max Petitpierre et Pierre Aubert. Après la chute du mur de Berlin et la dissolution du bloc de l'Est, René Felber a renforcé la dimension solidaire des relations extérieures de la Suisse. Après avoir signé la Charte de Paris pour une nouvelle Europe, lors de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, notre pays a ainsi été parmi les premiers à reconnaître et à coopérer avec les nouveaux Etats d'Europe centrale et orientale.
Sous l'impulsion du socialiste neuchâtelois, la Suisse a participé pour la première fois aux sanctions économiques de l'ONU lors de la guerre du Golfe, puis du conflit yougoslave. Elle a aussi pris part aux missions de paix de l'ONU, notamment à Chypre, au Liban, en Namibie et au Sahara occidental.
René Felber a aussi cherché à améliorer les contacts entre les Etats-Unis d'Amérique et le Conseil de l'Europe quand il en présidait le Comité des ministres. Il avait le sens de l'histoire et la ferme volonté que la Confédération, qu'il a présidée en 1992, y joue son rôle et y tienne sa place.
René Felber a été un ministre des affaires étrangères lucide et engagé. Il a exercé sa fonction avec passion et sans calcul, fidèle aux convictions de sa jeunesse. Celles et ceux qui l'ont côtoyé ont apprécié sa cordialité et admiré la cohérence de ses positions.
Après sa démission du Conseil fédéral, René Felber a encore présidé l'Assemblée interjurassienne de 1994 à 1996 et le Conseil de fondation du Centre international de déminage humanitaire à Genève de 1998 à 2000. Il aussi été rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies.
Amoureux du théâtre, de l'opéra et des arts, bon vivant et grand-père attentif, René Felber a profité de sa retraite pour voyager, en particulier en Asie. Avec son épouse, il a finalement élu domicile en Valais, où il passait ses vacances. [PAGE 2090]
Nous réitérons à ses proches nos plus sincères condoléances. Chères et chers collègues, je vous invite, ainsi que les personnes dans les tribunes, à vous lever pour honorer la mémoire du défunt.[GZ]
[VS][GZ]
[VS][GZ]
Der Rat erhebt sich zu Ehren des Verstorbenen [GZ]
L'assistance se lève pour honorer la mémoire du défunt