Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · 2020-12-08
Baume-Schneider Elisabeth · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2020-12-08
Wortprotokoll
J'aimerais brièvement revenir sur les notions de courage, d'indépendance, de nécessité d'agir et de reconnaissance. Je souhaite relever le courage des personnes qui se sont exprimées et les remercie d'avoir rendu leur parole publique. Il n'est pour le moins pas anodin de s'exprimer sur un pan de sa vie qui recèle un malaise, voire une emprise, une relation que l'on pourrait qualifier de toxique à un âge où l'on est fragile, que ce soit la préadolescence, l'adolescence, ou que l'on soit jeune adulte, un pan de sa vie, également, qui se termine par un échec, malgré les nombreux sacrifices consentis par les sportives et les sportifs, mais aussi par leur famille et leur entourage sportif.
Certes, cela a été dit, différentes démarches ont été mises en place. Il existe une charte éthique, élaborée par Swiss Olympic et l'Office fédéral du sport, un code de déontologie et une commission d'éthique dans le cadre de la Fédération suisse de gymnastique, et pourtant. Pourtant, des situations de blessure physique et psychologique ont perduré. Et la réalité montre désormais à quel point l'indépendance - j'en viens à cette notion - d'un organe spécifique est indispensable afin d'éviter que la parole des personnes concernées ne soit perdue ou confisquée dans le cadre des structures actuelles.
Je suis désolée, collègue Stark, mais la subsidiarité, dans cette situation, ne fonctionne pas. L'indépendance est indispensable, de même que la visibilité, pour l'accès à un tel organe, tant pour les personnes concernées que, comme l'a dit Mme Herzog, pour soutenir les associations qui sont parfois tétanisées par rapport à leurs responsabilités dans des situations difficiles.
Les jeunes femmes ont montré des zones d'ombre de la gymnastique rythmique, un climat d'entraînement archaïque que l'on ne saurait tolérer. Si le dégât d'image est massif pour les structures et les instances concernées - j'ose le dire ainsi, pour la marque Macolin -, il convient de ne pas négliger le vécu, la situation passée et présente des personnes concernées. Certes, les cadres suisses de la gymnastique artistique ont récemment réagi dans une lettre ouverte. J'en cite un extrait: "Selon nous, un certain niveau de hiérarchie est inévitable afin que l'entraîneur puisse faire son travail. Cela consiste à nous aider à atteindre le sommet, parce que nous voulons tous arriver au sommet, volontairement. Nous n'avons aucune obligation de rester à Macolin."
Des relations de hiérarchie, des exigences, du travail ne sont à mes yeux aucunement antagonistes avec le respect, la prise en considération de l'évolution physique des gymnastes, en particulier les réalités hormonales des jeunes filles. Il convient par ailleurs de mentionner que si la situation des femmes est désormais plus médiatisée, les hommes ne sont pas en reste, et, hors du contexte spécifique de la gymnastique, les témoignages existent.
En préparant mon petit propos ce matin, j'ai eu une pensée pour le chef des sports jurassien de l'époque, Jean-Claude Salomon, qui, dans le cadre des structures "Sport-art-études", affirmait chaque année aux jeunes qu'il n'y a [PAGE 1245] que dans le dictionnaire que le mot succès précède le mot travail. Bien sûr, pour transformer le talent en virtuosité, en résultats sportifs exceptionnels, les entraînements sont exigeants, et bon nombre d'espoirs ne résisteront pas à la compétition. Bon nombre de parents seront déçus, bon nombre de clubs sportifs seront contrariés, mais rien ne justifie l'humiliation, les menaces, bref la culture de la peur ou la course aveugle aux résultats ou à la performance, avec - comme on l'a mentionné - à la clé des souffrances physiques et psychologiques, parfois, malheureusement, durables.
Enfin, il est temps d'agir également pour montrer qu'il est possible de travailler différemment et de rendre hommage - j'en viens à la notion de reconnaissance - à toutes les personnes qui s'engagent de manière adéquate et responsable à tous les niveaux du sport pour que les jeunes atteignent ces sommets tant convoités, mais pour que le sport demeure ce fabuleux contexte de vie si intense et jubilatoire et que cessent les situations et les pseudométhodes intolérables.
Je remercie par ailleurs le Conseil fédéral qui propose l'acceptation de la motion, qui n'est pas dans une logique de rupture ou de combat, mais dans une logique de soutien.
Je vous invite donc à adopter la motion et je vous remercie de votre attention.