preparatory:AB 274967
Parmelin Guy · Bundesrat · Waadt · 2020-12-15
Wortprotokoll
Tout d'abord, quelques précisions peut-être sur les différents points à aborder dans le cadre de cette interpellation.
Vous l'avez dit, Madame la conseillère aux Etats, et nous en avons discuté hier soir, les calculs ne tiennent pas compte - ou que partiellement compte - des avancées technologiques. En effet, si les progrès réalisés en matière de sélection dans la production végétale ont pu être intégrés dans les calculs, il n'a pas été possible de tenir compte des innovations techniques dans la modélisation. On pense ici, par exemple, à l'utilisation de drones, à des techniques d'application précises de produits phytosanitaires, d'engrais ou à des technologies numériques. J'ai pris note de votre constatation critique, Madame Thorens Goumaz. Nous allons examiner la manière de mieux tenir compte de ces aspects, ou de les anticiper, même s'il est toujours délicat d'anticiper les progrès technologiques en raison du risque d'erreur. Pensez simplement au génie génétique. En utilisant certains produits, il n'y a plus besoin de traitements phytosanitaires. Mais si une décision contraire est prise, vous vous trouvez soudainement complètement à côté de la plaque, si vous me passez cette expression.
Ce que l'on peut dire, c'est qu'il y aura un impact grâce aux différentes avancées technologiques, à la réduction des produits phytosanitaires et des engrais, car ceux-ci seront appliqués de manière plus localisée, plus précise. Le taux d'autoapprovisionnement sera plus élevé que ce qu'indiquent actuellement les projections figurant dans la PA 2022 plus. Mais il faudra retravailler sur la question.
Concernant l'impact sur le gaspillage, le taux d'autoapprovisionnement est actuellement défini comme étant la part de la production intérieure dans la consommation totale du pays. On calcule celle-ci à partir de la production intérieure en sus des importations et déduction faite des exportations. Les changements qu'a connus le stockage ne sont pas pris en considération. La consommation totale comprend, par conséquent, ce qu'on consomme effectivement, le gaspillage alimentaire au stade du commerce de détail et au stade de la consommation. Si le volume du gaspillage évitable est réduit lors de ces stades préalables, la consommation totale diminue et cela fait remonter le taux d'autoapprovisionnement. Il est tout de même assez intéressant d'approfondir la réflexion sur ces différents aspects.
Vous avez évoqué non la petite passe d'armes, mais la discussion qui a eu lieu hier soir sur l'aspect fourrager ou herbager avec M. le conseiller aux Etats Salzmann. Il est clair que pour produire une calorie animale, il faut plusieurs calories végétales sous forme de fourrages. La Suisse est un pays d'herbages. Cela signifie qu'il faudrait, pour relever le taux d'autoapprovisionnement, introduire directement dans l'alimentation humaine une plus grande quantité de calories végétales se prêtant à la consommation humaine. Or, vous l'avez dit vous-mêmes, si l'on ne change pas les habitudes alimentaires, ou si la population ne change pas ses habitudes alimentaires, la conversion de la production animale en production végétale entraînerait alors, en temps normal, une augmentation des importations d'origine animale. C'est ce que critiquait votre collègue Salzmann. Cela impliquerait aussi une baisse des prix des produits d'origine végétale suisses, car on aurait alors une offre excédentaire. Naturellement, l'herbe, il faut bien que quelqu'un la mange, et ce n'est ni vous ni moi qui allons brouter les pâturages dans ce pays. Il s'agit donc de quelque chose d'assez difficile à "manager", si vous me passez l'expression.
Enfin, vous avez évoqué la question de savoir si l'on peut affiner et compléter le calcul actuel avec celui basé sur les calories, ce qui est réducteur. On peut clairement indiquer que le taux d'autoapprovisionnement n'est pas un indicateur approprié pour l'évaluation de la sécurité de l'approvisionnement à moyen et long terme, parce qu'il ne tient pas compte de l'utilisation durable des bases de production. Nous avons mentionné les sols fertiles, mais il s'agit aussi, par exemple, de la biodiversité. Si l'on forçait un relèvement du taux d'autoapprovisionnement à court terme, cela pourrait conduire à une intensification de la production, et cette intensification pourrait excéder la capacité de charge écologique. Cela aurait des conséquences à moyen et long terme sur les bases de production du pays.
Il faut également relever que des moyens de production importés - et là on pense à certaines semences que nous ne produisons pas dans notre pays, aux engrais et aux carburants, qui sont essentiels pour la production nationale - ne [PAGE 1373] sont, eux, pas pris en compte dans le taux d'autoapprovisionnement. A cela, il faut encore ajouter que le taux d'autoapprovisionnement est calculé sur la base des valeurs énergétiques des différentes denrées alimentaires. Cela ne tient pas compte de la composition du panier de la ménagère. Pour reprendre votre exemple sur l'augmentation du sucre, on peut augmenter la production de betterave sucrière et augmenter ainsi le taux d'autoapprovisionnement, mais il est clair, je pense, que ni vous ni moi n'allons doubler notre consommation de sucre par jour.
Voilà ce que je tenais encore à préciser pour montrer qu'à partir des différentes mesures et des différentes statistiques, nous avons encore du travail. Il faut s'éloigner de la notion pure de taux d'autoapprovisionnement. Il faut prendre en considération l'aspect sécurité alimentaire à moyen et à long terme, et construire sur ce fondement pour préserver les bases de production dans le futur. C'est ce que nous referons dans la réflexion à venir sur la politique agricole.