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Nicolet Jacques · Nationalrat · 2021-03-16

Nicolet Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2021-03-16

Wortprotokoll

J'ai le plaisir de vous donner la position du groupe UDC sur la Politique agricole 2022 plus à propos de laquelle le message a été adopté par le Conseil fédéral en février 2020. En préambule, je déclare mes liens d'intérêts: je suis agriculteur et vice-président de l'Association suisse pour un secteur agroalimentaire fort.

Si l'on peut saluer quelques points positifs tels que le maintien du cadre financier des mesures de soutien pour l'agriculture ou la couverture sociale des conjoints travaillant sur l'exploitation, notre parti a très rapidement exprimé son mécontentement sur ce projet de nouvelle politique agricole, le jugeant trop peu ambitieux en termes de valeur ajoutée et excessif en matière de contraintes administratives et agronomiques.

La Politique agricole 2022 plus ne prend pas suffisamment en compte le résultat de la votation de septembre 2017 lors de laquelle le peuple suisse a exprimé à 80 pour cent son voeu de garantir et de renforcer notre sécurité alimentaire, rappelant, si besoin était, que la première mission de l'agriculture est d'assurer à la population de notre pays la production de denrées alimentaires en quantité suffisante et de première qualité. En effet, la concrétisation de certaines mesures proposées dans la nouvelle politique agricole conduirait à un abaissement de notre taux d'autoapprovisionnement de 60 pour cent aujourd'hui à environ 52 pour cent, quand bien même la grande nécessité de bénéficier d'une production de denrées alimentaires de proximité et de façon constante est démontrée quotidiennement durant cette crise sanitaire.

Alors que la question de l'empreinte écologique pour la production et l'acheminement des denrées alimentaires devrait être traitée dans son ensemble, la diminution de la production indigène ne fera qu'augmenter les importations de denrées alimentaires et donc notre empreinte carbone. La Politique agricole 2022 plus telle qu'elle nous est soumise engendrera une baisse du revenu sectoriel de l'agriculture de l'ordre de 265 millions de francs, tout comme elle impactera les acteurs du secteur agroalimentaire de proximité au détriment de la valeur ajoutée et de nombreux emplois.

Alors que les artisans de la terre que nous sommes fournissent déjà d'énormes efforts en matière de biodiversité, je rappelle que les agriculteurs de notre pays consacrent près de 200[NB]000 hectares à la biodiversité - soit près de 20 pour cent des terres de chaque ferme, ou 250 mètres carrés de biodiversité par habitant -, de nouveaux efforts sont encore demandés aux familles paysannes afin de renforcer les prestations écologiques et la biodiversité, sans pour autant que ces efforts soient rémunérés.

L'initiative parlementaire 19.475, "Réduire le risque des pesticides", permettra de prendre les mesures nécessaires pour réduire les risques liés à l'utilisation des produits phytosanitaires et pour diminuer les pertes d'éléments fertilisants. Il n'y a donc pas lieu de mettre une pression supplémentaire sur l'agriculture, la suspension de la PA 2022 plus n'empêchant en rien les avancées voulues en la matière.

Je me permets toutefois de rappeler les nombreux efforts entrepris par les agriculteurs ces dernières années. Selon [PAGE 494] les données de la Confédération, en agriculture conventionnelle, soit l'agriculture appliquant les prestations écologiques requises, la vente de produits phytosanitaires est passée de 1400 tonnes en 2008 à 800 tonnes en 2019, soit une baisse de plus de 40 pour cent. Parallèlement, la vente d'herbicides a baissé de 42 pour cent, avec une baisse très marquée de 63 pour cent pour le glyphosate. La tendance est inverse pour les phytosanitaires homologués destinés à l'agriculture biologique, les ventes ayant progressé de 55 pour cent, pour un total proche des 1000 tonnes.

Notre groupe n'est pas opposé à une réforme de la politique agricole, et nous sommes persuadés que les agriculteurs sont les premiers à respecter la terre qui les fait vivre et qu'ils sont capables de produire ce que les consommateurs veulent. Mais nous voulons une réforme plus ambitieuse:

- renforçant la production agricole tout en respectant l'environnement, ce qui n'est pas incompatible;

- assurant une juste rémunération pour les produits agricoles, permettant la création de valeur ajoutée pour chaque maillon de la chaîne agroalimentaire;

- garantissant aux consommateurs des denrées alimentaires indigènes, en quantité suffisante et de bonne qualité, dont les pratiques et les méthodes de production respectueuses de l'environnement et des animaux soient garanties;

- permettant aux agriculteurs de vivre prioritairement du produit de leur travail, complété par les contributions pour des prestations publiques fournies, sans être écrasés par les charges administratives;

- offrant au secteur agroalimentaire une production régulière de matières premières de qualité, permettant de transformer, d'apprêter et de commercialiser des denrées alimentaires indigènes dont la traçabilité est garantie;

- assurant à la Confédération une utilisation optimale des fonds publics mis à disposition annuellement dans le budget agricole.

Au nom du groupe UDC, je vous demande donc de suivre la majorité de la commission, afin de suspendre l'examen de la PA 2022 plus et de charger le Conseil fédéral de réviser son projet. Je vous demande également d'accepter le postulat 21.3015 qui demande une orientation de la future politique agricole plus efficiente.