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Clivaz Christophe · Nationalrat · 2021-03-17

Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2021-03-17

Wortprotokoll

"Fumer tue"; "fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage"; "fumer bouche les artères et provoque des crises cardiaques et des attaques cérébrales"; "fumer provoque le cancer mortel du poumon"; "fumer pendant la grossesse nuit à la santé de votre enfant"; "fumer provoque le cancer de la cavité buccale"; "fumer peut diminuer l'afflux sanguin et provoque l'impuissance"; "fumer provoque un vieillissement de la peau"; "fumer peut altérer le sperme et réduit la fertilité": voilà de quoi nous parlons aujourd'hui. Les mises en garde que je viens de vous lire proviennent de l'article 12 de l'ordonnance sur le tabac, qui prévoit que chaque paquet de cigarettes doit afficher un message attirant l'attention sur les effets néfastes du tabac. Donc, nous savons. Nous savons que la cigarette tue chaque année prématurément 9500 personnes en Suisse, ce qui correspond à plus d'un décès sur sept.

Nous savons que le fardeau sanitaire global du tabac est colossal. Qu'à lui seul, il est responsable d'un cancer sur trois. Le tabac cause aussi de graves pathologies cardiovasculaires telles que l'infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux. Et 90 pour cent des personnes souffrant de bronchopneumonie chronique obstructive, une maladie terrible ayant un impact majeur sur la qualité de vie, sont des fumeurs ou d'anciens fumeurs. Ainsi, un fumeur régulier sur deux mourra des conséquences de son tabagisme.

Nous savons que la cigarette a été développée par une industrie particulièrement cynique et sans scrupule qui, au cours de son histoire, n'a pas hésité à mentir à plusieurs reprises lors d'importants procès, tant sur la nocivité de la cigarette que sur le côté addictif de la nicotine, afin d'éviter de devoir rendre des comptes et afin de pouvoir étendre son business mortel.

Nous savons que la publicité et la promotion des produits du tabac sont au coeur de la démarche marketing des cigarettiers et qu'elles ciblent avant tout les jeunes. En effet, la nicotine contenue dans la cigarette est une aubaine pour l'industrie du tabac. Elle est plus addictogène que la cocaïne et garantit la fidélité du client sans nécessité de carte Cumulus ou de cadeaux annuels.

Ainsi, l'essentiel du modèle d'affaires des cigarettiers est simple: trouver des nouveaux clients. En toute logique, leur cible favorite, ce sont les jeunes. Et le constat est sans appel: 57 pour cent des fumeurs ont commencé alors qu'ils étaient mineurs. Les cigarettiers le savent, nous, les autorités politiques, le savons aussi. Pourtant, nous laissons faire.

La complaisance du monde politique suisse à l'égard de l'industrie du tabac a pour conséquence une mauvaise protection de notre jeunesse. Ainsi, 32 pour cent des jeunes de 15 à 25 ans fument quotidiennement ou occasionnellement dans notre pays. Et ce pourcentage élevé n'est malheureusement pas surprenant quand on sait que la Suisse est le seul pays d'Europe à ne pas avoir ratifié la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac. L'influence importante du lobby de la cigarette est la seule explication à cette passivité extrême[NB]des[NB]autorités helvétiques en matière de prévention antitabac.

La Suisse pointe au 35e rang, sur 36 pays, du classement européen des politiques de prévention antitabac. Ce qui est d'autant plus inquiétant, c'est que la Suisse était encore au 21e rang en 2016. Pire, concernant les restrictions de la publicité pour le tabac, la Suisse pointe tout simplement au dernier rang.

L'initiative "Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac" comble une lacune importante de la politique sanitaire suisse. L'interdiction de toute forme de publicité concernant les produits du tabac qui atteint les enfants et les jeunes est déjà en vigueur dans la plupart des pays européens et permettrait à la Suisse de respecter, sur ce point, la convention-cadre de l'OMS.

La question qui se pose à nous est donc la suivante: souhaitons-nous mieux protéger notre jeunesse contre un danger sanitaire majeur et enfin légiférer sur la publicité des produits du tabac ou préférons-nous sacrifier la santé de notre jeunesse et rester le cancre de l'Europe à la solde du lobby de l'industrie de la cigarette? Pour moi, la réponse est évidente. C'est pourquoi, je vous invite, chers collègues, à soutenir cette initiative. C'est le minimum que nous puissions faire si nous aimons vraiment notre jeunesse et nos enfants.