Porchet Léonore · Nationalrat · 2021-05-05
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-05-05
Wortprotokoll
Dans le communiqué de presse de Swisstransplant le plus récent, on peut voir que, alors que les chiffres de transplantation étaient déjà bas et que les listes d'attente ne font que s'allonger depuis 2019, eh bien le nombre de donneurs en Suisse a encore diminué durant le premier trimestre de 2021. Si aucun changement de cap n'intervient en 2021, les activités de transplantation diminueront de 20 pour cent, et le nombre de personnes sur liste d'attente augmentera de près de 10 pour cent. Une hausse du nombre de patients recevant trop tard l'organe qui leur aurait sauvé la vie se profile.
Il faut rappeler que le don d'organes sauve des vies. Chaque jour, tous les jours, des enfants, des adultes survivent grâce à un don d'organes. La Suisse manque encore aujourd'hui d'organes destinés à la transplantation et cela coûte des vies. Il y a 1400 personnes en attente et 47 personnes auraient pu être sauvées en 2019, si elles avaient reçu suffisamment tôt un organe. Cela correspond à peu près à une vie par semaine.
Ce manque de dons est aussi lié à un chiffre: dans 60 pour cent des cas, les proches refusent le prélèvement d'organes de la personne défunte alors que 81 pour cent des Suissesses et des Suisses se prononcent en faveur du don d'organes. Alors, pour sauver des vies, il faut changer de paradigme, lever un tabou, affronter cette discussion éthique intéressante mais difficile, et présumer d'un consentement pour les défunts.
L'initiative offre une telle solution. Le principe de consentement présumé au sens strict consiste à considérer que si la personne n'a pas consigné dans un registre national son opposition au don d'organes, elle l'accepte. L'initiative garantit que toute personne pourra prendre position en toute autodétermination, et que cette décision sera connue de tous. En augmentant le nombre de dons d'organes, cette initiative serait réellement bénéfique et permettrait de sauver des vies.
Le Conseil fédéral considère, lui, que le texte de l'initiative soulève des problèmes éthiques en ne prenant pas en compte le rôle des proches. C'est donc bien de cela dont il est question aujourd'hui. La différence semble minime, mais elle est fondamentale parce que nous débattons aujourd'hui de trois variantes. La première, celle de l'initiative: le consentement est présumé, s'il n'y a pas d'opposition. La deuxième, celle du Conseil fédéral: le consentement est présumé mais l'opposition est possible de la part des proches, s'il n'y a aucune indication de la personne décédée à ce sujet. La troisième, celle des minorités Amaudruz, propose finalement un modèle très similaire à la situation actuelle, où on demande le refus, le consentement ou la volonté de ne pas se prononcer.
Cette question est éminemment éthique, cela a été dit et il faut le rappeler.
Il y a trois questions fondamentales. Est-ce que la possibilité de sauver une vie ne devrait pas l'emporter sur les convictions, les peurs, les doutes des proches? Est-ce que, éthiquement, il est mieux de sauver une vie, ou de préserver la volonté supposée de la personne décédée? Et puis est-ce qu'on peut ainsi s'asseoir sur les angoisses existentielles que pourraient éprouver les proches en cas de prélèvement d'organes contre la volonté ou les croyances d'un défunt?
A titre personnel, je réponds très clairement à ces questions en disant que les familles, les connaissances, les proches des personnes malades qui attendent un organe sont au moins aussi importants que les proches, les connaissances de la personne défunte, et qu'en plus cela permet de sauver des vies. Aucune religion, aucune conviction ne devrait placer l'intégrité d'un corps avant la vie d'une personne encore parmi nous.
Le groupe des Verts n'est pas unanime quant aux réponses à donner. Il ne votera pas d'un bloc. La majorité des membres du groupe est acquise à la proposition contenue dans l'initiative, mais soutiendra le contre-projet du Conseil fédéral, qui laisse une place aux proches. Une petite partie du groupe préfère être très attentive aux risques relatifs aux libertés religieuses et soutiendra le modèle de la minorité Amaudruz.
Dans tous les cas, le groupe des Verts soutiendra toutes les mesures permettant d'augmenter le nombre de dons d'organes, telles que le renforcement du rôle des coordinateurs locaux et une large campagne d'information nationale sur le don d'organes. Mais cela a déjà été fait. Il faut maintenant une politique nouvelle et, donc, la majorité du groupe des Verts soutient le contre-projet, car cela permettra un accueil favorable de ce changement législatif indispensable.
Et, en attendant, la majorité du groupe des Verts soutiendra l'initiative populaire tant la situation actuelle est insatisfaisante et face à une urgence qui pose une question de vie ou de mort. [PAGE 840]