de la Reussille Denis · Nationalrat · 2021-06-01
de la Reussille Denis · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2021-06-01
Wortprotokoll
L'initiative du canton du Jura intitulée "Sortir les produits agricoles de l'accord avec le Mercosur dans l'intérêt de l'agriculture jurassienne" est soutenue par une minorité importante de notre Commission de politique extérieure. Même si les négociations sont closes, l'exclusion des produits agricoles de cet accord doit donner lieu à un débat public. Nous tenons à réaffirmer que l'importation de produits bon marché provenant d'Amérique du Sud ne doit pas mener à un dumping généralisé.
Nous le savons tous, l'augmentation de l'exportation de produits agricoles entraîne une industrialisation accrue de l'agriculture dans les Etats du Mercosur. La production fourragère et de viande concurrence de plus en plus la production d'aliments de base, tels que les haricots et le riz. De plus, l'extension des surfaces de production alimente la spéculation foncière et conduit à l'expropriation de petits exploitants et des communautés autochtones.
Au Brésil, la situation des droits humains s'est encore aggravée avec l'arrivée au pouvoir du président Bolsonaro. En réalité, ce sont les géants de l'agroalimentaire mondial qui dictent la politique gouvernementale de ce pays. Le défrichage et les monocultures qui s'ensuivent dégagent de très grandes quantités de CO2, tout le monde le sait. Les monocultures à large échelle érodent les sols, tarissent les sources d'eau et exigent l'épandage de grandes quantités d'engrais artificiels et de produits phytosanitaires de synthèse. De plus, ces dernières années, des milliers d'incendies causés par des brûlis illégaux ont fait rage, notamment en Amazonie, menaçant ainsi l'un des écosystèmes les plus importants de notre planète.
Les pays du Mercosur cultivent des OGM à large échelle et augmentent le rendement de leurs élevages grâce notamment à des hormones de croissance et à des traitements préventifs du bétail aux antibiotiques. Ces modes de production doivent être définitivement combattus.
Un accord semblable entre l'Union européenne et le Mercosur suscite les mêmes craintes et oppositions. Négocié laborieusement depuis de nombreuses années par Bruxelles, conclu il y a deux ans mais toujours pas signé, il se heurte à l'opposition de la France, mais pas uniquement, puisque l'Autriche, l'Allemagne et les Pays-Bas font aussi part de leurs doutes.
Nous sommes persuadés que nous devons revoir nos accords de libre-échange, notamment dans le domaine agricole. Mais, plus largement, notre opposition se fonde sur des garanties largement insuffisantes concernant le développement durable, la protection de l'environnement et les droits sociaux des populations.
Il est insensé que, pour des raisons économiques, les produits que l'on consomme en Suisse parcourent des milliers de kilomètres pour finir dans nos assiettes. De plus, dans notre pays où trois exploitations agricoles disparaissent chaque jour et où le revenu paysan se situe autour de 45[NB]000 francs par année, l'ouverture excessive du marché suisse représente la mort de l'agriculture indigène. Exclure des produits agricoles de l'accord avec le Mercosur serait bénéfique tant pour le consommateur, qui saurait ainsi ce qu'il met dans son assiette, que pour le producteur, qui ne subirait pas une concurrence déloyale.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à soutenir la minorité de la commission en donnant suite à l'initiative de la République et canton du Jura.