Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · 2021-06-16
Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2021-06-16
Wortprotokoll
Nous traitons encore des deux mêmes divergences avec une certaine opiniâtreté qui me fait un peu penser au film "Groundhog Day" - "Un jour sans fin" en français - de Harold Ramis. Espérons que, comme dans le film en question, on arrive à un happy end.
Cette discussion n'est pas tout à fait inutile, puisqu'elle me permet de reprendre une partie des arguments qui ont été développés par M. le conseiller fédéral Ueli Maurer lors de la dernière discussion, et d'y répondre. M. le conseiller fédéral Ueli Maurer, à l'appui de la position du Conseil des Etats qui refuse - puis-je ajouter obstinément? - de prolonger la durée de validité des mesures de soutien à la culture jusqu'au 22 avril 2022, nous disait, et je le cite de mémoire, que beaucoup d'autres secteurs - eh oui! - ont également des préoccupations. Je ne peux qu'être d'accord avec lui! Oui, beaucoup de secteurs ont des préoccupations et il ne fait aucun doute que la Confédération pouvait faire plus et mieux pour lutter efficacement contre la pandémie et ses conséquences sociales et économiques en subordonnant l'intérêt privé à l'intérêt public: en protégeant les salariés; en indemnisant complètement tous les salariés jusqu'à cent pour cent; en indemnisant les indépendants, notamment dans le secteur de la restauration, étranglés par la fermeture et bientôt par les dettes; en conditionnant toute aide au respect du salaire minimum et à l'interdiction de licencier. Eh oui, parmi ces secteurs, il y a le secteur de la culture, et j'insiste, pour que ce soit un discours bien concret, en précisant qu'il s'agit d'actrices et d'acteurs culturels, d'êtres de chair et de sang qui se trouvent dans une situation particulièrement difficile. C'est le cas pour ces personnes de manière générale, pour celles et ceux qui exercent ce métier précaire, intermittents, parce qu'ils travaillent dans un secteur où il n'y a pas d'emplois à plein temps et de contrats à durée indéterminée, secteur aux exigences de formation extrêmement élevées et pointues.
Les acteurs et actrices culturels ont payé et paient aujourd'hui encore au prix fort la relative absence des pouvoirs publics dans leur protection et dans la reconnaissance de leur utilité, du caractère essentiel du métier qu'ils et elles exercent - pour reprendre un des bandeaux qui avaient été utilisés sur les réseaux sociaux par toutes celles et ceux qui ont tenté de soutenir tant bien que mal les actrices et acteurs culturels au cours de la pandémie.
M. Ueli Maurer soutenait également, à l'appui de la position du Conseil des Etats, qu'il partait de l'hypothèse que les problèmes que traverse le secteur culturel ne seront pas généralisés et qu'ils dépendront des zones dans lesquelles les acteurs et actrices culturels exercent. Mais n'est-ce pas le rôle - et je dirai même le devoir - de la Confédération de défendre l'égalité de traitement de toutes et tous? De plus, les actrices et acteurs culturels ne peuvent pas vivre d'hypothèses. Les incertitudes auxquelles elles et ils doivent faire face chaque [PAGE 1384] jour, qui se sont accentuées depuis le début de la pandémie, ont déjà éloigné nombre d'entre eux de leur métier. Je le disais déjà lors de la première discussion sur ces divergences, dans le domaine du théâtre, les spectacles prévus l'an dernier ont dû être reportés sur la saison qui va s'ouvrir, voire la suivante. Les spectacles prévus pour la saison qui vient ou les nouvelles créations cherchent des créneaux de représentation et ne peuvent donc pas voir le jour, laissant sur le carreau des troupes entières, des artistes, des écrivains. La richesse et la diversité culturelles sont sacrifiées sur l'autel d'un refus entêté de soutenir un secteur pourtant essentiel.
Enfin, M. le conseiller fédéral Ueli Maurer soutenait encore que, quoiqu'il en soit, la Confédération n'est que subsidiairement responsable du secteur culturel et que la responsabilité incombe aux cantons et aux villes. Il ajoutait que si des mesures s'avéraient nécessaires, la Confédération discuterait en temps voulu avec les cantons et qu'il n'était pas exclu qu'un crédit supplémentaire serait, si nécessaire, soumis aux chambres. Or, on sait déjà que le secteur est en difficulté et l'on sait même pourquoi il est en difficulté. On sait aussi comment faire un premier pas pour l'aider.
Pourquoi attendre? Pourquoi temporiser? Pour éviter que tous les moments du secteur culturel ne soient qu'un éternel passage "de la crainte à l'espoir, de l'espoir à la rage", pour citer Racine, faisons ce pas et soutenons ces mesures jusqu'en avril 2022.
Enfin, sur l'article 6b, nous sommes tous d'accord: l'exemption des restrictions de capacité prévoyant que "les titulaires du certificat sanitaire sont exemptés de restrictions" n'est pas praticable. Il s'agit d'une société à double vitesse qui ne prend pas en compte les conditions inédites de la pandémie et peut-être les nouveaux variants, qui impliqueront de nouvelles protections sanitaires.
Nous vous demandons donc également de biffer cette disposition.