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de la Reussille Denis · Nationalrat · 2021-09-13

de la Reussille Denis · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2021-09-13

Wortprotokoll

Le débat sur les exportations d'armes dans les pays en proie à la guerre ou à la guerre civile, avec son lot de scandales, ne date évidemment pas d'hier. Nous nous permettons de rappeler quelques exemples historiques.

En 1968, la société Bührle viole l'embargo en vendant une centaine de canons au Nigeria, pays alors en guerre. En 2006, le Conseil fédéral autorise l'exportation de matériel de guerre à destination de l'Arabie saoudite, du Pakistan et de l'Inde, malgré l'avis négatif de la Commission de gestion de notre conseil. En janvier 2018, il y a une polémique - et le terme est mesuré - concernant les avions Pilatus vendus au Tchad, transformés et équipés d'armements lourds pour réprimer la population.

Dans notre pays, les exportations d'armes sont en constante augmentation depuis quinze ans, puisqu'elles ont passé de 400 millions en moyenne durant les années 2000 à 2005 à plus de 900 millions en 2011. En 2020, l'augmentation était de plus de 24 pour cent par rapport à 2019, avec notamment 10 millions de francs de vente d'armes à l'Arabie saoudite, royaume qui ne respecte aucune de nos valeurs humaines et dont la gouvernance est dictatoriale et moyenâgeuse. L'augmentation des exportations de matériel de guerre est tellement spectaculaire que le journal "Le Temps" a titré: "Les exportations d'armes suisses montent à un niveau historique". En outre, les statistiques du SECO montrent que le secteur se porte comme un charme. Evidemment, nous ne partageons pas cet enthousiasme.

Nous sommes déjà intervenus à de nombreuses reprises pour dénoncer le commerce ignoble et immoral que représente la vente d'armes. Nous avons dénoncé la vente de matériel de guerre qui s'est faite avec l'appui du Tribunal fédéral à des pays menant des guerres d'agression. L'Arabie saoudite et le Koweït bombardent des civils au Yémen; l'armée turque massacre des populations civiles au Kurdistan et en Irak, et ceci en partie avec des armes fabriquées en Suisse. Cela devrait nous faire tout simplement honte.

En ce qui concerne le commerce des marchands de mort, c'est ainsi qu'il faut les appeler, dans un pays qui se veut grand défenseur du droit humanitaire et qui est dépositaire de toute une série de conventions internationales sur le sujet, cela est tout simplement inacceptable. Interdire les exportations d'armes vers les pays en guerre ou en guerre civile est le minimum que nous devrions respecter.

L'initiative de la coalition représente donc pour nous la position minimale que nous devons soutenir. Bien entendu, nous préférerions une interdiction totale des exportations d'armes, car nous savons bien que, en définitive, c'est une partie des armes vendues dans le monde qui finissent dans les mains d'organisations criminelles ou terroristes. Il n'est pas nécessaire ici de rappeler les crimes et ravages causés par ces organisations. Dans ce cas, il s'agit également de limiter au maximum les sources d'approvisionnement possibles pour ces organisations. C'est donc une mesure préventive servant aussi à nous protéger et à protéger la paix.

La coalition de 40 partis et organisations à l'origine de l'initiative a annoncé dans son communiqué dont je vous lis la dernière phrase: "Si le Conseil national suit le 13 septembre la décision du Conseil des Etats, la coalition retirera l'initiative correctrice." Nous nous rallierons à cette position. Bien entendu, si la décision devait être différente, le Parti ouvrier populaire - Parti du travail, que je représente, s'engagera dans la campagne avec conviction pour interdire l'exportation d'armes dans les pays en guerre civile.