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Ruey Claude · Nationalrat · 2002-12-10

Ruey Claude · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2002-12-10

Wortprotokoll

La mobilité ne se décrète pas, elle s'exerce. La mobilité ne se laisse pas enfermer dans des schémas tout faits, elle se vit librement. Finalement, la mobilité c'est la vie, et le débat que nous avons aujourd'hui traite bien de la mobilité. Cette mobilité, elle doit se traiter sans exclusivité ni sectarisme. C'est la raison pour laquelle le groupe libéral a toujours soutenu la complémentarité des transports: le rail et la route n'entrent pas en contradiction mais se complètent.

Nous nous opposons dès lors à une vision intégriste de la mobilité qui voudrait promouvoir exclusivement les transports publics au détriment des transports privés. Ce serait non seulement irréaliste, mais ce serait aussi contraire à la liberté de choix en matière de transport. De plus, cela consisterait à défavoriser arbitrairement plusieurs catégories de personnes qui ne peuvent pas objectivement, pour des raisons professionnelles, personnelles ou géographiques, se passer de véhicule privé. Je répète à la précédente oratrice qu'il n'y a pas que les villes qui existent dans ce pays. En fait, une telle vision aurait des incidences inacceptables sur le développement économique, qui se trouverait soumis à des distorsions tant en matière d'implantation que de transport.

C'est pourquoi le groupe libéral a d'emblée apporté son soutien à l'initiative Avanti, qui répond à une vision réaliste des transports pour l'avenir. Cette initiative n'est pas unilatérale. Elle rétablit l'équilibre des priorités entre la route et le rail, rien d'autre. Elle rappelle utilement que le peuple, certes, s'est prononcé en faveur du développement du rail, et nous l'avons fait aussi; mais il n'a pas pour autant demandé que la route devienne le parent pauvre et que l'on renonce au développement indispensable au maintien de la mobilité. D'ailleurs, les automobilistes sont soumis à des taxes dont la destination est claire, et ces sommes doivent être affectées à leur destination initiale, c'est-à-dire au développement routier.

Il faut ne pas s'être déplacé à l'étranger, ne pas avoir roulé aux heures de pointe, ne pas avoir écouté Inforoute pour ne pas voir qu'il est indispensable de désengorger les grands axes autoroutiers afin d'assurer une circulation fluide, qui est la seule à même d'éviter les pics de pollution et d'assurer simultanément la sécurité routière.

Le groupe libéral a toujours été attaché à cette vision de la sécurité du trafic et celle-ci n'est plus assurée aujourd'hui sur les grands axes et à certains endroits. Pour avoir été responsable de la police dans mon canton, je crois pouvoir vous dire que dans le contournement de Lausanne en particulier, il n'y avait pas de jour où il n'y avait pas d'accidents, simplement parce que les infrastructures n'étaient pas adaptées à la situation. Il s'agit donc de la sécurité. Il s'agit également de la pollution, qui doit être combattue, et cela passe aussi par l'élimination des bouchons.

Le percement d'un deuxième tube au Gothard représente lui aussi une nécessité, autant pour garantir la sécurité que pour absorber le trafic que les nouvelles liaisons ferroviaires alpines ne pourront contenir. Construire maintenant un deuxième tube routier au Gothard, et non pas "un jour", Madame Simoneschi - il semble que le groupe démocrate-chrétien veuille reculer pour ne pas sauter -, ne contredit pas l'objectif du transfert de la route au rail mais le complète. Si l'on suit ce que dit l'Office fédéral du développement territorial, il y aura, au cours des années à venir, d'ici à 2020, 24 pour cent d'augmentation moyenne du trafic autoroutier si l'on procède à un transfert vers le rail et 40 pour cent si on ne le fait pas. En d'autres termes, même en opérant le transfert vers le rail, le fait de devoir développer l'infrastructure autoroutière et de construire le deuxième tube au Gothard ne va pas à l'encontre de la politique de transfert de la route vers le rail.

En réalité, les moyens et les objectifs des nouvelles liaisons ferroviaires alpines ne sont simplement pas les mêmes que ceux du deuxième tube au Gothard. Ces nouvelles liaisons répondent au besoin de gérer l'afflux des transports routiers internationaux et de leur apporter une solution efficace. Le second tube n'a pas pour but de développer le trafic international en tant que tel, mais bien d'achever le réseau routier suisse et de désenclaver les régions desservies, en particulier le Tessin, en leur épargnant justement bouchons et pollution.

Nous avons donc eu l'intention de soutenir l'initiative Avanti. Or la majorité de la commission a utilement, je crois, modifié et complété cette initiative en tenant compte des réflexions du Conseil fédéral d'une part et de celles des auteurs de l'initiative d'autre part.

Il s'agit d'assurer le financement des projets et de tenir compte, par ailleurs, du trafic d'agglomération. La création d'un fonds routier indépendant dont l'existence semble au moins aussi justifiée que celle d'un fonds affecté au transport public, qui existe déjà, nous paraît devoir être saluée. Il faut exploiter les ressources actuellement existantes, conformément à l'intention initiale - c'est, bien sûr, du compte routier dont il s'agit et des 3,7 milliards de francs d'impôt sur les carburants qui s'accumulent dans ce compte. Un tel fonds nouveau permettrait d'autre part d'assurer la transparence et un contrôle efficace.

Quant au trafic d'agglomération, il est la suite logique et nécessaire du renforcement du réseau autoroutier. Une vision intégrée des transports combinant le transport public - j'insiste - et le transport privé de manière non exclusive est indispensable pour assurer aux villes et aux agglomérations un avenir économique réaliste. Nous ne voulons pas que les villes soient complètement encombrées, que leur développement économique soit entravé et qu'elles soient vidées de leur substance vive.

Enfin, dans le contre-projet de la majorité, le fait de limiter les modifications de l'article 84 à l'essentiel, c'est-à-dire au percement du deuxième tube au Gothard et aux seules routes de contournement, nous paraît être une bonne solution démocratiquement compatible avec les décisions précédentes du peuple.

Ainsi donc, le groupe libéral est satisfait de voir que la vision longtemps unilatérale des transports, scotchée aux transports publics, si vous me passez l'expression, se rééquilibre. Les deux moyens, transport public et transport privé, je le répète, ne répondent pas aux mêmes besoins. Ce n'est pas en chantant des incantations sur le thème du transport modal - ce qui se traduirait, de manière peut-être triviale, par "prends ton vélo maintenant", quand on a d'autres besoins - que l'on contraindra la réalité. La réalité, c'est que la population a augmenté depuis que l'on a construit les autoroutes dans les années soixante et suivantes, que les besoins en mobilité ont augmenté, ce qui est le signe, d'ailleurs, d'un développement économique sain et d'une société performante. La réalité, c'est que fermer les villes à la circulation ne servira qu'à obliger les entreprises et les commerces à s'installer à l'extérieur, dans la périphérie, avec tous les problèmes que cela entraîne. La réalité, c'est que ce ne sont pas les routes qui attirent les usagers. Croyez-vous vraiment qu'on prend sa voiture pour rouler? On prend sa voiture pour atteindre une destination. Les statistiques montrent d'ailleurs que 80 pour cent des déplacements se font en voiture pour les loisirs et les achats. Voilà la réalité.

En refusant donc de construire des routes capables d'absorber ce trafic, on n'encouragera pas un report sur les [PAGE 2023] transports publics, qui ne peuvent pas répondre à ces besoins. On asphyxiera simplement des secteurs entiers de l'économie. En refusant de tenir compte des réalités que je viens d'évoquer, on va tout simplement droit dans le mur et ça n'est pas en reculant, comme je le disais tout à l'heure, pour ne pas sauter, avec un projet où on va encore et encore réfléchir, que l'on avancera.

C'est la raison pour laquelle le groupe libéral, puisque, en raison de la procédure, nous ne pouvons pas accepter et l'initiative Avanti et le contre-projet de la majorité de la commission, dans ce temps de travail devant le Parlement, soutiendra le contre-projet de cette majorité. Il vous invite à en faire de même, car il est plus complet et plus équilibré que l'initiative populaire, tout en en reprenant l'essentiel.