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Mugny Patrice · Nationalrat · 2002-12-10

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2002-12-10

Wortprotokoll

En fait, ce débat oppose en quelque sorte ceux qui veulent aller de l'avant vers un précipice et ceux qui espèrent que le monde de demain ne sera pas un monde mort. Il y a quelque chose d'un peu absurde à parler d'égalité de traitement entre les transports privés et publics quand on sait que les transports publics ménagent l'avenir, alors que les transports privés, quand ils sont excessifs, tuent réellement l'avenir via la pollution. J'ai cité récemment le rapport de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage, qui montrait très clairement que les transports, tous types confondus, représentent à peu près 40 pour cent de la pollution qui induit les phénomènes climatiques que l'on connaît et le réchauffement de la planète.

Il semble assez évident que s'il y a un domaine dans lequel il faut agir, c'est bien dans celui des transports. Or on sait, pour ne prendre que les transports de marchandises, que près de 50 pour cent de ces transports sont absurdes et qu'il y a encore quelques années en Suisse, plus de 90 pour cent des marchandises étaient transportées sur le rail. Donc on est réellement dans une configuration où, d'un côté, il y a ceux qui essayent d'aller vers une mobilité responsable et même, pourquoi pas? dans certains cas, vers une réduction de la mobilité quand celle-ci n'a pas de sens - cela, c'est un autre débat qui concerne les transports, celui sur l'avion -, et de l'autre ceux qui sont favorables à une mobilité ou à des transports raisonnables et qui ont simplement une vision qui consiste à dire qu'il ne sert à rien d'avoir une économie performante si l'air est devenu irrespirable, la terre inutilisable et l'eau inconsommable. Dans cette affaire-là, je sais bien que c'est un peu un débat d'autistes. En effet, il y a des gens qui sont convaincus d'avoir raison et c'est quasiment une affaire idéologique. Malheureusement, c'est la pédagogie des catastrophes qui, au bout du compte, amènera la population et peut-être un jour ce Parlement - ce qui est déjà moins évident - à modifier sa manière de percevoir les choses.

Il me semble qu'une chose est claire aujourd'hui, c'est que nous allons vraisemblablement soumettre au peuple l'initiative Avanti et un contre-projet. Il y a des arguments qui, je l'espère, pourront être combattus avec des arguments raisonnables. Je prends l'histoire qui a été répétée systématiquement, je crois par M. Giezendanner mais aussi par d'autres, du fonds spécial. Ce n'est pas juste une violation du frein à l'endettement pourtant accepté par le Parlement. Non, c'est comme les recettes produites par l'essence et les autres prélèvements sur le transport routier: cela constitue actuellement des réserves qu'on n'a pas utilisées. Cet argent devrait être utilisé. C'est M. Beck qui avait même parlé l'autre jour d'abus de biens sociaux.

Mais enfin, il faut être aussi raisonnable. Actuellement, tout le monde sait deux choses.

Premièrement, la route ne couvre pas du tout les coûts que ses nuisances engendrent pour l'ensemble de la population, ne serait-ce par exemple que les coûts liés aux maladies. Je me rappelle très bien des enquêtes qui avaient été faites au Mont-Blanc avant l'incendie, quand les camions passaient, et après la fermeture du tunnel, quand les camions ne passaient plus: la réduction des coûts de la santé a été extrêmement importante. Evidemment, cela n'est jamais pris en compte dans les coûts dus aux dégâts collatéraux causés par la route, par rapport à l'ensemble de la charge qu'elle fait peser sur l'environnement.

Deuxièmement, par rapport à cet argent mis de côté, c'est de l'argent mis dans la caisse fédérale. Je veux dire: il y a d'autres choses. A un moment donné, les routes ont été construites sans forcément bénéficier de ces taxes. Maintenant, on essaye de dégager des moyens pour le train et on voit à quel point c'est difficile, on l'a vu au cours du débat budgétaire. Ce qui semble évident, c'est qu'on a la chance, l'immense chance d'avoir actuellement le meilleur réseau ferroviaire d'Europe, voire peut-être du monde. Et on est en train de revenir en arrière sur toute une série de choses, parce qu'il est évident que si on met les accents d'un côté, on va moins les mettre de l'autre. Je trouve qu'on est en train d'infléchir une politique qui faisait de notre pays un modèle et qui risque, malheureusement, de simplement nous ramener dans le giron de l'Union européenne et, si vous avez lu un peu le Livre blanc, c'est assez consternant de voir la manière dont l'Union européenne envisage l'avenir sur ce plan. C'est quasiment une sorte d'absence de politique ou d'incapacité d'infléchir le mouvement.

Je le répète, il faudra peut-être un certain nombre de catastrophes, notamment dans les Alpes - comme je l'ai dit l'autre jour en évoquant le retrait des glaciers et les chutes de neige -, pour que peut-être un certain nombre de gens réalisent qu'il y a des choses plus importantes en Suisse que les camions et les tomates les meilleur marché du monde.

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