Porchet Léonore · Nationalrat · 2021-09-16
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-09-16
Wortprotokoll
Avant d'aborder en détail les propositions de minorité que nous traitons dans ce bloc, je souhaite rappeler quelques statistiques importantes. Aujourd'hui, 24 pour cent des jeunes âgés de 15 à 19 ans fument, et 87 pour cent des fumeurs adultes ont commencé à fumer avant 21 ans. Les stratégies marketing des producteurs et des cigarettiers ciblent explicitement les jeunes, dans les publicités partout en ville, mais surtout dans les milieux et sur les supports appréciés des jeunes tels que les festivals, les bars, les applications et sur Internet. Or, il y a un chiffre à garder en tête: le tabac tue un fumeur sur deux. Les cigarettiers doivent donc constamment trouver de nouveaux consommateurs puisqu'ils tuent la moitié de leurs clients. Et c'est vers les adolescents qu'ils se tournent, faciles à attirer avec des publicités colorées, vives, cool, en proposant constamment des nouveaux produits et des goûts innovants.
Le texte que nous continuons à traiter aujourd'hui est présenté comme un contre-projet à l'initiative "Enfants sans tabac", qui vise justement à protéger les jeunes de la publicité pour le tabac. Pourtant, la loi ne rejoint en rien les objectifs des initiants et des initiantes. En effet, le projet de loi prétend avoir fait des améliorations conséquentes. Par exemple, la publicité explicitement adressée aux enfants est interdite. Mais bon, soyons sérieux, les cigarettiers ne sont pas si bêtes, cela fait longtemps qu'ils ne font plus une telle publicité. L'affichage serait interdit, mais 17 cantons l'interdisent déjà. Là aussi, cette loi est inutile. Toute la loi, en fait, est conçue pour faire le moins de mal possible au lobby du tabac. La loi ne prévoit rien en ce qui concerne les supports numériques, rien contre la publicité qui bombarde les enfants, rien contre le sponsoring d'évènements en Suisse.
Les deux Commissions de la sécurité sociale et de la santé publique de notre Parlement ont plus pensé aux intérêts de l'industrie du tabac qu'à la santé publique, qu'à la santé des enfants du pays. Je vous demande donc de ne pas rendre ce projet encore pire, et de refuser toutes les minorités qui [PAGE 1641] seront présentées dans le débat d'aujourd'hui, et en particulier dans le bloc 2 concernant la publicité.
Parlons de la minorité I (Hess Lorenz). Les nouveaux produits du tabac et la cigarette électronique sont le cheval de Troie de l'industrie du tabac. Ses représentants prétendent se détourner de produits mauvais pour la santé pour aller vers un produit quasi de santé publique permettant aux gens d'arrêter de fumer. Mais il y a de la nicotine dans ces produits, nicotine qui pousse à la dépendance. Et puis, il faut rappeler que l'usage de l'e-cigarette est très répandu chez les 15-24 ans, qui ont souvent commencé à fumer avec ce système, qui est souvent un produit d'appel pour ensuite passer au tabac à fumer. Je vous recommande donc de refuser la proposition de la minorité I à l'article 18a alinéa 1.
Encore pire est la minorité II (Glarner) qui propose de biffer carrément tout l'article 18a. La distribution gratuite de produits du tabac est un des outils de marketing les plus efficaces pour pousser à la consommation. Il en va évidemment de même pour les prix et les distributions de produits en dessous du prix. Pour donner une image, la distribution de cadeaux revient à pousser quelqu'un du haut d'un toboggan vers la dépendance. Je vous encourage donc fermement à voter contre cette minorité II.
Je vous invite également à lutter contre la minorité Sauter à l'article 20. Il y a dans ce Parlement de savoureuses contradictions. Dès que l'on veut éviter des mesures que l'on n'aime pas, on crie à la sainteté du fédéralisme. Par contre, si on veut interdire aux cantons de prendre en toute connaissance de cause, et parfois sur décision populaire, des mesures plus favorables à la santé publique, eh bien là, tout à coup, le fédéralisme n'est plus si important. Des cantons comme Soleure ou le Valais, plus volontaires dans leur lutte contre les maladies liées au tabac, seraient touchés par cette minorité. Je vous encourage donc à ne pas marcher sur la tête et à refuser cette proposition.
Je regrette, je le répète, que cette loi soit finalement si ridicule par rapport à l'urgence sanitaire que provoque le tabac pour notre pays.