Porchet Léonore · Nationalrat · 2021-09-29
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-09-29
Wortprotokoll
Le débat se place aujourd'hui à un niveau très simple: il s'agit d'accéder au cri du coeur du personnel infirmier qui demande qu'on lui donne les moyens de faire correctement son travail. Nous sommes encore dans une pandémie mondiale qui a lourdement impacté les soins infirmiers. Ma grand-mère est dans un établissement médico-social, et mon frère travaille dans un EMS en tant qu'animateur. Tous deux ont vu l'épuisement, le manque de considération, la baisse de personnel. Ils ont vu le danger que représente pour les patients cet épuisement, cette pandémie, et le manque de soutien que nous avons donné au[NB]personnel[NB]infirmier et que nous prévoyons de lui donner, et ce que cela a comme conséquences sur la qualité des soins, sur le bien-être de nos proches, de nos voisins, de notre famille.
Nous le savons donc d'expérience: la qualité des soins croît en proportion de la quantité de travail investi dans ce domaine. Il est important de rappeler que chaque baisse de 10 pour cent du nombre d'infirmières dans les hôpitaux, par exemple, provoque une hausse de 11 pour cent du risque de mortalité encouru par les patients et les patientes, une hausse de 7 pour cent de la mortalité des patients et des patientes et une augmentation des coûts dus aux séjours hospitaliers qui se prolongent. A la lumière de ces chiffres, revendiquer les moyens d'accomplir sa tâche dans de bonnes conditions se révèle inattaquable. Il est certain qu'en cette période de pandémie, lorsque l'on dit qu'il manque de lits de soins intensifs, nous ne parlons pas de lits que nous pouvons acheter, mais nous parlons évidemment du personnel pour s'occuper des patients qui occupent ces lits.
Le problème pour une partie de la classe politique, c'est que satisfaire sérieusement cette demande, c'est remettre en cause l'austérité, l'idée qu'on peut faire toujours plus avec toujours moins. C'est remettre en cause cette idée que les gains de productivité arrachés au prix de la santé des salariées et des salariés valent la peine. Et c'est aussi le boniment culpabilisateur qui reporte sur les personnes la responsabilité de prendre sur elles pour atténuer les effets d'une crise sanitaire.
Le secteur majoritairement féminin des soins souffre des mêmes injustices que d'autres secteurs traditionnellement laissés aux femmes, comme l'éducation et/ou le soin des enfants.
Le discours économique rabâché par une partie des élues et des élus renvoie les soins et la santé à la notion de dépenses. Pour nous, il s'agit d'une richesse parce qu'elle produit le bien-être, parfois le bonheur et la santé, de nos amis, de nos voisins, de nos proches. Assimiler les services de santé à des coûts, évoquer ses bienfaits comme dispensés par des femmes dévouées plutôt que des richesses créées par des travailleuses est une pirouette déplorable. Elle permet d'éluder une vraie question: notre système de santé défaillant n'arrive pas à traiter correctement la ressource précieuse représentée par le travail des infirmières garantes de la qualité des soins et du lien humain avec les patientes et les patients, avec nos proches, avec nous.
Ces travailleuses participent pourtant à la production d'une même ressource collective dont nous ne saurions nous passer. A force d'infliger à ces travailleuses réputées endurantes des réductions de moyens, alors que la demande croît, cela ne marche plus. La Suisse est déjà confrontée à une grave pénurie, et des risques très importants se font ressentir pour la qualité des soins. C'est déjà le cas maintenant avec le Covid-19, avec la souffrance qui est ressentie par le personnel infirmier.
Il faut donc investir plus que prévu, plus que ce qui est prévu dans le contre-projet du Parlement. Il est indispensable de fixer un nombre maximum de patients soignés par infirmière pour augmenter la qualité des soins et, surtout, garantir un cadre professionnel décent. Il faut donc diminuer le nombre de patients par infirmière, mais aussi garantir des possibilités de conciliation pour le personnel. Et puis, il faut garantir un environnement de travail qui permette d'avoir envie de continuer la profession, parce qu'il faut rappeler que presque une majorité des infirmières quitte la profession avant la fin de leur vie active. Il faut aussi revaloriser leur salaire.
Il faut faire tout un tas de choses différentes de ce que le Parlement a choisi a minima de faire dans le contre-projet, et c'est pour cela que, au coeur du conflit entre les volontés de réduire les coûts de la santé et celles de garantir la qualité des soins et la qualité de vie du personnel infirmier, nous allons soutenir avec force l'initiative "pour des soins infirmiers forts".