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preparatory:AB 294566

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2021-12-15

Wortprotokoll

Ce débat prend ses racines dans un problème, une réalité: les Suisses mangent trop de viande. La moyenne de consommation de viande en Suisse est de 111 grammes par personne et par jour. C'est une augmentation de 60 pour cent par rapport au début de ce siècle, alors que les recommandations de l'OMS sont de deux à trois fois par semaine pour cette quantité. Donc, on consomme trop de viande en Suisse, trois fois plus que nécessaire. Et puis, parce que le prix est élevé, parce qu'en Suisse nous avons en effet une production de bonne qualité, on consomme aussi de la viande de mauvaise qualité que l'on paye moins cher, souvent importée, presque toujours produite dans des conditions désastreuses.

Au-delà des questions qui nous occupent aujourd'hui, la surconsommation de viande a des conséquences sur notre santé et notre environnement. Quelques exemples: consommer trop de viande augmente les risques cardiovasculaires, de diabète et d'obésité; la production animale dans des élevages intensifs augmente les risques de résistance aux antibiotiques; en 2014, 48[NB]000 kilogrammes d'antibiotiques ont été utilisés dans les élevages en Suisse, et on a découvert que des bactéries résistantes se répandaient dans les élevages; puis la proximité humaine favorise l'émergence d'épizooties ou de zoonoses; puis, pour notre environnement, l'élevage, représente 85 pour cent des émissions de gaz à effet de serre pour l'agriculture suisse; puis il y a aussi le problème des eaux, notamment des dangers pour nos cours d'eau avec les lisiers et les fumiers; puis la moitié des résidus d'antibiotiques se retrouve dans nos cours d'eau, dans notre eau potable.

Donc, pour répondre à cette demande en quantité et en prix bas, l'élevage doit devenir intensif, au mépris de notre santé, au mépris de notre environnement et au mépris du bien-être animal, car il est tout simplement impossible d'arriver à cette cadence de production pour répondre à la demande en respectant les animaux.

Je suis végétarienne et, lorsque je parle de cela à ma famille - alors que je ne suis vraiment pas prosélyte, mais on me pose souvent des questions, donc j'y réponds volontiers -, on me dit dans mon entourage: "Je sais tout cela, tu as raison. Je devrais manger moins de viande, mais au moins je fais attention à acheter de la viande de qualité."

Parce que, en effet, personne ne veut manger des produits issus d'animaux maltraités. Mais est-ce vraiment possible? En fait, pas vraiment. Vu la quantité de viande consommée en Suisse, nous pouvons être presque certaines et certains que la planchette de l'apéro, la fondue au souper de boîte, les oeufs des pâtes d'une marque de milieu de gamme, le sandwich acheté en vitesse à la gare, la sauce à salade du restaurant ou le fromage des pâtes "alla parmigiana" contiennent à notre insu des produits issus d'animaux maltraités. Il y a en tout cas un grand risque, quand on consomme ces produits-là, d'en acheter.

En tant que consommateurs et consommatrices, nous avons donc très peu de moyens de savoir ce que nous mangeons vraiment et les producteurs et productrices eux-mêmes et elles-mêmes sont piégés par cette situation, par la pression de la grande distribution et par la demande qui augmente, ainsi que par la concurrence déloyale de la production étrangère meilleur marché.

Tout cela a des conséquences sur la souffrance animale. Pour répondre à la demande croissante de viande, le nombre d'animaux d'élevage - poules, bovins, porcs, moutons, chèvres et chevaux - dans l'agriculture a augmenté de près de moitié entre 2000 et 2013. Durant la même période, le nombre d'exploitations agricoles, et c'est regrettable, est passé de 70[NB]000 à 55[NB]000. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela veut dire qu'il y a toujours plus d'animaux pour toujours moins d'exploitations agricoles et, donc, que les animaux sont plus nombreux dans les exploitations, ce qui est très mauvais pour leur bien-être.

Qu'est-ce que cela veut dire en chiffres? Cela veut dire que jusqu'à 300 veaux d'engraissement, 1500 porcs d'engraissement ou 18[NB]000 poules pondeuses, voire 27[NB]000 poulets d'engraissement, peuvent être élevés dans une même exploitation. Comment, dans ces situations, les exploitants peuvent-ils tenir compte des besoins individuels de chaque animal? Ce n'est pas possible et c'est bien la définition de l'élevage intensif. Cela entraîne des conditions qui ne sont pas admissibles du point de vue du bien-être animal. Les animaux sont soumis à des contraintes énormes; il y a du cannibalisme, des confrontations entre les animaux et des décès précoces dus aux maladies.

L'initiative vise simplement à arrêter de considérer les animaux comme des marchandises mais bien comme des êtres vivants. C'est pour cela que je vous encourage à soutenir l'initiative et, à défaut, le contre-projet direct du Conseil fédéral. [PAGE 2612]