Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · 2022-03-02
Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-03-02
Wortprotokoll
Je vous demande, au nom de la minorité, d'apporter votre soutien à l'initiative populaire "Non à l'élevage intensif en Suisse". Il y a indiscutablement matière à agir pour améliorer la manière dont nous traitons les animaux que nous élevons pour les manger. La situation actuelle repose en effet sur la méconnaissance des consommatrices et des consommateurs des conditions d'élevage réelles des animaux, en particulier des volailles et des porcs.
Les détaillants communiquent dans leur publicité et sur les emballages des produits issus d'animaux d'une manière qui ne correspond à la réalité que dans une petite minorité des cas. Les consommatrices et les consommateurs pensent ainsi que l'élevage entier correspond à cette image idyllique qui figure sur le paquet d'oeufs ou de jambon qu'ils achètent: deux ou trois poules ou deux ou trois cochons batifolant librement dans un verger avec une jolie ferme traditionnelle en arrière-plan.
Malheureusement, dans la majorité des cas, la réalité de l'élevage n'a rien à voir avec cela. 50 pour cent des porcs ne voient jamais le soleil dans notre pays, ni ne sentiront jamais la terre ou l'herbe sous leurs pattes. Les cochons peuvent ne disposer que d'un mètre carré d'espace par animal, alors qu'ils peuvent peser dans les 200 kilogrammes, et l'exploitant peut détenir jusqu'à 1500 animaux. Je parle donc là des porcs.
La situation des volailles dans notre pays est encore pire: 90 pour cent des poulets élevés chez nous ne verront jamais le soleil durant leur courte vie, ni ne trotteront jamais aux côtés de deux ou trois congénères dans le joli verger figurant sur les étiquettes.
La plupart des poulets que nous mangeons et des poules dont nous mangeons les oeufs vivent en réalité dans de grandes halles. Un exploitant peut détenir jusqu'à 27[NB]000 poulets à viande et 18[NB]000 poules pondeuses. Pensez-vous vraiment que cela correspond à ce que les consommateurs et consommatrices imaginent quand ils pensent à une agriculture familiale et proche de la nature, celle dont nous sommes à juste titre toutes et tous si fiers dans notre pays? Pourquoi, à votre avis, des images de ces immenses halles à volailles et de ces étables fermées où les cochons ne disposent que d'un mètre carré par animal ne figurent-elles pas dans les publicités et sur les emballages des produits issus de ces animaux? C'est tout simplement parce qu'une partie importante des consommateurs serait beaucoup moins disposée à les acheter, parce que ces conditions d'élevage peuvent être décrites, à juste titre, comme étant intensives ou industrielles, et que cela ne correspond tout simplement pas à leurs valeurs.
J'aimerais vous rendre attentifs à une étude de l'Office fédéral de l'agriculture qui vient de sortir et qui montre, tout d'abord, une augmentation claire des parts de marché du bio, comme c'était déjà le cas ces dernières années, mais aussi et surtout, pour l'objet qui nous occupe, que 85 pour cent de ces consommatrices et consommateurs considèrent que le bien-être de l'animal est d'une importance cruciale - j'insiste, 85 pour cent de ces consommatrices et consommateurs.
L'avenir est à une consommation de viande plus réduite, comme l'exigent la résolution de la crise climatique et les engagements que nous avons pris dans le cadre de l'Accord de Paris. L'avenir est à des produits issus de modes de production respectueux du bien-être de l'animal.
Un point qui n'a pas été abordé jusqu'ici dans cette discussion par M. le rapporteur, mais qui me semble central dans ce débat sur le bien-être de l'animal, est la question de la quantité que nous produisons.
En effet, une amélioration du bien-être animal ne peut se faire qu'à la condition que nous réduisions aussi la production. Nous devons miser sur la qualité plutôt que sur la quantité. Si nous avions une consommation de viande raisonnable, chacune et chacun pourrait accéder financièrement à des produits de qualité répondant aux exigences écologiques et éthiques de notre temps et correspondant à cette image à laquelle nous tenons tant d'une agriculture familiale et proche de la nature.
Les demandes formulées dans l'initiative sont tout à fait raisonnables. Il s'agit de déterminer les conditions de vie des animaux d'élevage dans un délai de 25 ans. En effet, l'initiative prévoit ce délai d'un quart de siècle pour la mise en oeuvre des mesures; 25 ans, c'est long. Dans 25 ans, j'aurai 75 ans. Dans 25 ans, nous n'aurons plus que quelques années pour atteindre l'objectif de zéro émission nette de l'Accord de Paris et nous aurons donc réduit notre consommation [PAGE 48] de viande comme la nouvelle génération le fait déjà de manière très spontanée. En 25 ans, les éleveurs concernés et leurs successeurs auront eu le temps nécessaire pour adapter leurs pratiques.
Les initiants demandent seulement de mettre fin à l'élevage industriel, qui contrevient à la dignité de l'animal. Cette dignité de l'animal est d'ores et déjà promue par notre législation sur la protection des animaux. C'est le législateur, c'est-à-dire notre Parlement lui-même, qui va décider des critères relatifs à un hébergement et à des soins respectueux des animaux, à l'accès à l'extérieur, à l'abattage et à la taille maximale des groupes par étable. Une référence est définie par l'initiative avec le cahier des charges 2018 de Bio Suisse.
Ce sont donc des critères que nous connaissons qui sont appliqués aujourd'hui sans problème dans un grand nombre d'exploitations et avec succès, puisque la demande augmente pour ce type de produits. Depuis 2018, les critères de Bio Suisse ont d'ores et déjà évolué. Ce que vise l'initiative est donc moins exigeant que ce que demande aujourd'hui Bio Suisse. Il s'agit tout simplement d'une base minimale sur laquelle on peut se reposer sans difficulté pour les 25 ans à venir.
Enfin, l'initiative prévoit que des dispositions sur les importations soient édictées, pour éviter une concurrence déloyale de produits étrangers. Je pense que le Parlement peut trouver des solutions pour édicter de telles dispositions, conformément aux exigences de l'Organisation mondiales du commerce. Rappelons que, s'il n'y a pas de discrimination entre les produits importés et ceux qui sont produits localement, il n'y a, en principe, pas de problème avec ces règles. Il s'agit tout simplement de ne pas être discriminant et d'appliquer les mêmes règles à tous les produits, suisses ou importés.
Ces demandes n'ont rien d'extrême, je le répète, puisqu'elles se fondent sur des pratiques qui ont déjà cours et qu'un délai d'application de plusieurs décennies est prévu. Elles mettraient simplement la réalité du terrain en conformité avec les publicités et les étiquettes des produits que nous consommons, ainsi qu'avec les valeurs éthiques qui sous-tendent autant la loi actuelle sur la protection des animaux que notre vision d'une agriculture familiale et proche de la nature, partagée par une grande majorité des consommateurs qui plébiscitent le bien-être de l'animal. L'étude récente de l'OFAG vient à nouveau de le montrer.
Je vous encourage donc à soutenir cette initiative. Si vous ne le souhaitez pas, je vous invite au moins à entrer en matière sur le contre-projet du Conseil fédéral. Il est extrêmement modéré et il me semble être une excellente alternative aux demandes des initiants.