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Python Valentine · Nationalrat · 2022-03-02

Python Valentine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-03-02

Wortprotokoll

Si l'édition génomique est une méthode de génie génétique qui permet de manipuler plus finement le génome d'organismes vivants, ce n'en sont pas moins des organismes génétiquement modifiés.

Les interventions effectuées au sein même du génome des plantes, même en excluant l'insertion de gènes d'autres espèces, ne peuvent être comparées à un processus naturel comme le prétendent les créateurs de ces nouveaux OGM. Les modifications du génome entraînent des réactions en chaîne au sein de l'organisme puis de l'écosystème dans lequel il est introduit, avec des effets néfastes que nous ne sommes pas en mesure d'évaluer.

Céder aujourd'hui à la proposition de la majorité signifie envisager une homologation dans deux ans pour des semences et des arbres OGM qui seront ensuite introduits dans nos champs et nos forêts. La dissémination par le vent des pollens et les innombrables interactions avec les autres organismes vivants seront ensuite incontrôlables. Leurs potentielles conséquences négatives seront alors irréversibles. Qui en endossera la responsabilité?

De plus, le fait de supprimer des gènes ou de réordonner les séquences ADN d'organismes destinés à l'alimentation représente un risque actuellement impossible à évaluer pour la santé à moyen et long terme des consommateurs, alors que la dissémination rendrait chimérique la coexistence entre une filière avec et une filière sans OGM, cela d'autant plus dans un petit pays comme le nôtre. La contamination des cultures traditionnelles par ces OGM supprimerait de fait le libre choix de son alimentation pour le consommateur et le choix des semences cultivées pour le producteur. Or la possibilité de choisir sa nourriture est un droit fondamental que nous devons préserver tout comme la liberté et l'indépendance de nos producteurs. La filière biologique est directement menacée. Les répercussions économiques de la défiance des consommateurs ne sont pas anticipées par ceux qui soutiennent une introduction aussi rapide de ces nouveaux OGM. Là encore qui en assumera la responsabilité?

Les associations paysannes et de protection des consommateurs ont bien compris ces menaces, elles nous demandent instamment de ne pas céder et de maintenir notre position initiale.

De fait, nos connaissances actuelles impliquent le maintien de l'application du principe de précaution car:

1.[NB]La science possède des indices sur les effets potentiellement négatifs de cette nouvelle technologie.

2.[NB]Le manque de données accessibles ne permet pas d'effectuer une analyse de risque pertinente. Il n'existe pas suffisamment d'études indépendantes sur les effets du génie génétique sur l'environnement, l'alimentation et la santé. Enfin, les groupes agrochimiques eux-mêmes gardent leurs études sous clé.

3.[NB]L'incertitude scientifique est encore renforcée par la complexité des interactions entre la plante, l'environnement et l'homme.

De plus, la recherche sur le génome n'en est qu'à ses débuts.

Ainsi, contrairement à certaines affirmations, il n'existe pas de consensus scientifique sur les chances et les risques du génie génétique. Il manque pour cela un organe d'experts interdisciplinaire, international et indépendant, tel que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Ce serait la seule façon pour que le progrès scientifique aille de pair avec le progrès social, et cela sans conflit d'intérêts.

Les inventeurs de ces nouveaux OGM et l'agro-industrie exploitent l'argument de l'urgence climatique, qui me concerne directement en tant que climatologue. Le retard d'adaptation de notre agriculture et de notre sylviculture aux conséquences du réchauffement climatique justifie-t-il d'accélérer l'introduction de ces nouveaux OGM dans notre environnement alors que nous sommes dans la plus grande incertitude? Clairement non, puisqu'il n'existe toujours pas d'OGM présentant une meilleure capacité d'adaptation aux effets simultanés du réchauffement climatique. De plus, la capacité d'une plante à s'adapter à un changement soudain de son environnement, comme des sécheresses à répétition, ne se limite pas à la suppression ou au réagencement de certains de ses gènes. Nous devons opposer à la myopie de l'industrie l'approche systémique de la science: une plante est plus que la somme de ses composantes individuelles, c'est un organisme qui interagit en permanence avec d'autres êtres vivants et avec l'environnement.

C'est pourquoi le Giec dans ces derniers rapports préconise de préserver et restaurer la plus grande diversité possible dans nos forêts et nos champs afin que les espèces puissent interagir entre elles, ce qui augmente leur capacité d'adaptation. Les pratiques agricoles respectueuses comme l'agroécologie et l'agroforesterie, sont la meilleure solution. Elles assurent la variété des cultures, la diversité des semences, la protection des sols. Les systèmes racinaires permettent de stocker l'eau et les nutriments, ce qui a véritablement pour [PAGE 104] effet une meilleure résilience aux événements extrêmes. A l'inverse, les OGM uniformisent et standardisent encore plus les cultures, accélérant alors la vulnérabilité aux conséquences du réchauffement climatique et l'érosion de la biodiversité.

Dans ces conditions, il me semble tout à fait illusoire de pouvoir déterminer les ratios risque-bénéfice de l'un ou l'autre de ces OGM avant 2025. Trois postulats ont été acceptés par le Conseil fédéral. Un système d'homologation qui devrait être mis sur pied dès le début de 2024 ne nous laisse pas suffisamment de temps pour apporter des réponses. Si une ligne doit être privilégiée, alors la question de la coexistence doit être impérativement assurée, celle de la responsabilité réglée et le libre choix des consommateurs et des producteurs garantis.

Merci de soutenir cette proposition.