AB 296257
Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-03-02
Wortprotokoll
Lorsque j'étais enfant, je passais mes vacances d'été en Haut-Valais, dans la vallée de Conches. Nous ne manquions jamais une occasion d'une excursion au glacier du Rhône, qui s'avançait alors majestueusement dans la vallée. Mais, il y a vingt-cinq ans déjà, on voyait des photos vieilles de quelques décennies qui témoignaient du retrait de ce géant des glaces, affaibli qu'il était par un climat trop chaud. Aujourd'hui, on ne voit plus ce glacier depuis la vallée, et c'est un mur de roches lunaires que l'on découvre à sa place. Le recul du glacier du Rhône, comme de tous les autres glaciers, officie comme témoin vivant du réchauffement de notre planète. Oui, le témoin immédiat d'une inquiétante réalité déjà présente, et qui va le devenir encore plus.
Dans certaines parties du monde, la situation est même déjà dramatique: contrées risquant d'être submergées, chaleurs et sécheresses rendant des régions inhabitables, tempêtes tropicales et autres ouragans dévastateurs, ou encore maladies mortelles en recrudescence. C'est ce que nous enseignent les rapports du Giec dont le dernier, cela a été rappelé, a été publié lundi et fait froid dans le dos.
Mais celles et ceux qui croient que les conséquences du réchauffement de notre planète épargneraient la Suisse sont aveugles. Notre pays est aussi frappé, et de manière forte. Outre la fonte des glaciers et la rareté de la neige dont nous avons parlé, il convient de rappeler que le réchauffement intensifie et augmente les épisodes climatiques extrêmes. Il y a eu les coulées de boue dans les Alpes, mais ces dernières ne sont pas les seules touchées. Dans le canton de Neuchâtel, d'où je viens, le Val-de-Ruz a subi les pires inondations de son histoire en 2019, faisant même une victime, et les images du torrent sortant de son lit et dévastant le bourg médiéval de Cressier en 2021 ont fait le tour de notre pays.
Si les faits sont indéniables, leurs causes le sont tout autant, et les solutions sont connues. C'est l'activité humaine, soit nos chauffages, nos voitures, nos industries ou encore nos avions, qui provoque le réchauffement depuis qu'elle rejette dans l'atmosphère du dioxyde de carbone. On sait aussi ce qu'il convient de faire: diminuer les émissions de gaz à effet de serre jusqu'à les supprimer, et cela le plus rapidement possible.
Les solutions énergétiques existent, mettons-les maintenant en oeuvre. [PAGE 116]
L'intervention de la Suisse doit être à la hauteur des enjeux, des risques et des défis. On ne peut plus aujourd'hui se contenter de mesures cosmétiques. On ne peut pas non plus attendre sans fin une solution dont une nuance nous plairait davantage que ce qu'on nous propose. Il faut agir avec des moyens et il faut agir vite. Oui, la vitesse et la détermination constituent les pierres angulaires qui doivent dicter la politique helvétique en matière de diminution de la production de gaz à effet de serre. La vitesse implique la capacité d'obtenir une majorité, de dépasser les luttes de clocher idéologiques. Cela signifie sans doute aussi avaler quelques couleuvres pour réunir cette majorité politique puis populaire. La détermination implique que l'on ne peut pas se réfugier derrière la taille modeste de notre pays ou encore invoquer systématiquement des exceptions pour qu'un secteur de notre économie continue de bénéficier du permis de polluer.
Les deux écueils de ce projet sont donc la lenteur et l'indécision. C'est pour cela que, pour le groupe socialiste, la détermination implique que l'objectif doit être atteint en 2050. Pour ce faire, un chemin de décroissance linéaire doit être décidé pour éviter de repousser les efforts les plus importants aux calendes grecques. C'est pour cela que, pour le groupe socialiste, la proposition Romano de compromis est extrêmement importante.
De la même manière, la proposition Nordmann, qui consiste à demander des moyens supplémentaires sur sept ans, nous semble particulièrement pertinente. En effet, elle permettrait de donner une impulsion nécessaire aux propriétaires immobiliers. De plus, elle serait favorable au climat sans défavoriser les locataires. De surcroît, dans le contexte actuel, elle permettrait de diminuer notre dépendance au gaz russe. Après les évènements tragiques de ces derniers jours, il apparaît que ce dernier aspect constitue non seulement un objectif climatique, mais aussi un objectif de stabilité du pays.
Lenteur et indécision: ces deux écueils se retrouvent dans certaines prises de position du Parlement. D'aucuns ont peur d'un principe constitutionnel qu'ils jugent trop contraignant et d'un chemin de réduction à emprunter immédiatement. Ils désireraient donc temporiser. D'autres jugent que le contre-projet pourrait être amélioré et rêvent d'un texte lumineux qui nous mettrait tous d'accord tout en étant plus concret.
Ils sont indécis sur le moyen à adopter. Nous mettons ces deux courants de pensée en garde: ne rien faire et attendre n'est plus une option. Nous devons rester ouverts à toutes les hypothèses. Tant mieux si un contre-projet indirect convaincant voit le jour, mais il n'y a aujourd'hui aucune garantie. Nous devons nous mettre au travail le plus vite possible. Pour cela, il ne faut plus tergiverser.
C'est pour cela que le groupe socialiste propose de recommander d'accepter l'initiative pour les glaciers, mais aussi le contre-projet direct dans sa version amendée par la proposition de compromis de M. Romano. Ensemble, ces deux projets permettront à notre pays de rattraper un peu le retard pris dans cette tâche fondamentale du XXIe siècle.