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Python Valentine · Nationalrat · 2022-03-03

Python Valentine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-03-03

Wortprotokoll

Depuis le début des mesures météorologiques, la température de notre planète a augmenté de 1,1 degré. Il faut comparer cela avec la température du corps: à 38 degrés, la fièvre est déjà marquée. A 39 degrés, elle est très pénible. Au-delà de 40 degrés, il y a danger de mort! Si l'on poursuit cette métaphore, avec deux degrés de plus, ce n'est pas la planète elle-même qui est menacée, mais la viabilité des conditions physiques qu'elle offre à ses habitants, dont l'espèce humaine. C'est donc de survie de notre espèce dont nous parlons aujourd'hui!

Ce réchauffement, très rapide par rapport à l'échelle de temps géologique, se répercute en particulier sur le cycle de l'eau: augmentation de l'évaporation, fonte accélérée des glaces et du pergélisol, élévation du niveau de la mer, acidification des océans, perturbation de la circulation océanique et des régimes des précipitations, diminution de l'enneigement.

Le bassin méditerranéen, le Proche-Orient et le Sahel connaissent une baisse de 30 pour cent des précipitations se répercutant directement sur la sécurité alimentaire et politique de ces régions. Partout, les phénomènes météorologiques extrêmes - sécheresses, canicules, pluies torrentielles, tempêtes - sont de plus en plus intenses et fréquents.

La Suisse n'est pas épargnée. Nous vivons et ressentons d'ores et déjà ces changements. Les paysages enneigés en plaine sont de plus en plus rares, contrastant avec nos souvenirs d'enfance.

Comme l'ensemble des régions alpines, notre pays est très vulnérable face aux effets cumulés de la fonte des glaciers et du pergélisol ainsi que des épisodes pluvieux intenses. Les citadins et les citadines, en raison du phénomène d'îlot de chaleur, sont les plus exposés face aux canicules, dont au moins un épisode survient chaque été depuis 2015.

Les écosystèmes aussi sont durement touchés. La rapidité et l'ampleur des changements ne permettent pas aux espèces de s'adapter. La faune aquatique est confrontée à l'augmentation de la température des cours d'eau et même à leur assèchement de plus en plus récurrent. Les risques d'incendie de forêt augmentent conjointement à la multiplication des épisodes de sécheresse. Une espèce emblématique comme le hêtre ne pourra plus survivre en plaine en Suisse si nous poursuivons la trajectoire actuelle de nos émissions.

Les conséquences néfastes de tous ces phénomènes se font durement ressentir sur la production agricole. La baisse de l'enneigement touche le tourisme de moyenne montagne. Les conséquences du réchauffement sur les écosystèmes, la biodiversité, la santé et l'économie se font donc déjà durement ressentir, ici comme partout ailleurs, et les répercussions seront de plus en plus graves selon le degré d'augmentation jusqu'à la fin du siècle. Celui-ci dépendra de notre capacité collective à stopper nos émissions de gaz à effet de serre qui sont à l'origine de ce dérèglement.

Le CO2 issu de la combustion des énergies fossiles et de la déforestation est responsable de plus des trois quarts du réchauffement global. L'évolution des émissions directes de notre pays pourrait laisser penser que nous avons été de bons élèves ces deux dernières décennies.

C'est sans compter la part des émissions indirectes émises à l'étranger, mais liées à la consommation suisse. En 2015, elle représentait environ 70 pour cent des émissions totales dont la Suisse est responsable. Nous avons tout simplement délocalisé nos émissions dans des pays comme la Chine. Ainsi, par habitant, et en prenant en compte la consommation, la Suisse est le quatrième plus gros émetteur derrière l'Australie, le Canada et les Etats-Unis.

Le rythme des émissions totales étant en constante augmentation depuis 2015, l'objectif initial de limiter l'augmentation de la température moyenne globale à 1,5 degrés pour la fin du siècle est compromis. Le sixième rapport du GIEC a fait part, l'été passé, de la situation actuelle et de ce qui est encore possible d'espérer. Il l'a encore rappelé il y a deux jours. Actuellement, nous nous dirigeons vers une trajectoire d'au moins plus 2,7 degrés. L'augmentation de 1,5 degrés sera atteinte en 2030 déjà. La rapidité du réchauffement et des effets en cascade qu'il entraîne dépasse les précédentes prévisions.

En raison de l'inertie des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, les écosystèmes les plus vulnérables - grande barrière de corail, faune arctique, îles pacifiques, etc. - sont très probablement déjà condamnés. Nous ne pourrons donc pas léguer aux générations futures la même richesse du vivant dont nous avons pu bénéficier, ce qui est impardonnable. Mais il nous est encore possible d'en préserver une part suffisante permettant la survie de la plupart des sociétés humaines.

Il ne suffit pas d'écrire des chiffres dans des lois pour que la réduction des gaz à effet de serre soit une réalité! Encore faut-il que ces objectifs s'accompagnent de mesures concrètes et d'un plan d'action pertinent. Viser une neutralité climatique après 2050, sans une sortie complète des énergies fossiles et sans objectifs ambitieux pour 2030 et 2040 ne suffira pas pour faire respecter nos engagements.

Il en va de tous ces enjeux pour défendre cette initiative.