Fivaz Fabien · Nationalrat · 2022-03-03
Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2022-03-03
Wortprotokoll
Lors du lancement de l'initiative pour les glaciers, en 2019, l'objectif d'atteindre la neutralité carbone en 2050 semblait encore ambitieux, même extrême pour certains. Aujourd'hui, rares sont ceux qui remettent cette échéance en question, sinon pour dire que ce sera déjà trop tard.
L'initiative a atteint le nombre requis de signatures en à peine plus de six mois, preuve que le climat préoccupe très largement les Suissesses et les Suisses et que les attentes sont très grandes. Enfin, il est temps d'ancrer dans la Constitution les objectifs de l'Accord de Paris, qui vise à contenir le réchauffement climatique et éviter une catastrophe.
Comme les changements climatiques, les avancées scientifiques vont, dans ce domaine, très vite. Ces derniers mois, les deux premiers volets du sixième rapport d'évaluation du GIEC ont montré que nous devons aller plus loin et plus vite pour éviter des conséquences dramatiques. La température moyenne mondiale s'est réchauffée de 1,1 degré depuis le début de l'industrialisation et le GIEC estime que le seuil de 1,5 degré pourrait déjà être atteint en 2030, soit dix ans plus tôt qu'escompté.
La Suisse est particulièrement touchée. Le réchauffement, chez nous, a déjà atteint 2 degrés. Ces 2 degrés représentent également l'augmentation de la température mondiale qu'il faut éviter à tout prix selon l'Accord de Paris. Selon les scénarios climatiques, ces températures continueront d'augmenter, par notre inaction, d'une valeur comprise entre 0,6 et 5,4 degrés d'ici la fin du siècle, en fonction de nos efforts.
Nous n'avons plus le temps de tergiverser! Nous n'avons plus le temps de discuter si l'interdiction des carburants et combustibles fossiles doit être conditionnée à une viabilité économique. Les changements climatiques ont déjà des conséquences catastrophiques, y compris économiques. Dans le canton de Neuchâtel, nous avons vécu, en l'espace de deux ans, deux épisodes très graves qui ont marqué les esprits: à Dombresson, puis, l'an passé, à Cressier.
Nous ne pouvons laisser faire. Laisser faire aurait des conséquences environnementales, mais également économiques et sociales, dramatiques.
Les coûts économiques de l'inaction en matière de réchauffement climatique sont colossaux. Cette inaction exacerbe également les inégalités sociales, notamment entre les pays riches et les pays pauvres, ainsi qu'au sein de la population.
L'objectif de la neutralité carbone en 2050 n'est plus remise en question. Les villes, les cantons, les pays voisins, tout le monde s'aligne. Mais un objectif seul ne vaut rien. Il faut se donner les moyens de l'atteindre, fixer des échéances intermédiaires et les tenir. Il faut savoir prendre les mesures nécessaires pour y parvenir.
La fin des carburants et combustibles fossiles est simplement inéluctable. Le contre-projet direct qui nous est proposé aujourd'hui est donc inutile. Il affaiblit en outre le message de l'initiative qui, lui, est clair et cohérent. Il paraît inopportun de s'écharper sur les termes que l'on introduirait dans la Constitution. Il est évident que le véritable enjeu est l'application des objectifs de l'initiative dans les textes de loi et donc dans le contenu du contre-projet indirect qui est en cours d'élaboration.
La Suisse se doit d'être exemplaire dans ses objectifs de lutte contre les changements climatiques pour deux raisons. D'une part, en tant que pays développé, la Suisse est largement responsable de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine. Nous devons assumer notre part. D'autre part, notre tissu économique et académique offre un terreau favorable à la recherche de solutions. Notre mix électrique largement décarboné constitue également pour nous un avantage de taille. En tant que pays particulièrement touché par la hausse des températures et les autres conséquences négatives de la crise climatique, il est essentiel que notre réponse soit forte. Nous devons montrer l'exemple et inciter les autres nations à prendre des mesures similaires, qui auront un impact positif pour toutes et tous.
Vu le réchauffement plus rapide que prévu, le bilan climatique de la Suisse devrait devenir positif au plus tard en 2040. Les émissions internes et externes doivent diminuer de moitié d'ici 2030. Cette transition doit en outre être accompagnée de mesures sociales fortes afin d'éviter une société à deux vitesses, entre ceux qui peuvent prendre le virage et ceux qui sont laissés au bord du chemin.
Pour nos glaciers, pour nos enfants, nous devons agir maintenant.