Juillard Charles · Ständerat · 2022-03-15
Juillard Charles · Ständerat · Jura · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2022-03-15
Wortprotokoll
La réalité de la guerre, avec son lot d'atrocités et de misères, nous saute à nouveau au visage. Malgré divers avertissements, nous ne nous y attendions pas et, pourtant, nous aurions pu: c'est vrai, nous ne faisons pas tous la même lecture du rapport de politique de sécurité.
L'Europe, la "vieille Europe" comme l'avait qualifiée un président américain, l'Europe connaît à nouveau la guerre après septante-cinq ans de paix, de paix relative, si l'on se souvient de ce qui s'est passé entre-temps du côté de la Tchétchénie ou des Balkans.
Après des décennies aussi de réduction des moyens militaires, notamment des moyens dits conventionnels, nous assistons à une accélération du réarmement des pays européens. L'Union européenne s'interroge à nouveau sur une défense commune et ses Etats membres, l'Allemagne en particulier, ont décidé de consacrer des sommes très importantes au renforcement de leur défense. Pendant ce temps, la Russie du dictateur Poutine, animé sans doute par l'envie de retrouver la grandeur disparue, continue ses bombardements de populations civiles en Ukraine, et son armée se rapproche dangereusement, jour après jour, des frontières de l'Union européenne et de l'Otan. Où va-t-il s'arrêter? C'est la question que tous les services de renseignement et que tous les dirigeants occidentaux se posent. Permettez-moi de vous dire qu'il n'a certainement pas pour l'instant envie d'entendre des experts en désarmement ou en protection nucléaire.
Dans ce contexte, la Suisse peut-elle rester spectatrice? Sa neutralité, dont nous avons beaucoup parlé ces derniers temps, la protège-t-elle définitivement? Doit-elle, elle aussi, renforcer ses moyens de défense et de protection de sa population? C'est un peu tout cela qui est décrié et que demande l'auteur de l'interpellation.
Rappelons d'emblée que la sécurité est un droit fondamental de chaque citoyen. Sans sécurité, pas de liberté, pas de bien-être et pas de prospérité. C'est peut-être un lieu commun, mais il est bon de le rappeler, parce que cela ne va pas de soi. [PAGE 170]
Assurer la sécurité de la population est un devoir essentiel des autorités. Il est de notre devoir de prendre les mesures suffisantes et nécessaires pour garantir cette sécurité à nos concitoyens. Nous sommes aussi élus pour cela.
Quel est l'état de préparation de notre armée pour la protection de notre population? Certes, des efforts d'information doivent encore être faits en matière de protection de la population. Des contrôles et des mises à niveau, notamment des abris de protection civile, doivent être effectués. Mais la base est là. Le Conseil fédéral a-t-il à ce sujet interpellé les cantons? Et où en est l'armée?
Nous devons veiller à lui donner les moyens de monter en puissance et de garder son niveau de préparation. Il ne faut cependant pas agir sans réflexion sur les besoins, il faut les prioriser en fonction de la nouvelle menace et en assurer la modernisation. Il faut aussi que notre population sache que non, nous n'avons pas la meilleure armée du monde, mais que ses moyens et son niveau de préparation n'ont rien à envier aux pays qui nous entourent, comme l'Allemagne et l'Autriche. Oui, il est souhaitable d'augmenter son budget dans la durée, après lui avoir fait subir des dizaines d'années de cure d'amaigrissement. Si les solutions sont relativement faciles à trouver en ce qui concerne l'armement et l'équipement, qui peuvent, s'il le faut, être achetés ou produits dès aujourd'hui, il n'en est pas de même des moyens humains à mettre à disposition: Mesdames et Messieurs, à mon avis, c'est cette urgence qu'il faut prioriser!
Comment garantir un nombre suffisant de recrues pour les compagnies et les bataillons? comment trouver le personnel spécialisé pour la cyberdéfense, pour laquelle nous venons d'autoriser la création d'un bataillon? En parallèle, oui, nous devons renforcer rapidement notre protection et notre défense aérienne par l'acquisition sans délai de nouveaux avions et de moyens de défense sol-air.
D'ailleurs, il était réjouissant de lire dans la "NZZ" les propos d'un professeur de l'Université de Lucerne, Paul Richli, selon lesquels le Conseil fédéral ne sera pas obligé d'attendre l'issue d'une éventuelle initiative pour acheter les avions dès que le Parlement lui en aura donné les moyens.
La population doit savoir que ses autorités sont prêtes à assumer leurs responsabilités. La communauté internationale doit savoir que notre pays est prêt à assumer son rôle d'Etat neutre, armé, capable de participer à la sécurité du continent, et prêt à mettre à disposition son territoire et son savoir-faire diplomatique, comme il est prêt à accueillir, le temps qu'il faut, les réfugiés de la guerre, qui sont en sécurité chez nous. Nous ne pouvons pas seulement demander à nos voisins de nous protéger; nous devons aussi apporter notre contribution.
Quand nous devons faire face à la guerre et aux crises, nous devons réunir nos forces et nos convictions, au-delà de nos sensibilités politiques respectives.
Chers collègues, par ces temps troublés et incertains, inspirons la confiance et le respect à la population de notre pays.