Marra Ada · Nationalrat · 2022-03-16
Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-03-16
Wortprotokoll
Cette guerre d'agression en Ukraine a laissé sans voix nombre d'institutions et de pays. Elle nous a forcés, les uns et les autres, à nous questionner sur qui nous sommes, ce que nous représentons, quelle vision sociétale nous avons.
Notre pays, la Suisse, n'a pas fait l'économie de ce questionnement. Les atermoiements lors de la première semaine de guerre sur la position à prendre par rapport aux sanctions économiques prises par l'Union européenne le démontrent. Le fait de s'y associer, était-ce la fin de notre neutralité? Le Parlement et le Conseil fédéral, lors du premier jour de la session, ont donné une réponse claire, le premier par une déclaration, le deuxième par des prises de position enfin claires: ce n'était pas la fin de notre neutralité et nous devions nous y associer.
Le peuple suisse a répondu présent par une très grande volonté d'accueillir les réfugiés ukrainiens. Les Suissesses et les Suisses sont prêts à ouvrir grand leur porte. Le Conseil fédéral, en la personne de Mme Keller-Sutter, a également réagi promptement et a cherché des solutions. Nous essayons d'adapter un statut jamais utilisé, le fameux statut[NB]S, aux normes européennes. Enfin, la Suisse répond présente en matière d'asile; elle est prête à accueillir des milliers de personnes. Nous veillerons quant à nous à ce que ces personnes soient accueillies dans une logique d'accueil de long terme et soient assurées tout de suite de mesures sécurisantes. Car rien de tel que des statuts branlants et un cadre non sécurisé pour rendre la vie incertaine aux exilés et leur intégration plus difficile. Nous croyons que ce sont ces mesures structurelles qui rendent l'intégration possible, indépendamment de la provenance lointaine ou non de ces personnes, indépendamment du fait qu'elles sachent utiliser les frigos - comme on a pu l'entendre.
Nous accueillons donc avec satisfaction cet élan envers les personnes ukrainiennes. Bien sûr, cet accueil met en évidence le fait que notre politique d'asile ordinaire est bien plus précarisante pour les personnes venues d'autres continents. Ainsi, il y a quelques milliers d'Afghans en Suisse au bénéfice d'un permis F provisoire, obstacle à une participation facilitée à notre société. Pourtant, les raisons qui ont fait fuir ces personnes et qui nous empêchent de les renvoyer là-bas subsisteront certainement tout aussi longtemps que durera la guerre d'agression en Ukraine. Que dire des Syriens qui ont été victimes des mêmes bombes russes mais dont l'accueil a été très parcimonieux - et c'est un euphémisme?
Vous l'aurez compris, mon propos est de me féliciter de ce nouveau virage pris en matière d'asile par la Confédération tout en disant que les conventions relatives aux réfugiés, celles de Genève, le droit international devraient être appliqués pour chaque conflit.
Le deuxième point que je souhaite soulever est le suivant. Alors que certains partis dans cet hémicycle ont éhontément utilisé cette guerre en Ukraine pour ressortir les vieux modèles guerriers et sécuritaires, notre ministre de la défense y compris, sous couvert d'ailleurs de féminisation de l'armée, nous constatons que cette vision guerrière suscite de l'incompréhension, aussi parmi le peuple russe. Des gens courageux manifestent pour la paix au péril de leur intégrité physique.
Je fais déjà partie d'une génération pour qui le langage de la guerre primitive ne fait plus aucun sens. Par contre, je crois aux manoeuvres dissuasives, comme les sanctions économiques, et à l'importance de la diplomatie.
La Suisse est dépositaire des conventions de Genève. De par son engagement pour la paix et les droits de l'homme, elle peut et doit jouer un rôle pour soutenir le dialogue entre les pays en guerre. Le Conseil fédéral doit s'engager pour que la Suisse puisse retrouver le rôle de premier plan qui fut le sien sur la scène diplomatique, pour que les droits fondamentaux et la démocratie s'imposent partout dans le monde.
Or il semble que l'action diplomatique soit laissée actuellement au président Erdogan, lui-même responsable de nombreuses et graves violations des droits de l'homme. Peut-être que le Conseil fédéral pourra nous éclairer sur sa stratégie diplomatique, car il faut toujours penser à un après-conflit et nous avons un rôle à jouer sur ce plan.