Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · 2022-05-09
Pasquier-Eichenberger Isabelle · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2022-05-09
Wortprotokoll
Lundi passé, dans cette salle, nous avons entendu les scientifiques nous alerter sur l'importance de réduire au plus vite nos émissions de gaz à effet de serre. Leur message était clair: il nous reste quelques années pour infléchir notre consommation et espérer ainsi contenir les conséquences du réchauffement à un niveau acceptable. Ils ont recommandé de viser rapidement un abandon des combustibles fossiles.
Dans ce contexte, la motion du groupe des Verts, que je représente, est modeste. Elle incite le Conseil fédéral à jouer un rôle moteur à l'échelle internationale pour introduire enfin une taxe sur le kérosène. Car il n'y a pas de raison que ce secteur ne participe pas aux coûts qu'il occasionne. Rien qu'en Suisse, il engendre des coûts externes de près de 1,5 milliard de francs chaque année. Cela permet qu'on me propose un billet d'avion au départ de Genève à destination de Barcelone pour un prix équivalent à la moitié d'un aller simple en train de Genève à Berne.
Alors pourquoi taxer le kérosène? Tout d'abord, parce que l'aviation civile est une des sources majeures d'émissions de gaz à effet de serre et l'une de celles qui se développe le plus rapidement. En Suisse, elles ont augmenté de plus de [PAGE 661] 70 pour cent depuis 1990. L'aviation propre n'est à ce stade qu'un mirage destiné à masquer la réalité: les émissions du secteur augmenteront fortement.
Ensuite, parce que la responsabilité de l'aviation dans les causes du réchauffement est souvent sous-estimée. En novembre dernier, dans son avis relatif à l'interpellation Ryser, le Conseil fédéral a confirmé que si les émissions générées par l'aviation étaient pondérées pour refléter leur impact sur le réchauffement du climat, elles seraient responsables de 27 pour cent du réchauffement. Pourtant, le kérosène reste exempté de taxes et ce secteur n'est pas soumis aux engagement pris par les Etats à Paris.
Je regrette le manque de volonté du Conseil fédéral dans ce dossier relatif à la taxation du kérosène. Dans sa réponse, il juge prometteuses les solutions techniques. Les milieux de l'aviation prétendent en effet que l'évolution de l'aviation permettra bientôt de voler "propre". Parmi ces solutions sont souvent cités les avions électriques fonctionnant à l'hydrogène ou ceux utilisant des carburants durables.
Dans le premier cas, les avions électriques ne seront pas "zéro émission" tant que le réseau électrique ne sera pas entièrement décarboné. De plus, leur rayon d'action et leur capacité limitée attestent que leur contribution à la décarbonation sera très faible.
Pour l'hydrogène, cela n'est pas envisageable pour les moyen et long-courriers avant 2050. D'ici-là, seuls seront visés les vols régionaux ou les vols courts dont on pourrait déjà aujourd'hui se passer puisqu'il existe des alternatives comme le rail ou de la route.
Finalement, le fameux e-carburant n'a d'écologique que son nom, car si les émissions de CO2 peuvent théoriquement être réduites à zéro, ils génèrent toujours d'autres polluants, des traînées de condensation et des cirrus, qui ont aujourd'hui un impact sur le climat deux fois plus important que le CO2.
Donc, la seule réelle solution pour répondre à l'urgence climatique est de prendre nos responsabilités, à l'échelle individuelle, en volant moins, et à l'échelle collective, en s'impliquant aujourd'hui pour taxer ce mode de transport polluant, et d'arrêter de rêver à un eldorado technologique qui n'existe pas.
Dans cette optique, la position du Conseil fédéral, qui souhaite ne pas prendre les devants pour porter, sur le plan mondial, une taxation du kérosène, est insatisfaisante. Nous demandons que notre gouvernement soit au contraire proactif sur cette question. Je vous remercie pour votre soutien.