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Dandrès Christian · Nationalrat · 2022-05-11

Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-05-11

Wortprotokoll

Cette motion marque le fait que le groupe socialiste, dès les premiers jours de la crise, a demandé des mesures de soutien pour les salariés, pour les petits indépendants et pour les locataires. Cette motion a été déposée dans ce contexte pour valoriser le travail et l'engagement des travailleurs, pour que la crise ne se transforme pas en une véritable catastrophe.

De ce point de vue, les soignants ont joué un rôle véritablement central. La capacité des hôpitaux, et surtout celle des soignantes et des soignants, à accueillir les malades a été la jauge en matière de mesures sanitaires. Les hôpitaux ont demandé des sacrifices tout à fait inadmissibles à ces personnes, ce que le groupe socialiste, au moment du dépôt de cette motion, ne pouvait pas anticiper. C'est pour cela que nous demandons le versement d'une indemnité de 5000 francs.

Les soignants ont dû s'exposer au danger du virus, à la violence, aussi psychologique, de la mort par centaines. Ils ont été extrêmement mal récompensés. Le Conseil fédéral les a privés de la protection minimale prévue par la loi sur le travail. Les soignants ont été contraints de travailler jusqu'à la limite [PAGE 767] de l'épuisement, bien souvent au-delà de 60 heures par semaine. Aujourd'hui, les soignants n'en peuvent plus. Presque un infirmier sur deux - 40 pour cent - quitte la profession prématurément. Un tiers d'entre eux a moins de 35 ans. La pénurie va donc menacer rapidement.

Le problème ne date pas du Covid-19. La pandémie a frappé un secteur déjà mis sous pression de très longue date. La responsabilité du système de financement hospitalier pèse très lourd. Il s'inscrit dans une logique néo-libérale qui dicte véritablement sa loi. Les hôpitaux ont un minimum de lits et fonctionnent à flux tendu. Le système repose aussi sur la mise en concurrence des hôpitaux de service public et des cliniques privées dans un rapport de concurrence faussé. Les cliniques ne font pas le même travail que les hôpitaux du service public. Elles n'ont pas la même patientèle et elles pratiquent des conditions de travail beaucoup plus basses, parfois au rabais. Les forfaits par cas sont souvent insuffisants pour que les malades chroniques et souffrants de polymorbidité puissent être pris en charge de manière convenable. Ces patients sont toujours, ou presque toujours, pris en charge par le service public. De leur côté, les cliniques privées se réservent des cas planifiables à l'avance, dans le cadre d'horaires administratifs, bien souvent, et non 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Les critères de planification hospitalière sont des instruments qui favorisent le démantèlement du service public au profit des groupes de cliniques privées, des assureurs et de leurs actionnaires.

Le coût est très élevé pour la population. Le Tribunal administratif fédéral a annulé la planification hospitalière genevoise en 2019, ce qui a entraîné des coûts de plusieurs dizaines de millions de francs pour les assurés et pour les contribuables. C'est de l'argent qui va manquer pour le financement de l'hôpital public, qui est lui contraint de garantir un service universel et des plateaux techniques complets. Le même tribunal a annulé l'année dernière la planification hospitalière neuchâteloise en considérant que le canton ne pouvait pas imposer au deuxième groupe de cliniques privées le respect d'une convention collective de travail de secteur. Dans un canton frontalier, Neuchâtel, comme Genève, c'est une véritable invitation au dumping salarial.

Il est donc temps de remettre en cause ce système qui menace la qualité des soins et les conditions de travail du personnel de la santé. Nous devons aussi évaluer les besoins en santé avec le développement des maladies chroniques et les risques de pandémie. Avec le Covid, nous avons senti le vent du boulet. Il ne sera pas toujours possible de recruter à l'étranger des soignants qui sont formés, de les user, puis, souvent, de les renvoyer lorsque l'on n'a plus besoin d'eux. Les personnes frontalières sont souvent les premières personnes qui sont licenciées en Suisse.

Pour assurer la qualité des soins, de bonnes conditions de travail pour les soignants et éviter la pénurie de logement, il faut considérer les conditions de travail comme un tout. Il faut les soumettre au contrôle démocratique et, si possible, les prévoir de manière paritaire dans des conventions collectives de travail. C'est ce que l'on pourra faire avec la mise en oeuvre de l'initiative pour les soins infirmiers, qui nous en donnera effectivement l'occasion.

Cette proposition s'inscrit évidemment dans une temporalité, mais pose des problèmes fondamentaux dont le Parlement doit absolument se saisir et apporter des solutions pour éviter qu'une nouvelle crise se reproduise, avec des conséquences majeures.