Couchepin Pascal · Bundesrat · 2002-12-10
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2002-12-10
Wortprotokoll
Depuis que la censure est introduite, il y a un nouveau style. Eh bien, je l'accepte. J'essaierai d'être bref.
Lorsque je suis au Conseil des Etats, je regarde de temps en temps la fresque qui orne cette salle et je m'évade en regardant cette image. Je constate que ça fait rêver. Mais, c'est un rêve qui est malsain, parce que c'est un rêve qui suscite un sentiment de nostalgie. Les gens qui ont l'air de vieillards ici ont peut-être quarante ou soixante ans et la nostalgie est toujours fausse.
Or, qu'ai-je entendu ce matin de la part des adversaires, de ceux qui veulent renvoyer les projets au Conseil fédéral? C'est exactement ça: de la nostalgie. Ils oublient un certain nombre de faits, ils oublient ce qu'a dit M. Schiesser, que la réalité s'est transformée au cours de ces dernières années. Il y a une ouverture des marchés, la volonté des consommateurs d'avoir un grand choix dans les magasins. On ignore l'évolution de la structure d'âge des agriculteurs, qui sont vieillissants, en partie, et qui ont une suite, mais une suite beaucoup plus restreinte. On ignore aussi que la situation actuelle n'est pas issue de la "Politique agricole 2007", mais de la situation actuelle.
Lorsque M. Schmid Carlo dit qu'en Suisse, il y a pratiquement deux distributeurs de denrées alimentaires, ce n'est pas parce qu'on a une "PA 2007", c'est parce qu'on n'a pas de "PA 2007". C'est parce qu'on a toujours lié l'importation à la vente des marchandises indigènes que ces conglomérats puissants ont pu se créer, jouer sur les deux tableaux et qu'ils essaient de maîtriseer la totalité de la chaîne de transformation. Ce n'est pas à cause de la "PA 2007", c'est par l'absence de la "PA 2007" qu'il y a eu cette concentration, qui est en train de bouger maintenant. Regardez Carrefour qui arrive, qui essaie de prendre sa place. Carrefour vient parce qu'il sait que, grâce à la libéralisation, il y a de la place supplémentaire, il y a des possibilités de faire sa place au soleil dans la distribution en Suisse.
C'est aussi de la nostalgie de croire que, comme à l'époque de la Deuxième Guerre mondiale ou de l'après-guerre, on peut trouver une solution qui satisfait tout le monde. J'ai essayé de mettre sur un papier les acteurs, et, toutes les trente secondes, j'en rajoute, un nouveau. J'ai donc essayé de mettre sur papier les acteurs, mais je n'ai pas énuméré les conflits, parce que les conflits d'objectifs existent et que le but de la politique, c'est de les résoudre, ce n'est pas de croire qu'on arrivera à une solution idéale dans laquelle on oubliera les conflits. Il y a les producteurs, non seulement les producteurs de lait, mais aussi les producteurs de viande; lorsqu'on prend une mesure en faveur des producteurs de lait, il y a des producteurs de viande qui protestent parce que les fonds à disposition sont limités. Il y a les cultures spéciales qu'on oublie régulièrement, je viens d'un pays de cultures spéciales. Il y a les grandes cultures qui sont importantes aussi. Il y a les paysans de montagne qui n'ont pas toujours les mêmes intérêts que les paysans des collines et les paysans de plaine. Et à côté des producteurs, il y a les transformateurs.
Quant à Swiss Dairy Food, ce n'est pas une surprise, Monsieur Schmid Carlo! Nous avions déjà eu une première intervention en septembre 2000 auprès de Swiss Dairy Food en disant: "Nous devrions travailler ensemble parce que nous savons que vous ne pourrez pas survivre." A l'époque, on nous a dit: "Disparaissez, nous sommes assez forts." 2001 a été une bonne année laitière, ils ont cru être sauvés, et après ils ont constaté que nos prévisions étaient justes.
Il y a donc les transformateurs et il y a le marché, le marché national et le marché international puisque les marchés sont ouverts. Il y a la politique, la politique nationale et internationale. Vous ne pouvez pas faire une politique qui n'est pas conforme à l'OMC et croire qu'à l'échelle mondiale, on va tenir compte de toutes les volontés de la Suisse. La Suisse est un cas exceptionnel dans la politique mondiale, et je m'en réjouis parce que cela nous permet de maintenir une population paysanne forte, mais c'est quand même un cas exceptionnel. Chaque fois que je regarde les statistiques concernant l'aide à l'agriculture dans le monde, il y a pour la Suisse une barre, puis une interruption, puis de nouveau une barre parce qu'on fait sauter les échelles de subsides par rapport aux autres pays. C'est exceptionnel. Nous ne pouvons réussir que si nous réussissons à nous joindre à une coalition. Jusqu'ici, nous avons réussi à le faire mais ne nous poussez pas dans les extrêmes qui rendent la formation d'une coalition impossible, ce qui rend la Suisse à ce moment-là insignifiante dans la négociation internationale.
Personne n'a proposé une solution alternative qui réussit je ne dis pas mieux mais au moins aussi bien que celle-ci à concilier des intérêts contradictoires. 40 propositions sont faites, 38 sont acceptées, 2 sont contestées. Comme l'a dit M. Schiesser, comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est digital: vous ne voulez pas le changement de système dans le secteur laitier, eh bien, ne faites pas le changement! Je me défendrai et je défendrai l'idée que le système est déjà en mouvement et qu'il faut aller jusqu'au bout. Vous ne voulez pas le changement dans le secteur de la viande, eh bien, dites non! Mais ne croyez pas qu'en renvoyant le paquet au Conseil fédéral, vous trouvez une troisième solution qui permettra de satisfaire à la fois ceux qui veulent le changement et ceux qui ne le veulent pas.
Il y a un argument qui me paraît extraordinaire, et ce sera l'avant-dernier point de mon exposé. On nous dit: "L'Union européenne avance moins vite que nous." Nous, nous voulons plus de souplesse par rapport à elle et parfois, des gens qui sont fondamentalement, ce sont là toutes leurs aspirations, contre l'Union européenne disent: "N'allez pas plus vite qu'elle." L'avantage d'un petit pays comme le nôtre - il y a aussi des désavantages -, c'est justement d'utiliser la souplesse, d'être des voltigeurs sur le champ de bataille, et pas des tanks lourdement armés qui ne se déplacent qu'au prix d'immenses manoeuvres dessinées à la centrale. Précisément les gens qui sont contre - vous Messieurs, qui êtes contre l'Union européenne - disent: "Attention, ne faisons pas quelque chose que ne fait pas l'Union européenne. Privons la Suisse de son avantage d'être hors de l'Union européenne!" Il y a des désavantages et on n'en parle pas aujourd'hui. L'avantage, c'est d'être capable de souplesse. Privons la Suisse et l'agriculture suisse de la souplesse, adaptons-la à l'Union européenne de telle sorte qu'on n'ait aucun avantage dans le statu quo et dans l'existence en dehors de l'Union européenne.
Vous avez adopté la loi urgente et vous aviez raison parce que vous saviez qu'il n'y avait pas d'autre solution que celle d'avancer.
Ne pas entrer en matière ou renvoyer le paquet au Conseil fédéral, c'est une solution totalement illusoire, qui fleure la nostalgie, qui bloque la capacité d'adaptation de la Suisse, [PAGE 1207] qui n'apporte rien d'autre aux paysans que plusieurs années d'incertitudes et de conflits. Imaginez quelle sera la situation au cours de l'année prochaine ou immédiatement après les élections si de nouvelles crises arrivent et si on dit aux paysans: "Ecoutez, on a de l'argent. On le distribue comme on l'a fait par le passé. La situation a changé, mais nous, nous n'avons rien fait en politique pour essayer de nous adapter; nous n'avons pas eu le courage de regarder l'avenir. Nous avons sombré dans la nostalgie."
Votez!