Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2022-06-01
Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-06-01
Wortprotokoll
Il est maintenant connu que la population suisse a une consommation de sucre nettement supérieure aux normes recommandées par l'OMS. La majeure partie des sucres ajoutés consommés provient des sucreries et des boissons sucrées. Pour mémoire, l'OMS recommande de limiter la consommation à 50 grammes de sucre pour un apport de 2000 kilocalories par jour.
En se basant sur les chiffres de l'Union suisse des paysans, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a estimé la consommation de sucre en [PAGE 871] Suisse à environ 100 grammes par personne et par jour, soit évidemment beaucoup plus que les valeurs préconisées par l'OMS. Or, 42 pour cent de la population suisse est en surpoids ou obèse, à savoir 51 pour cent des hommes et 33 pour cent des femmes. A cela s'ajoute le risque de développer du diabète, de l'hypertension artérielle, des problèmes cardiovasculaires, des cancers, etc. Ces maladies chroniques sont classées dans les maladies non transmissibles qui affectent plus 2,2 millions de personnes et ont un coût extrêmement élevé pour la société.
Une récente étude épidémiologique genevoise émanant d'une équipe de la Faculté de médecine et des autorités sanitaires a pu établir le lien entre les personnes ayant un indice de masse corporelle élevé, leur lieu de résidence et une consommation importante de boissons sucrées.
L'enquête nationale sur l'alimentation menu CH a démontré que près de 40 pour cent des sucres ajoutés dans notre alimentation proviennent des boissons. L'OSAV a donc commandé un état des lieux, et ce rapport est le premier à offrir une vue d'ensemble aussi complète du marché suisse des boissons. Il doit ainsi aider l'office à définir des objectifs de réduction des sucres et à choisir des catégories de boissons pertinentes.
A titre d'exemple, est-il normal qu'un demi-litre d'un soda à base d'orange d'une marque bien connue contienne 23 grammes de sucre au Royaume-Uni, 32 grammes en France, 45 grammes en Allemagne et 51 grammes en Suisse? Comment explique-t-on de telles différences? Cela reflète bien le laxisme qui existe dans notre pays et, aussi, la pression exercée par le lobby de l'industrie qui nie le lien entre problèmes de santé et excès de sucre.
En collaboration avec les producteurs, l'OSAV s'engage, depuis un certain nombre d'années, soit depuis l'Exposition universelle de Milan, pour une réduction des sucres dans les denrées alimentaires, dans le cadre de la Déclaration de Milan. Cette initiative est louable, mais ses résultats sont relativement peu probants. Cela prend du temps, l'industrie le fait à son rythme, et ce n'est donc pas très concluant. De plus, elle ne concerne que certains produits comme les yogourts et les céréales pour le petit déjeuner, qui concernent plutôt les enfants, ce qui est clairement insuffisant.
Pour combattre ce phénomène, l'OMS recommande non seulement des campagnes de sensibilisation, mais aussi l'introduction de taxes ciblées. Il ne s'agit pas de remplir les caisses de l'Etat, mais de proposer des mesures qui ont fait leurs preuves. A titre d'exemple, au Royaume-Uni, les autorités ont annoncé une taxe sur les boissons sucrées et ont donné deux ans à l'industrie pour s'adapter. En effet, depuis lors, plusieurs sociétés ont modifié leurs recettes en diminuant la teneur en sucre de ces boissons afin d'échapper à la taxe. Cela montre bien qu'une telle taxe n'avait pas un but punitif mais plutôt préventif, ce qui est positif aussi pour la population.
D'autres pays aussi différents que la France, le Portugal, la Hongrie, etc., ont aussi introduit des taxes sur les boissons sucrées, mais avec des modèles différents.
Par mon postulat, je ne demande pas d'introduire une taxe sur les boissons sucrées dans l'immédiat. Je demande d'analyser les modèles de différents pays afin de voir si l'un d'eux pourrait être applicable à la Suisse. Dans ce sens, la réponse du Conseil fédéral n'est pas du tout satisfaisante, vu la gravité de la situation.
Pour conclure, la Fédération romande des consommateurs vient de publier avec ses homologues alémanique et tessinoise une nouvelle enquête accablante sur cette question et a déclaré: "L'industrie agroalimentaire compromet la santé des plus jeunes consommateurs."
Cette constatation ne concerne pas seulement l'excès de sucre dans un grand nombre d'aliments, mais aussi le marketing insidieux qui cible les enfants: selon cette enquête, 94 pour cent des aliments qui ciblent les enfants sont trop sucrés, trop salés ou trop gras.
Je vous invite donc à soutenir ce postulat qui permettra de poursuivre la discussion, d'évaluer des solutions réalistes et de mener ainsi une politique un peu plus visionnaire, car l'inaction n'est pas une option!