Roduit Benjamin · Nationalrat · 2022-09-20
Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2022-09-20
Wortprotokoll
A nouveau une initiative! A nouveau un contre-projet en discussion! Sans minimiser les thématiques, on peut se poser la question de la pertinence d'élaborer des contre-projets à chaque initiative lancée.
Mais venons-en à la biodiversité. Je déclare mes intérêts comme président de l'association suisse pour la petite hydraulique, qui promeut une énergie renouvelable, propre, indigène, flexible et qui respecte la biodiversité. En effet, la problématique du déclin de la biodiversité est un sujet extrêmement important et je partage les préoccupations des milieux environnementaux. Cependant, si on peut les remercier d'avoir oeuvré ces dernières années à sensibiliser la population aux dangers tant du point de vue climatique que de la biodiversité, il faut quand même convenir que la prise de conscience se fait dans nos exploitations et que de nombreuses mesures ont depuis été déployées.
Or, au lieu de passer à une phase constructive de recherche de solutions, on nous force à la précipitation en ajoutant à l'urgence climatique celle de la biodiversité. Le problème est que l'inertie de la nature ralentit les effets attendus et nous oblige, on peut le dire, à laisser du temps au temps. Les activités humaines, l'urbanisation et les infrastructures ont certes eu des effets quasi irréversibles que nous devons tenter d'atténuer, mais il s'agit aussi de veiller à concilier les objectifs en termes de biodiversité avec les autres activités et missions portant sur notre territoire. Cela s'appelle du développement durable. Vous connaissez tous les fameux trois piliers: économie - social - environnement. Or, chaque fois qu'on décrète qu'il y a urgence, on oublie de se référer à cet équilibre si difficile à préserver.
Ainsi, dans leur objectif premier visant à protéger davantage de surfaces, tant l'initiative que le contre-projet entrent en conflit avec des activités humaines pourtant indispensables au développement durable de certaines régions. Je prendrai pour exemple deux domaines qui me tiennent à coeur.
Tout d'abord, celui de la transition énergétique: on le voit avec les débats animés de cette session, il s'agit de s'entendre sur des mesures visant à développer fortement les énergies renouvelables. Or, que fait-on? On se heurte à des blocages et des tabous concernant les biotopes d'importance nationale ou les débits résiduels; tout cela au nom de la biodiversité.
Certains parlementaires dans cette salle, estimant même qu'il faut une "fluidité écologique" sur tous les cours d'eau, [PAGE 1544] condamnent par là même les centrales au fil de l'eau. Or, ils oublient qu'une bonne partie de l'énergie dont nous avons besoin en hiver vient justement des cours d'eau.
Passons maintenant au domaine agricole: l'initiative n'est pas claire quant à l'ampleur des surfaces à protéger, et le contre-projet ne tient pas compte de toutes les surfaces déjà consacrées à la biodiversité. Dès lors, il n'est pas acceptable que les conséquences d'une pression accrue sur le territoire se fassent sentir essentiellement sur les surfaces agricoles, destinées, faut-il le rappeler, à sécuriser notre approvisionnement. Car c'est bien ce qui risque de se produire avec ce contre-projet très mal ficelé: la non-prise en compte, dans l'objectif de 17 pour cent d'aires centrales, des surfaces d'estivage - pourtant riches en espèces - et de l'entier des surfaces de promotion de la biodiversité - ce sont quand même 80[NB]000 hectares - représente un "no-go". Pourtant, on sait combien ces surfaces sont précieuses et combien leur entretien est soutenu au travers de la politique agricole.
Par ailleurs, vouloir figer les surfaces au niveau de l'aménagement du territoire et des plans directeurs en transférant les compétences à la Confédération se révèlerait totalement disproportionné et inadapté. On pense notamment à la détermination des aires centrales et des aires de mise en réseau, qui constituent l'infrastructure écologique. Imaginez la situation: une rotation de cultures ou un changement d'emplacement d'une surface de promotion de la biodiversité nécessiterait une modification du plan directeur, c'est-à-dire un monstre bureaucratique soumis à des procédures interminables de recours. Sans remettre en question leur étendue actuelle, une mobilité de ces surfaces est essentielle, et il s'agit de la maintenir.
Enfin, les crises qui se sont succédé depuis le Covid-19 doivent nous rappeler les impératifs de l'approvisionnement alimentaire de notre pays. Or, la production durable - j'insiste sur ce point - de denrées alimentaires doit rester l'objectif principal des terres agricoles et en particulier des surfaces d'assolement. En visant des objectifs autres et démesurés, on fait fausse route. Un paysan est chargé avant tout de produire.
Pour toutes ces raisons, et en poursuivant les efforts entrepris jusqu'à présent, je vous invite à recommander le rejet l'initiative et à ne pas entrer en matière sur le contre-projet indirect.