Hurni Baptiste · Nationalrat · 2022-09-20
Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-09-20
Wortprotokoll
60 pour cent des espèces d'insectes sont menacées en Suisse et la biomasse d'insectes a baissé de 75 pour cent en une trentaine d'années. Ces chiffres donnent le vertige. Selon l'OCDE, en Suisse, les espèces animales et végétales sont plus menacées que dans les autres pays occidentaux, notamment parce que nous n'avons pas suffisamment de surfaces protégées et parce qu'elles sont mal reliées entre elles.
Ce n'est pas tout. Notre alimentation aussi est assurée en grande partie par les insectes qui pollinisent les plantes et disséminent les graines. On estime que 30 pour cent de la production agricole mondiale dépend d'un animal pour la pollinisation. En outre, la biodiversité est aussi une sorte de réservoir d'espèces et de gènes, qui assure la reproduction durable des espèces et, donc, notre sécurité alimentaire. Il ne peut y avoir de production agricole et donc de sécurité alimentaire sans biodiversité. C'est aussi ce que confirme le Conseil fédéral dans ses réponses à plusieurs interventions.
Cette nécessité peut être illustrée par l'exemple concret suivant: nous savons tous que les insectes pollinisateurs jouent un rôle essentiel pour l'agriculture et donc pour notre sécurité alimentaire. Pour cela, nous n'avons pas seulement besoin d'une espèce d'abeille, mais d'une vaste diversité de pollinisateurs différents. Il faut des espèces qui volent lorsque les températures sont fraîches et des espèces qui supportent bien la chaleur, des espèces qui résistent aux différents agents pathogènes, des espèces à qui un printemps pluvieux ne fait rien et d'autres auxquelles la sécheresse ne pose pas de problème, des espèces qui traversent aisément un hiver rude et d'autres qui supportent un hiver doux. Une année ce seront telles espèces qui seront plus efficaces, une autre ce seront d'autres espèces qui auront plus d'impact. Moins il y a d'espèces différentes, plus il est probable que la récolte soit mauvaise, voire qu'il n'y ait pas de récolte du tout. L'infrastructure écologique sert précisément à préserver ces services écosystémiques.
Enfin, la biodiversité est aussi un réservoir pour nos futurs médicaments. Aujourd'hui, déjà, plus de la moitié de tous les médicaments sont tirés directement ou indirectement de substances produites par des plantes, des champignons ou des bactéries. Le potentiel pour de nouvelles découvertes est encore immense, car de nombreuses plantes n'ont pas encore fait l'objet de recherches. Or, la crise de la biodiversité, qui est bien réelle, nous fait perdre de très nombreuses opportunités futures en regard du développement de médicaments.
En définitive, même si l'on se fondait sur le seul intérêt pécuniaire, il faudrait aussi agir. Si nous ne faisons rien et que nous continuons à appauvrir la biodiversité en Suisse, cela aura des coûts financiers très élevés, estimés par une étude à quelque 25 milliards de francs par an.
L'heure n'est plus à se demander, comme certains, si la crise de la biodiversité existe, mais bien comment la résoudre. L'initiative apporte une partie de la réponse, le contre-projet, bien que moins incisif, aussi. Nous devons les soutenir et l'un et l'autre avant qu'il ne soit trop tard.