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Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · 2022-09-21

Thorens Goumaz Adèle · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-09-21

Wortprotokoll

Je pourrais répéter une bonne partie de ce que j'ai dit tout à l'heure concernant la motion de notre collègue Gapany.

La mise en place de surfaces de promotion de la biodiversité, c'est aussi une mesure qui a été discutée dans le cadre de nos débats sur les deux initiatives populaires contre les pesticides. C'est aussi une mesure qui est liée à l'initiative parlementaire 19.475, qui montrait à la population, aux citoyennes et aux citoyens, notre préoccupation pour la protection de la biodiversité. C'est une mesure qui est extrêmement importante. [PAGE 822]

Encore une fois, pour ces objets comme pour la motion Gapany, je vous demande de ne pas revenir sur des engagements que nous avons pris au sein de ce Parlement.

Cette mesure de mise en place de surfaces de promotion de la biodiversité a déjà été reportée à 2024 par le Conseil fédéral. C'est un report qui est compréhensible; il est justifié parce qu'on a eu beaucoup d'inquiétudes lors de l'éclatement de la guerre en Ukraine, qui a occasionné de fortes tensions sur les marchés internationaux en matière d'approvisionnement alimentaire. Le Conseil fédéral a été prudent, il a pris le temps, en décalant d'une année cette mesure, de voir comment la situation évoluait et si on était vraiment face à un risque aigu de pénurie alimentaire.

Aujourd'hui, on voit que la situation se normalise. Peut-être que Monsieur le conseiller fédéral pourra donner encore des informations de première main sur la situation de l'approvisionnement alimentaire sur le plan suisse et sur le plan mondial. Dans tous les cas, je crois que la situation, aujourd'hui, ne justifie plus de renoncer à ces surfaces de promotion de la biodiversité.

Tout d'abord, ces surfaces ne sont pas complètement abandonnées puisqu'on fait appel à de nouvelles techniques de culture, par exemple les cultures de céréales en lignes de semis espacées. La moitié des surfaces de promotion de la biodiversité peuvent être utilisées de cette manière-là. Cela veut dire qu'on plante quand même quelque chose; ces surfaces ne sont pas abandonnées, elles sont au contraire utilisées pour des cultures qui sont rentables - cela a été démontré scientifiquement: ces nouvelles techniques permettent des cultures qui sont rentables. Ce sont des cultures dont le rendement est seulement très légèrement inférieur aux cultures usuelles. L'autre moitié de ces surfaces, cela représente des terres qui ne sont pas les terres les plus fertiles; évidemment qu'on va consacrer les terres les plus fertiles à ces nouvelles méthodes de culture.

Ensuite, j'aimerais vous dire que, quand on parle de sécurité de l'approvisionnement alimentaire, il ne faut pas oublier que si nous ne maintenons pas un minimum de fertilité des sols et si nous ne protégeons pas la biodiversité, en particulier les pollinisateurs, nous allons nous retrouver face à des problèmes d'approvisionnement alimentaire, qui sont inimaginables aujourd'hui. Nous détruisons actuellement la capacité productive de nos sols et portons atteinte à la population des pollinisateurs qui sont indispensables pour la production alimentaire. A moyen et à long terme, si nous ne préservons pas la biodiversité, nous allons avoir affaire à des pénuries alimentaires encore bien plus graves que tout ce qu'on peut imaginer aujourd'hui. Je vous engage vraiment à penser sur le long terme et à ne pas remettre en cause, en raison des tensions qui nous concernent aujourd'hui de manière ponctuelle, des politiques qui sont là pour assurer précisément la sécurité de notre approvisionnement alimentaire sur le long terme.

J'aimerais encore dire que si on veut assurer la sécurité de notre approvisionnement alimentaire de manière efficace tout en maintenant la capacité productive de notre agriculture sur le long terme, il y a d'autres possibilités que de renoncer à la protection de la biodiversité. Pour mémoire, un tiers de ce que nous produisons dans le domaine agricole finit aujourd'hui à la poubelle tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire. C'est là qu'il faut prendre des mesures, et d'ailleurs on commence enfin à le faire au niveau de la Confédération, des cantons et des communes. Il y a donc, dans ce domaine, un potentiel d'un tiers d'aliments qui sont déjà produits et qu'on pourrait tout simplement consommer plutôt que de les jeter et de les gaspiller. C'est là qu'il faut agir, c'est là qu'on est efficace et, dans ce domaine, on ne porte pas atteinte à notre capacité d'approvisionnement sur le long terme.

Enfin, un autre point important: si nous voulons renforcer la sécurité de notre approvisionnement, et aussi notre indépendance par rapport aux importations, il faut consacrer beaucoup plus de terres agricoles à la nourriture humaine plutôt qu'à l'élevage, c'est-à-dire qu'il faut nourrir les êtres humains plutôt que nourrir des animaux que nous consommons par la suite. Je sais que c'est un sujet difficile à affronter, cela ne va pas se faire tout seul. Les agriculteurs ne sont pas les seuls responsables ni le seul levier à actionner dans ce domaine. Il s'agit aussi de décisions de consommation que nous avons toutes et tous à prendre, mais c'est là aussi que se trouve actuellement le plus grand levier - ce n'est pas que moi qui le dis, c'est aussi le Conseil fédéral - pour renforcer notre[NB]sécurité alimentaire et notre indépendance face aux importations.

Je vous engage donc à rejeter ces motions pour assurer, sur le long terme, la sécurité de notre approvisionnement, pour tenir les engagements que nous avons pris au sein de ce Parlement dans le cadre d'un débat populaire encore tout récent et, tout simplement, pour préserver notre biodiversité, qui est un bien inestimable.