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Porchet Léonore · Nationalrat · 2022-09-29

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2022-09-29

Wortprotokoll

La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national a abordé la question de la santé des femmes. Il y avait un paquet, constitué de la présente motion et de la motion 22.3869, que votre conseil a adoptée mardi matin. Cette motion demandait que les maladies touchant particulièrement les femmes soient mieux prises en compte dans [PAGE 1833] la pratique médicale, alors que celle que nous traitons ce jour touche plus spécifiquement la recherche. C'est donc parce que les domaines qu'elles touchent ne concernent pas les mêmes départements qu'elles n'ont pas été traitées en même temps.

Si vous avez soutenu la motion 22.3869, je vous encourage fortement à soutenir celle-ci - parce qu'elles sont liées. Comment espérer mieux traiter les maladies touchant spécifiquement les femmes dans la pratique si l'on n'encourage pas le soutien à la recherche pour améliorer la prise en charge et les connaissances?

La médecine de genre, qui est une partie du titre de cette motion, est un terme technique qui concerne les soins médicaux adaptés aux femmes, les effets structurels et culturels dans le domaine du genre. Dans le cas présent, il s'agit avant tout de soins médicaux adaptés aux femmes. En effet, le sexe a des répercussions sur la prévalence, les symptômes, l'évolution, le traitement et le diagnostic des maladies: des facteurs biologiques, tels que les hormones sexuelles et la manifestation des gènes, ainsi que les comportements liés au genre, parce qu'influencés par la culture et la société, y contribuent. Mais il manque une prise en compte de ces facteurs dans le domaine de la recherche et dans la pratique clinique en Suisse. Cela entraîne donc une augmentation des risques de mauvais traitement et de faux diagnostic. Je citerai trois exemples.

L'exemple le plus connu est celui de l'infarctus. Les symptômes de l'infarctus chez les hommes et les symptômes de l'infarctus chez les femmes sont très différents. Ceux des femmes sont moins connus; ainsi, plus de femmes meurent d'infarctus que d'hommes.

Deuxième exemple: l'endométriose, qui a été mentionnée par Mme Mettler. Dix pour cent des femmes sont touchées, mais la durée moyenne des diagnostics est de dix ans. C'est bien parce que l'on connaît très peu de choses, voire rien, sur l'endométriose.

Troisième exemple récent: la question de la posologie. La quantité de principes actifs dans les vaccins contre le Covid-19 n'a pas été suffisamment testée sur les femmes. Cela a eu des conséquences, qui sont d'ailleurs encore assez peu documentées, notamment sur le cycle menstruel des femmes. En conséquence, plus de femmes ont renoncé à être vaccinées contre le Covid-19.

En outre, il faut rappeler que les compétences en santé sont partagées - vous le savez mieux que moi - entre la Confédération et les cantons. Il y a donc une nécessité de solliciter les autres acteurs du système de santé et de la recherche pour améliorer l'état de fait que je viens de vous décrire.

La motion demande que le Conseil fédéral encourage la recherche en médecine intégrant une approche de genre, notamment pour la santé des femmes. Les mesures qui sont proposées sont premièrement le lancement d'un programme national de recherche dédié à la médecine intégrant une approche de genre; deuxièmement, la prise en considération du critère du genre comme condition d'octroi de contributions financières par le Fonds national suisse (FNS), comme c'est le cas actuellement déjà dans de très nombreux pays qui sont à la pointe de la recherche - évidemment je pense aux Etats-Unis, mais pas uniquement; et, troisièmement, l'augmentation sensible des recherches dédiées aux problèmes et maladies qui touchent spécifiquement ou surtout les femmes.

Le manque de connaissances sur certaines maladies touchant les femmes entraîne beaucoup de souffrances et des coûts inutiles avant la pose d'un diagnostic, quand le diagnostic a lieu. Il faut rappeler que la prise en charge médicale des femmes devrait être une tâche sociale pour que cela se passe aussi bien que pour tout le reste de la population, tâche à laquelle tous devraient se sentir obligés. Il est prouvé que cette prise en charge est insuffisante actuellement et que de nombreux tableaux cliniques concernant spécifiquement les femmes sont trop peu étudiés, peu connus des praticiens, ce qui a pour conséquence que ces symptômes spécifiques ne sont pas reconnus lorsque les femmes concernées se font soigner: cela entraîne des risques pour la santé et des coûts pour le système de santé.

Une partie de la commission considère que cette motion n'est pas nécessaire. Une minorité propose de rejeter les lettres a et c du texte de la motion, car elle considère que les femmes ne souffrent pas d'un manque de soins et que les problèmes sont trop souvent dus à un manque de maîtrise de notre langue, par exemple. Selon elle, il ne serait pas prouvé qu'il existe des discriminations dans le domaine de la santé pour les maladies féminines. La commission a pu constater que tel n'était pas le cas et qu'il existe bien des preuves qu'il y a des discriminations dans le domaine de la santé pour les femmes. Mais voilà l'argumentaire de cette minorité.

Une autre minorité propose quant à elle de rejeter la lettre b du texte de la motion, qui exige une prise en considération du critère du genre comme condition d'octroi de contributions financières par le FNS. Cette minorité considère que l'on ne devrait pas imposer de restrictions au FNS.

Je terminerai en déclarant mes intérêts: j'étais présidente de la commission consacrée à la médecine de genre lors de la Session des femmes, qui a transmis à notre commission une pétition sur laquelle s'est basée cette discussion. La pétition allait beaucoup plus loin et nous avons décidé de la réduire.