Hurni Baptiste · Nationalrat · 2022-12-14
Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-12-14
Wortprotokoll
Nous sommes déjà nombreux à l'avoir dit, mais il n'est pas inutile de le répéter: la situation sociale des personnes émargeant à l'AVS est préoccupante. Le nombre important de retraités n'ayant que l'AVS pour vivre est une réalité. Pour ces gens-là, la situation est toujours plus difficile, pour ne pas dire invivable. Certes, on me rétorquera qu'il existe les prestations complémentaires. Mais considérer que les prestations complémentaires sont la réponse de notre pays à la misère de celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie pour construire la Suisse est choquant.
Choquant d'abord, car c'est accepter l'idée que l'on peut exercer une activité professionnelle toute sa vie et ne pas avoir les moyens de vivre décemment à la retraite. Choquant aussi, car le système des trois piliers n'était pas conçu ainsi à l'origine. Le premier pilier, social, devait permettre de vivre et non de survivre à la retraite; le deuxième, de maintenir son niveau de vie, et le troisième, pour les personnes les plus aisées, de s'assurer une retraite agréable. Aujourd'hui, le système a [PAGE 2348] glissé puisque l'on ne vit plus mais on survit si l'on n'a que l'AVS. Nous avons donc petit à petit trahi l'esprit même de nos assurances sociales.
L'initiative qui nous est proposée permet de corriger cela en partie. Elle permet de redonner du pouvoir d'achat et des moyens aux retraités. Sans être révolutionnaire, elle assure un treizième, comme on le dit dans le monde du travail, ce qui soulagera grandement les retraitées et les retraités. Alors oui, cette mesure a un coût, insoutenable nous dit la majorité. Mais pourquoi, dans ce pays et dans cet hémicycle, a-t-on toujours l'impression qu'un franc n'a pas la même valeur en fonction de là où il est dépensé?
Pourquoi, lorsqu'il s'agit d'offrir on ne sait pas exactement combien à des armateurs pour la taxe au tonnage; pourquoi, lorsqu'on veut supprimer le droit de timbre ou encore l'impôt anticipé sur les rendements obligataires; pourquoi, lorsque l'on veut augmenter massivement le budget de l'armée, c'est supportable, c'est bien investi et c'est sage? Et, quand on demande simplement que celles et ceux qui ont construit ce pays reçoivent une retraite décente, alors c'est toujours trop cher, impayable et irréaliste. La soi-disant attractivité économique de notre pays mérite-t-elle véritablement plus que de traiter celles et ceux qui ont créé cette attractivité, à savoir les travailleuses et travailleurs, avec dignité? Nous le savons, la situation économique actuelle aura des répercussions très importantes sur nos retraités. Les primes LAMal augmentent et les décomptes de frais accessoires des locataires vont exploser l'été prochain. Ces coûts sont déjà difficiles à supporter pour les travailleuses et les travailleurs, mais, au moins, ils peuvent exiger - et parfois obtenir -, des augmentations de salaires. Les retraités, quant à eux, n'ont aucun moyen d'augmenter leurs revenus, si ce n'est un mécanisme d'indexation[NB]qui,[NB]on[NB]le[NB]sait, ne permet pas de répondre à l'urgence sociale.
Oui, cette initiative a un coût. Mais il est temps d'enfin considérer que la cohésion sociale et les conditions de vie de nos aînés méritent largement cet investissement. Il en va de la reconnaissance intergénérationnelle, de la solidarité, et simplement de la décence que nous leur devons.
Je vous remercie de suivre la minorité et, donc, de recommander l'acceptation de l'initiative.