Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · 2022-12-14
Prezioso Batou Stefania · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2022-12-14
Wortprotokoll
L'AVS est le fleuron de nos assurances sociales. C'était l'objectif de la grève générale de 1918 avant d'être adoptée en votation populaire, 29 ans plus tard, par 80 pour cent de oui, avec une participation de 80 pour cent.
Elle est fondée sur la solidarité entre générations. Elle a contribué à faire reculer la pauvreté des personnes âgées et à faire chuter massivement - quoi donc? - leur taux de suicide. De 1947 à 1950, ce taux a reculé en moyenne de 20 pour cent, surtout grâce aux classes d'âge les plus élevées. Car, par peur de tomber à la charge de leur famille, les [PAGE 2363] hommes et les femmes de ce pays préféraient se donner la mort.
L'AVS, c'est donc la plus grande oeuvre sociale de ce pays, comme l'a défini un conseiller fédéral, une conquête politique qui a dû passer par deux guerres mondiales pour s'imposer comme une évidence et qui en fait la conquête politique la plus importante de notre pays; on pourrait même dire l'événement de politique intérieure le plus important du XXe siècle.
Alors, pourquoi? Parce que l'AVS est fondée sur la répartition, soit la solidarité entre générations, entre femmes et hommes et entre les différents niveaux de revenu. Solidaire, l'AVS est aussi très efficace. Durant les cinquante dernières années, elle a absorbé toujours la même part du produit intérieur brut, alors que le nombre de pensionnés a plus que doublé et que l'espérance de vie de la population a crû fortement.
La Constitution fédérale prévoit qu'elle couvre les besoins vitaux de manière appropriée. Ce premier pilier est essentiellement financé par les cotisations des assurés au prorata de leur revenu et, lorsqu'ils sont salariés, par les cotisations paritaires de leur employeur; j'y reviendrai.
Le deuxième pilier, capitalisé individuellement par les assurés, est tributaire des rendements à long terme sur les marchés, qui ne cessent d'être révisés à la baisse, provoquant une érosion continue des rentes. Le deuxième pilier n'a aucun caractère redistributif, si bien qu'il maintient les inégalités sociales et discrimine, en premier lieu, fortement les femmes. Ainsi, l'écart des rentes AVS touchées par les femmes et les hommes est actuellement de 2,7 pour cent, il est de 63 pour cent pour le deuxième pilier; une véritable escroquerie!
La précarité, on le sait, on l'a dit toute la matinée, menace toujours plus les personnes âgées, les personnes à la retraite, et en particulier les femmes, qui vivent très difficilement leur retraite. Elles sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à souffrir de la pauvreté. Les raisons, on le sait, sont à chercher dans des formations professionnelles et des positions sociales souvent inférieures, ou alors dans des fractures biographiques ou simplement dans le travail du "care", qu'elles assument gratuitement. Beaucoup d'entre elles ne vont plus chez le médecin ni chez le dentiste, s'enferment dans la solitude après avoir travaillé une vie pour des salaires précaires, alors que les rentes ne couvrent même plus le strict minimum.
On nous a dit que cette initiative coûtait trop cher. Mais de l'argent, il y en a, on le sait toutes et tous dans cette enceinte. Et on n'a même pas besoin d'en arriver à une solution qui pourrait faire craindre le pire aux bancs de la droite, c'est-à-dire par exemple de taxer plus fortement les riches. On n'a même pas besoin d'en arriver à une solution comme celle-là. Pourquoi? Parce que depuis la huitième révision de l'AVS en 1975, il y a près de 50 ans, et en dépit du vieillissement de la population, le taux de cotisation sur les salaires n'a pratiquement pas changé. L'augmentation des cotisations paritaires serait donc une bonne solution pour financer cette réforme, surtout que la Suisse connaît aujourd'hui des charges sociales extrêmement réduites en comparaison internationale - on l'a dit, il est bon de le répéter.
L'AVS est le système le plus sûr et le plus solidaire de ce pays. L'AVS, c'est le système qu'il faut renforcer.
Cette initiative ne propose rien qui ne soit impossible ni excessif, contrairement à ce que nous avons entendu ce matin, ni populiste. Elle est au contraire tout à fait raisonnable, tout à fait finançable. Si on en venait aujourd'hui à recommander le rejet de cette initiative, on ne pourrait lier ce refus qu'à un refus de type idéologique et dogmatique, qui veut faire payer aux plus pauvres, et en particulier aux femmes.
Je vous propose de soutenir cette initiative.