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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2023-05-04

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-05-04

Wortprotokoll

L'histoire du dépôt de munitions de Mitholz peut s'apparenter à une longue saga et l'on peut légitimement se poser des questions sur la pertinence des décisions successives, prises au fil du temps, sur la dangerosité de ce site, qui recèlerait toujours jusqu'à 3500 tonnes brutes de munitions. Après l'explosion meurtrière de 1947, les évaluations des risques effectuées en 1949 et en 1986 ont conclu que, si de nouvelles petites explosions ne pouvaient être exclues, les répercussions se limiteraient surtout à la zone de la galerie ferroviaire ensevelie. Donc, à côté, dès 1987, on a installé un lieu de production et de réserve de la Pharmacie de l'armée, ainsi que des cantonnements de la troupe: on croit rêver! A y repenser, tout cela s'apparente un peu à de la science-fiction. On a l'impression que personne, à l'époque, ne connaissait le terme de "principe de précaution".

En 2018, alors que l'on envisage d'installer dans le site un centre de calcul de l'armée, une nouvelle évaluation des [PAGE 863] risques est réalisée, avec, cette fois, des conclusions qui parlent de risques majeurs en matière de probabilité et d'ampleur, non seulement pour le site même, mais également pour la population du village de Mitholz et les voies de communication de la vallée. On s'intéresse enfin de près au risque de pollution hydrologique.

La population est avertie, la panique s'installe - probablement à juste titre. Un projet de très grande ampleur est arrêté par le DDPS: l'élimination complète des restes de munitions du site, la seule option permettant d'une part de supprimer définitivement les risques et, d'autre part, d'éviter toute menace de pollution à l'avenir, notamment du lac de Thoune dans la vallée.

En commission, des voix d'experts un peu discordantes de la doctrine officielle ont conduit à des interrogations sur le choix de la méthode et sur les mesures de sécurité envisagées, en particulier pour protéger le personnel chargé de la procédure d'élimination.

Selon ces informations, des investigations doivent encore être menées et des mesures prises pour, à l'avenir, assurer une sécurité maximale des travailleurs pendant les travaux. Par ailleurs, selon les informations obtenues, les premières analyses des munitions prélevées dans les zones d'inspection semblent révéler une dangerosité moins importante que prévu selon les premières évaluations de 2018.

Au moment où la commission a été saisie du dossier, tout le processus avait déjà été engagé, la population ayant déjà accepté majoritairement de quitter temporairement, voire définitivement, le village. Des actes avaient déjà été signés chez des notaires. Il n'était en fait plus le moment de rediscuter du fond du dossier. On l'a bien compris après la décision de suspendre le dossier pour quelques mois prise par notre commission. Elle a suscité des réactions pour le moins courroucées qui se sont déchaînées. Et ce n'était clairement pas prioritairement pour des motifs financiers que cette décision avait été prise par la commission, mais pour affiner certaines analyses sur une option alternative et pour obtenir des précisions sur les risques encourus par les travailleurs.

Pendant des décennies, on a fermé les yeux sur les risques potentiels évidents représentés par le site en faisant courir des risques insensés à des membres de notre armée. Je vous rappelle que l'on parle de 3500 tonnes de munitions. Maintenant, il y a subitement urgence. Nous en prenons acte. Les temps ont changé. Le principe de précaution fait partie en bonne place de l'arsenal de décisions des politiques et du processus d'évaluation des scientifiques.

Mais une chose est sûre et certaine, l'armée porte des responsabilités envers le pays dans le domaine de la pollution. Pour Mitholz, aucun compromis en la matière n'est accepté. Il faut tout assainir pour protéger notamment nos eaux souterraines et de surface. On met bien en exergue le fait que l'assainissement total du site est la seule option permettant de relever ce défi.

Mais le DDPS ne pourra pas faire l'économie d'une prise en compte d'une pollution potentielle des eaux ailleurs en Suisse. Alors, il faut en finir définitivement avec les tirs dans le lac de Neuchâtel. Il est temps de penser également aux dépôts de munitions au fond de nos lacs. Si les munitions de Mitholz représentent un problème de pollution potentiel, la situation me paraît comparable ailleurs. J'ai d'ailleurs déposé le postulat 23.3090, "L'élimination des munitions déposées dans les lacs suisses s'impose", en ce sens.