Amoos Emmanuel · Nationalrat · 2023-06-05
Amoos Emmanuel · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-06-05
Wortprotokoll
Nous discutons aujourd'hui de l'initiative "pour une prévoyance vieillesse sûre et pérenne", dite initiative sur les rentes, lancée par les Jeunes libéraux-radicaux. Ce texte prévoit de fixer, par palier, l'âge de la retraite à 66 ans pour les femmes et les hommes et de l'indexer ensuite sur l'espérance de vie moyenne de la population résidente suisse. Sur la base des prévisions démographiques de la Confédération, la retraite à 67 ans arriverait déjà en 2043, celle à 68 ans en 2056 et celle à 69 ans en 2070, et ainsi de suite ... Pour les Jeunes libéraux-radicaux qui semblent se projeter, en grande partie, dans une vie professionnelle d'avocat, c'est peut-être cohérent de pouvoir travailler jusqu'à 70 ans, mais pour la plupart des gens qui exercent un travail physique et pénible, cela n'a tout simplement aucun sens, je dirais même que c'est aberrant. C'est vrai, on vit en moyenne de plus en plus vieux, mais la question pertinente qui devrait être posée est: quelles catégories de la population vivent le plus longtemps et en bonne santé?
Des chercheuses et chercheurs de l'Université de Genève ont démontré que si l'espérance de vie des Suissesses et des Suisses augmente, vieillir en bonne santé n'est pas donné à tout le monde, c'est un privilège. En effet, selon le niveau de formation, les inégalités se creusent fortement. Par exemple, l'écart d'années de vie en bonne santé entre les hommes qui ont simplement suivi une formation obligatoire et ceux qui ont suivi une formation tertiaire est de près de neuf ans! Neuf ans de différence d'années de vie en bonne santé, c'est colossal.
Et si on parle uniquement de l'espérance de vie, elle n'est de loin pas non plus la même pour tout le monde et dépend très clairement également du statut social et économique et donc du métier exercé. Les "cols blancs" ont une espérance de vie nettement plus longue que les personnes qui doivent accomplir un travail dur et physique. Une étude a montré par [PAGE 1100] exemple qu'un menuisier a une espérance de vie de près de trois ans inférieure à celle d'un professeur.
On comprend ainsi très rapidement les limites de cette initiative. Car elle accentuerait encore et toujours plus, année après année, les inégalités liées à des espérances de vie bien différentes selon les métiers pratiqués. La réalité, c'est qu'aujourd'hui, ce sont les gens qui ont les revenus les plus importants qui partent à la retraite le plus tôt en prenant des retraites anticipées, qui vivent le plus longtemps et qui profitent donc le plus de la retraite.
C'est ça l'injustice. Et c'est sur ce point qu'il faut travailler en priorité.
Nos collègues du groupe PLR ont fait un plaidoyer en faveur de la solidarité intergénérationnelle. Les Jeunes libéraux-radicaux auraient, semble-t-il, peur de ne pas toucher leur retraite le moment venu. Déjà au lancement de l'AVS, il y a septante-cinq ans, on pouvait entendre ce genre de commentaires. Et savez-vous ce qui s'est passé depuis? Eh bien, toutes les retraitées et tous les retraités ont bien évidemment touché leur rente jusqu'à aujourd'hui et la toucheront encore à l'avenir.
Les Jeunes libéraux-radicaux annonçaient encore que nous allions laisser aux jeunes une gigantesque montagne de dettes. Je ne peux ici qu'inviter les Jeunes libéraux-radicaux à consulter l'état de fortune actuel du fonds AVS. Selon les perspectives financières de l'AVS présentées par l'Office fédéral des assurances sociales, le fonds AVS passera d'un montant de 46 milliards de francs en 2020 à près de 66 milliards en 2030, niveau historique, le plus haut jamais enregistré; une augmentation de 20 milliards en dix ans. Une fortune de 60 milliards de francs, ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler une gigantesque montagne de dettes.
Ce qui compte, chers collègues du groupe PLR, ce n'est pas le nombre d'actifs face aux nombres de rentiers, ce qui compte, c'est la masse salariale qui finance les rentes. Vous connaissez peut-être la définition d'un actif: c'est une personne qui a la capacité de travail, ce n'est pas quelqu'un qui travaille. Ainsi, M. Maillard l'a très bien expliqué: les femmes qui, à l'époque, travaillaient, mais sans toucher de salaire, ne finançaient pas les rentes, alors qu'aujourd'hui elles les financent également.
Et s'il fallait, à l'avenir, trouver des moyens supplémentaires pour financer l'AVS, je demande à ce Parlement de faire enfin preuve d'un minimum de créativité plutôt que d'utiliser systématiquement la variable de l'âge du départ à la retraite. Il suffirait, par exemple, d'exiger l'égalité salariale entre femmes et hommes. A taux d'activité égal, qualification égale, charge de travail égale, les femmes gagnent toujours 10 pour cent de moins que les hommes. Il suffirait de biffer cette inégalité pour apporter, chaque année, 800 millions de francs dans les caisses de l'AVS.
Mais financer l'AVS par des mesures d'égalité ne semble pas intéresser le groupe PLR. Il suffirait, par exemple, en plus d'une faible augmentation des cotisations salariales, de mettre en place une taxe sur les transactions financières, telle que proposée par notre collègue conseiller aux Etats du groupe du Centre, Beat Rieder. Avec cela, nous garantirions non seulement le financement de l'AVS, mais[NB]pourrions[NB]également[NB]renforcer l'AVS avec une treizième rente.
L'AVS est la pièce maîtresse du système de sécurité sociale en Suisse. C'est bien l'AVS qu'il faut renforcer et surtout pas les inégalités comme le propose le texte que nous abordons aujourd'hui.
Je vous invite à recommander le rejet de l'initiative et tous les contre-projets proposés.