Lexipedia

Fivaz Fabien · Nationalrat · 2023-06-14

Fivaz Fabien · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2023-06-14

Wortprotokoll

Le message sur l'armée 2023 entérine définitivement la volonté de notre Parlement [PAGE 1298] d'augmenter massivement les dépenses militaires; cela va à l'inverse du bon sens.

La Confédération va devoir se serrer la ceinture dès 2024 dans des domaines clés pour l'avenir du pays. Nous allons ainsi économiser dans la formation, la recherche et l'innovation; nous allons économiser dans des domaines qui sont essentiels à notre subsistance, en premier lieu l'agriculture, et dans des domaines dans lesquels nous pouvons jouer un rôle à l'international, comme la coopération au développement. L'armée sera le seul secteur qui ne sera pas touché par les coupes; pire, son budget va augmenter.

En 2024, nous allons donc prendre 500 millions de francs dans les domaines que je viens de citer pour les injecter dans le budget militaire fédéral, et ce n'est que le début. Entre 2022 et 2035, il est prévu d'augmenter le budget militaire annuellement de plusieurs centaines de millions de francs, pour atteindre ce fameux 1 pour cent du PIB qu'a voulu le Parlement. Pour finir à combien? A 9 ou à 10 milliards de francs? Nous ne le savons pas aujourd'hui. Et pour faire quoi?

Permettez-nous de penser que le DDPS n'agit pas selon un plan défini, mais plutôt comme un acheteur compulsif qui dépense au gré de ses envies: quelques chars, quelques mortiers en plus, une vingtaine de missiles supplémentaires. Si seulement ces nouvelles dépenses étaient utiles à la population de notre pays et à sa sécurité.

Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la Commission de la politique de sécurité a demandé au Conseil fédéral de mettre à jour son rapport sur la politique de sécurité, publié en 2021. Nous traiterons cette mise à jour demain au Conseil national. Force est de constater que les menaces n'ont pas changé.

La cybersécurité, parlons-en: notre Parlement, l'administration, l'économie suisse en font les frais depuis quelques jours avec des attaques importantes sur nos infrastructures informatiques. Dans ce cas-là, c'est clair, un ennemi n'a pas besoin de missiles pour attaquer la Suisse lorsqu'il peut mettre à genoux le pays simplement en paralysant ses infrastructures.

Mais il y a d'autres menaces aussi. On parle de désinformation, d'espionnage, d'augmentation de la criminalité organisée, et évidemment le très grand problème de l'approvisionnement énergétique. Sans compter que les autres menaces, en premier lieu le réchauffement climatique, sont au moins aussi urgentes.

Le risque d'une guerre totale sur le sol suisse n'a pas augmenté. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le rapport qui le dit clairement: "une agression armée directe ... contre la Suisse, notamment avec des troupes au sol, est improbable, même dans un avenir proche." C'est une conséquence aussi du renforcement des forces de l'Otan à l'Est de l'Europe. Pour assurer la sécurité de la population, le Conseil fédéral fait fausse route en investissant massivement dans l'armement et en négligeant en grande partie les véritables menaces.

Je vous demande donc de ne pas entrer en matière sur l'arrêté 4 et de refuser le relèvement du plafond de dépenses de 600 millions de francs pour les années 2021 à 2024.