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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2023-09-11

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-09-11

Wortprotokoll

Le 24 février 2022, la Russie a attaqué militairement l'Ukraine, en violation du droit international. Cet évènement dramatique a profondément bouleversé l'ordre politico-militaire du monde et a eu des conséquences immédiates dans des domaines aussi divers que la politique, l'économie, la finance, l'approvisionnement énergétique, la protection de l'environnement, sans oublier les questions migratoires.

Même si cette guerre n'a pas lieu au centre de l'Europe, mais aux confins de celle-ci, et si, de fait, la Suisse bénéficie d'une situation géographique privilégiée, au centre de la plus puissante alliance militaire au monde - l'Otan -, il est logique que le Conseil fédéral reprenne ses réflexions pour évaluer l'impact de cette nouvelle donne sur la situation sécuritaire de notre pays.

Après un rappel des circonstances qui ont conduit à la guerre, et un passage en revue des principaux évènements en lien avec le conflit sur le terrain et au niveau des relations internationales, le rapport aborde les mesures et les décisions prises immédiatement en Suisse, dont la reprise des sanctions de l'Union européenne, l'envoi d'aide humanitaire vers l'Ukraine, les conséquences migratoires pour la Suisse [PAGE 1482] et les problèmes en lien avec l'approvisionnement énergétique - gaz naturel et pétrole.

On trouve en page 15 du rapport un état de la menace et des dangers pour la Suisse après le début de ce conflit. Les premières menaces citées concernent la guerre hybride, à savoir des opérations de désinformation, des cyberattaques et des activités d'espionnage. Il est également question d'une recrudescence des activités du crime organisé, en lien, par exemple, avec une augmentation du trafic des armes, des munitions et des explosifs, avec la possibilité de voir des organisations criminelles, des réseaux terroristes, mais également des milieux extrémistes en profiter.

Par ailleurs, les phénomènes migratoires pourraient accroître la traite d'êtres humains. Une autre menace, essentielle pour notre pays, concernait la question de l'approvisionnement énergétique, comme cela a été mentionné.

Par contre, du point de vue purement militaire, les constats sont plus rassurants. On peut lire dans le rapport: "Grâce à sa situation géographique, la Suisse est moins exposée et une agression armée directe de la Russie contre la Suisse, notamment par les troupes au sol, est improbable, même dans un avenir proche." On peut cependant lire dans le rapport, page 18, que malgré sa position géographique favorable, notre pays pourrait faire l'objet d'attaques armées à distance, par des missiles balistiques, des missiles de croisière et des armes hypersoniques. La Suisse serait alors particulièrement vulnérable, car je vous rappelle que nous ne disposerons d'aucun moyen de défense sol-air crédible, au moins jusqu'à la fin de cette décennie.

Les conclusions du rapport prônent d'abord une coopération internationale renforcée pour augmenter notre sécurité. Cette guerre a déclenché une nouvelle dynamique dans la coopération en matière de politique de sécurité et de défense. Il est dans l'intérêt de la Suisse d'orienter sa politique de sécurité et de défense vers plus de coopération internationale. Ensuite, le comblement des lacunes en matière de capacités militaires; enfin, le renforcement des capacités permettant la détection précoce des menaces, la gestion des crises et la protection de la population, dont la vulnérabilité en cas de conflit est une évidence.

L'invasion de l'Ukraine doit donc entraîner certaines remises en question pour notre pays, et surtout une remise en question sur le fait que, le cas échéant, nous ne pourrions pas nous défendre seuls. La coopération internationale est devenue un vrai sujet, mais avec l'impératif de rester neutre. Cela est résumé ainsi dans le texte du rapport: "Au vu de la guerre en Ukraine, il est dans l'intérêt de la Suisse d'axer plus résolument à l'avenir sa politique de sécurité et de défense sur la coopération avec des partenaires.

La coopération militaire en cas de guerre doit être préparée et exercée au mieux avec les partenaires concernés, sans pour autant se lier par des obligations ou des contraintes." La coopération dont il est question concerne naturellement l'Otan. Il s'agit de renforcer notre engagement dans le Partenariat pour la paix et d'augmenter notre interopérabilité avec les forces de l'Otan, tout en refusant l'idée d'une adhésion qui équivaudrait de fait à la fin de notre neutralité.

Il est également question de la coopération en matière de défense avec l'Union européenne, mais la défense européenne reste plutôt une musique d'avenir.

Pour le reste, le rapport confirme, sans surprise, la pertinence des options prises dans le but de renforcer l'armement du pays concernant les avions de combat, la défense aérienne sol-air et surtout une augmentation des moyens permettant de mener des combats classiques tels que ceux qui ont lieu en Ukraine avec de l'artillerie, des mortiers, des drones armés, des blindés, et une augmentation des réserves de matériel et de munitions permettant de doter l'armée d'une capacité à durer.

Dans les débats, la majorité de la commission a salué les options proposées dans le rapport. Certaines voix dissidentes ont critiqué le choix de doter l'armée d'importants moyens de mener une guerre conventionnelle telle que celle qui a lieu en Ukraine, alors qu'à plusieurs reprises le rapport rappelle que, de fait, ces combats sont loin de chez nous et que l'éventualité d'une invasion de notre pays reste une hypothèse quasiment inimaginable. D'aucuns ont également exprimé des craintes au sujet du rapprochement avec l'Otan qui, déjà aujourd'hui, semble se dessiner, notamment dans les discours et dans les faits, par exemple, la volonté d'augmenter notre interopérabilité avec l'alliance et de participer à des exercices militaires de grande ampleur, ils ont exprimé également des craintes autour de l'avenir de notre neutralité.

Votre Commission de la politique de sécurité a pris acte du rapport et vous invite à en faire de même.